Tout le monde s’entend là-dessus :

Sarkozy est mal parti. Les sondages sont catastrophiques. Sa cote de popularité est la pire qu’ait jamais connu un président (elle est négative depuis 2008) et les intentions de vote ne dépassent pas 23% au premier tour et 37% au second. Grâce à ces faiseurs de rois que sont les médias, Hollande est investi triomphalement et les hiérarques socialistes se partagent déjà les maroquins ministériels. Ils oublient un peu vite l’adage qui veut que l’’on ne vend pas la peau de l’ours avant de l’avoir tué et tous devraient relire l’excellent La Fontaine, « Perrette et le pot au lait ». Seul divertissement : la « première dame de France », dit-on dans un langage très monarchique, met au monde un héritier avec un art consommé de la communication menée sur le thème « on ne communique pas ».

C’est entendu la défaite de Sarkozy sera, quoi qu’il arrive, une excellente chose. Et de ce point de vue les positions du gauchisme radical renvoyant dos-à-dos le candidat de l’UMP et le candidat du PS ne valent rien. Ils dissertent à perte de vue sur le programme de Hollande, sur son européisme invétéré, sur sa filiation . « delorsienne », sur son caractère… Tout cela est vain. Voici des gens très radicaux qui attendent un sauveur suprême et comme Hollande, à l’évidence, ne sera pas ce sauveur suprême, ils en déduisent qu’il faut rester chez soi en avril et mai 2012 ou voter au premier tour pour un candidat de témoignage. Le maximalisme révolutionnariste, comme de coutume entretient la passivité et vole au secours de l’ordre (ou plutôt du désordre) établi.

Restent les questions politiques de fond, qu’il faut traiter avec sérieux. Une grande majorité de citoyens s’apprêtent à voter pour le candidat du PS non pas en raison de son programme mais en dépit de ce programme. Car tous savent bien (quoi qu’en pensent les donneurs de leçons) que les promesses électorales n’engagent ue ceux qui y croient. Et, de surcroît les promesses de Hollande sont peu engageantes. La création de 300.000 emplois aidés par des baisses de charge a été démontée par les partisans de Martine Aubry avec la pertinence suffisante. Le recrutement de 60.000 professeurs est une mauvaise blague puisque Hollande entend le financer par des économies faites par la suppression des redoublements. Et surtout Hollande s’est engagé par avance à poursuivre la politique de diminution des dépenses publiques et d’augmentation des impôts et taxes de celui qui quittera – peut-être – l’Élysée au printemps prochain. Sans en reprendre le nom, Hollande se prononce comme Valls pour une TVA sociale devant laquelle Sarkozy avait fini par reculer. Rien ne sera changé concernant le plan de réduction des retraites et la soumission à intérêts du capital financier est garantie. Pourquoi alors voter Hollande, nous dira-t-on ? Tout simplement pour battre Sarkozy car une réélection de l’actuel titulaire constituait un coup de massue sur la tête des citoyens et ouvrirait un boulevard aux projets déjà connus de la droite notamment en ce qui concerne les services publics et la fonction publique. Hollande, au fond de lui-même, n’est peut-être pas si éloigné de ces projets, mais s’il est élu, il n’aura pas les moyens de les mettre en œuvre sans s’opposer à une farouche résistance. À la différence de ceux qui cherchent un sauveur suprême révolutionnaire, nous misons sur l’activité des citoyens, des travailleurs, des jeunes, des retraités, de tous ceux pour qui capitalisme veut dire « no future ».

Il faut dire ici un mot des primaires socialistes. Tant l’importante participation à ce scrutin que le bon résultat de Montebourg attestent que la dépolitisation n’est qu’un souhait des classes dirigeantes, mais nullement un fait dans la grande masse de la population.3 millions de votants pour départager deux candidats aussi peu « charismatiques » et aussi peu attrayants par leurs programme que Hollande et Aubry, cela témoigne incontestablement de la volonté de très nombreux citoyens de reprendre leur sort en main et de peser, comme ils le peuvent, là où ils peuvent peser.

De ce point de vue, la disparition de la gauche socialiste traditionnelle (Emmanuelli, Hamon) qui a fait campagne pour Aubry est inquiétante. Hamon est un homme estimable mais on aurait aimé entendre un peu plus sa voix ! En avalisant la fable d’Aubry candidate d’une « gauche dure » contre la « gauche molle », les leaders de la gauche du PS ont contribué à semer la confusion là où la clarté politique s’imposait. Par ailleurs, on doit bien constater que Montebourg ne sait pas quoi faire de son succès et que ses mots d’ordre sympathiques (démondialisaion, mise sous tutelle des banques, VIe république) ne s’appuient sur une véritable stratégie. Son ralliement un peu honteux à Hollande dit tout cela très bien.

De nombreuses forces existent qui partagent, peu ou prou, des analyses convergentes sur la phase actuelle du mode de production capitaliste, sur la construction européenne ou sur la nécessité de profondes transformations institutionnelles dans notre pays. Elles restent malgré tout éparpillées, chacun cultivant son petit morceau de jardinet et laissant les grands jouer dans la cour des grands. Il serait peut-être possible que les uns et les autres prennent langue.

Gaza: Les forceurs de blocus

Posted: 1 août 2011 in Politique

forceur de blocus
La mission a été organisée par Perdana Global Peace Foundation (PGPF) située à Kuala Lumpur.

Depuis plusieurs années déjà, Mondialisation.ca collabore activement avec PGPF dans une vaste initiative visant à criminaliser la guerre. C’est dans ce contexte de collaboration soutenue que Julie Lévesque, journaliste de Mondialisation.ca, a participé à cet important projet.

Contrairement à la Flottille de la liberté, laquelle a été l’objet de débats et de discussions dans les médias, la planification de la mission « Spirit of Rachel Corrie » n’a pas été rendue publique.

Les autorités israéliennes ont complètement été prises par surprise. Le Spirit of Rachel Corrie s’est rendu à moins d’un kilomètre du littoral de Gaza. La marine israélienne a agi de façon totalement improvisée, tirant sur l’équipage et les passagers jusqu’à ce que le Spirit of Rachel Corrie batte en retraite dans les eaux territoriales égyptiennes.

C’est avec un courage formidable que le Spirit of Rachel Corrie, mené par Matthias Chang de PGPF, a défié la légitimité du gouvernement israélien. Il a réussi à « percer » le blocus de Gaza, ainsi qu’à livrer par voie de terre son cargo humanitaire.

La première partie de cet article met l’accent sur les deux courageux activistes irlandais Derek et Jenny Graham, lesquels ont joué un rôle central dans l’organisation de la mission de l’an dernier, « Rachel Corrie », et celle de cette année, « Spirit of Rachel Corrie ».

Michel Chossudovsky, Mondialisation.ca/Global Research, 18 juillet 2011
À la fin avril 2011, on m’a invitée à participer à la mission Spirit of Rachel Corrie à destination de Gaza. La mission était organisée par Perdana Global Peace Foundation, une organisation non gouvernementale malaysienne œuvrant à la promotion de la paix dans le monde et fondée par l’ancien président de la Malaysie, Tun Dr. Mahathir bin Mohamad.

Il s’agissait de la première tentative de briser le siège depuis l’agression brutale en 2010 du Mavi Marmara par des commandos israéliens, lesquels ont tué 9 activistes.

Jusqu’à maintenant, il s’agit de la seule mission à être entrée en eaux palestiniennes cette année. La marine israélienne a forcé le navire à rebrousser chemin sous la menace des armes. La mission a par la suite été bloquée dans les eaux territoriales égyptiennes au large du port d’El-Arich durant 7 semaines. Le cargo, des tuyaux de PVC rigide pour réparer le système d’assainissement détruit par l’armée israélienne, a été livré à Gaza. La seconde partie de cet article mettra l’accent sur la mission et ses implications.

La mission Spirit of Rachel Corrie ainsi que les récents événements entourant la tentative ratée de la Flottille de la liberté II visant à briser le siège illégal de Gaza ont mis en lumière l’importance de l’activisme international dédié à la cause Palestinienne.

Les Nations Unies ainsi que la majorité des gouvernements occidentaux ont appuyé le gouvernement israélien, affirmant que les tentatives de briser le siège sont” inutiles” et “provocatrices”. La “communauté internationale a cédé aux demandes israéliennes de dissuader leurs ressortissants de s’engager dans de telles entreprises.

Cela soulève un problème crucial. L’activisme international relatif à la Palestine doit maintenant contester la soi-disant communauté internationale.
Les forceurs de blocus

Partie I

« Tant qu’un homme n’a pas découvert quelque chose pour lequel il serait prêt à mourir, il n’est pas à même de vivre. » – Martin Luther King

On les a appelés les « boat people suicidaires » et les « pirates pacifiques de la Méditerranée ». En 2008, Derek et Jenny Graham, mari et femme, ont troqué le confort et le calme de l’Irlande pour la haute mer méditerranéenne et les prisons israéliennes.

Nous avons fait connaissance à la fin avril à Kuala Lumpur (KL) en Malaisie. Le couple y a été recruté en tant que conseillers par Perdana Global Peace Foundation (PGPF) dans le contexte d’un projet visant à briser le siège illégal de Gaza. Il s’agissait de coordonner la mission « Spirit of Rachel Corrie » (L’Esprit de Rachel Corrie) (SRC aussi connue sous le nom de MV Finch), un navire de charge transportant des tuyaux de PVC rigide destinés à la réparation du système d’égouts détruit par l’armée israélienne.

Dans leur appartement de KL, autour d’une tasse de thé typiquement irlandaise je leur demande : « Qu’est-ce que vous faites dans la vie? » À cette question ordinaire, Jenny Graham lance cette réponse inhabituelle : « C’est ce que nous faisons! »

Wow. Qui fait cela? Tout laisser tomber pour lutter dans la bataille de quelqu’un d’autre ?

« Lorsque les gens me demandent ce que je fais dans la vie, je dis que je suis un forceur de blocus », répond fièrement l’ancien électricien Derek Graham, le sourire en coin. « C’est ce pourquoi nous vivons, c’est ce qui nous motive, ajoute Jenny. « Nous étions très confortables en Irlande, mais je n’étais ni heureuse ni en santé. Un soir j’ai dit à Derek : “C’est bien tout ça. On a une maison, deux voitures, deux commerces, mais je m’ennuie tellement. Tout ça, ce n’est pas pour moi”. »
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Derek Graham, Jenny Graham et Alan Lonergan de Sadaka, « The Ireland Palestine Alliance ».

Alan faisait partie de l’équipe terrestre de la mission Spirit of Rachel Corrie.

Ils ont pris un globe terrestre, l’ont fait tourner et ont pointé un pays au hasard : Chypre. Ils ont vendu leurs commerces pour des pacotilles et se sont installés dans l’île méditerranéenne où ils sont soudainement devenus des activistes pro-Palestiniens à plein temps.

« Nous étions déjà pro-Palestiniens, mais c’est en 2008 à Chypre que nous avons entendu parler de bateaux à destination de Gaza. J’ai navigué toute ma vie, je me suis dit, ouais, j’ai envie de faire ce genre de truc » Depuis, Derek a défié le siège de Gaza à six reprises. Il a réussi trois fois.

« Et nous voici, organisant des bateaux pour Gaza et de toute ma vie je n’ai jamais été si heureuse et si en santé », ajoute la petite femme aux yeux bleus pétillants.

Durant leur séjour de trois mois en Malaisie, le couple s’est fait demander à plusieurs reprises pourquoi ils se dévouaient à la cause palestinienne. « On nous demande fréquemment : “Vous n’êtes pas musulmans, pourquoi vous impliquez-vous dans cette cause?” Ce n’est pas une question religieuse, mais humanitaire. Ce pays est dévasté par la guerre. Les Palestiniens n’ont rien! La plupart des enfants à Gaza n’ont même pas de chaussures », dénonce-t-elle.

Derek ajoute : « Les femmes doivent découper des couches pour se faire des serviettes sanitaires, quelle humiliation! »

Jenny poursuit : « Là-bas, des drones volent au-dessus de ta tête constamment. Si l’on réussit à se rendre tu vas voir la désolation. Le pire dans toute cette histoire c’est qu’il ne s’agit pas d’un désastre naturel, mais d’origine humaine. Ce qu’il y a de plus extraordinaire cependant, c’est l’accueil des Palestiniens. Ils sont si chaleureux! Des tas de gens viennent te voir, te toucher et les enfants veulent te tenir la main. Les Gazaouis sont tellement heureux de voir qu’il y a encore des gens dans ce monde qui se soucient d’eux. »

L’activisme pro-Palestinien : se battre et mourir pour la justice

Le Spirit of Rachel Corrie était la deuxième tentative de Jenny pour briser le siège. Elle était avec son mari sur le Rachel Corrie l’an dernier avec Matthias Chang, chef de la mission SRC ainsi qu’entre autres Denis Halliday, ancien Vice-Secrétaire général des Nations Unies (ONU) et la lauréate du prix Nobel de la paix Mairead Maguire.

Jenny raconte:

« Nous étions en eaux internationales et la marine israélienne nous a demandé de rebrousser chemin. Nous avons refusé. Les Israéliens ont abordé le navire en hurlant. Ils sont incapables de parler, seulement de te crier au visage. Ils ont mis Derek à genoux, lui ont braqué une arme sur la tempe. À ce moment-là, j’ai cru que je ne le reverrais jamais.

J’ai été fouillée à nu. Ils voulaient me cacher derrière une espèce de drap et j’ai protesté : “Non. Je veux que tout le monde voit ce que vous me faites subir.” Et j’ai enlevé mes vêtements devant tout le monde. Les soldats étaient stupéfaits.

Ils se sont ainsi tous retrouvés dans un centre de détention à Ashdod en Israël et ont été interdits de territoire pour une période de dix ans pour être entrés illégalement en Israël.

En vérité, ils ne sont jamais entrés en Israël illégalement : ils y ont été amenés de force par les Israéliens. Toutefois, cela a été démontré plus d’une fois, lorsqu’il est question du conflit israélo-palestinien, la justice n’a rien à faire des faits et de la logique.

« La détention arbitraire est chose courante dans les prisons israéliennes. Bien des gens sont détenus depuis plusieurs années sans même savoir pourquoi! », signale Derek.

Le navire appelé Rachel Corrie transportait de l’aide humanitaire telle que du ciment, des fournitures scolaires et du matériel médical. Il a été amené au port d’Ashdod et ruiné par les Israéliens. À ce jour, les biens n’ont toujours pas été livrés. Le ciment, tout comme l’acier et le béton, pour ne nommer que quelques items, sont permis à Gaza uniquement « dans le cadre de projets autorisés par les autorités palestiniennes mis en œuvre par la communauté internationale ». (Ministère israélien des affaires étrangères, Gaza: Lists of Controlled Entry Items, le 4 juillet 2010)

Matthias Chang,
Chang
avocat malaisien, l’un des architectes de la Flottille de la liberté I et chef de la mission de PGPF, a dédié plus de 40 ans de sa vie à la défense de la paix et de la justice. Il explique pourquoi les deux navires financés par PGPF ont été nommés en l’honneur de l’activiste étasunienne :

« Rachel Corrie symbolise ce qui motive les gens outre la religion. Le premier navire a été saisi, mais son esprit se perpétue. Son courage et sa détermination inspirent au-delà des questions religieuses. » (Voir le compte-rendu de la mission Rachel Corrie en 2010 rédigé en en anglais par Matthias Chang, « Merging with Rachel Corrie – A Dedication to Non-violence »)

« Lorsqu’ils s’adressaient au capitaine avant de nous arrêter, les officiers de la marine israélienne n’osaient même pas dire le nom du navire. Ils l’appelaient sans cesse MV Linda, son ancien nom. Ils ne l’appelaient jamais Rachel Corrie », affirme Jenny.

En 2003, à l’âge de 23 ans, l’activiste étasunienne Rachel Corrie a été écrasée à mort par un bouldozeur alors qu’elle protestait pacifiquement pour empêcher la démolition d’une maison palestinienne.

Elle a été injustement diabolisée et qualifiée d’« activiste étasunienne d’extrême gauche » (Jacob Shrybman, Debunking the Gaza Siege Myth, Huffington Post, 3 mai 2010) « intervenue dans une opération militaire visant à démolir légalement une maison vide, utilisée pour dissimuler [un tunnel] emprunté par des terroristes palestiniens pour faire entrer clandestinement à Gaza des armes en provenance de l’Égypte » (Mitchell G. Bard, Myths and Facts Online. Online Exclusives, Jewish Virtual Library) Ses parents ont poursuivi l’État d’Israël et attendent le jugement prévu pour avril 2012.

Rachel Corrie

Corrie rachel
corrie

Les activistes propalestiniens présentés comme des terroristes

Les activistes propalestiniens sont régulièrement présentés comme des terroristes, des partisans du terrorisme, des sympathisants du Hamas, des antisémites, etc.

George Galloway, un député britannique ayant livré de l’aide humanitaire avec Viva Palestina en 2009 a été interdit de territoire au Canada la même année. Selon Jason Kenney, ministre de la Citoyenneté de l’Immigration et du Multiculturalisme, M. Galloway avait « publiquement et ouvertement remis des dizaines de milliers de dollars au chef d’une organisation terroriste antisémite interdite appelée Hamas ». (Cathryn Atkinson, National security claim rejected by judge in bid to redact Galloway emails, rabble.ca, le 20 avril 2010)

M. Galloway a traîné le gouvernement canadien devant les tribunaux. Il a gagné sa cause. Le juge a conclu que le gouvernement conservateur l’avait interdit de territoire « parce qu’il était en désaccord avec sa vision politique, non pas parce qu’il représentait un danger pour les Canadiens ». (John Bonnar, George Galloway returns to Canada this weekend, rabble.ca, le 30 septembre 2010)

Comme Rachel Corrie et bien d’autres, Derek et Jenny Graham, loin d’être des défenseurs du terrorisme, dédient leur vie aux victimes de l’occupation israélienne illégale et la risquent pour leur apporter de l’aide humanitaire et des biens essentiels.

Entre les menaces de mort, et la mort d’amis, la vie d’un activiste propalestinien n’a rien de facile.

« Oh, nous avons reçu des menaces de mort, mais on s’en fout », admet Jenny haussant les épaules, indifférente. « Ils peuvent nous menacer, cela ne nous arrêtera pas. »

Vous ne craignez pas pour votre vie? « Bien sûr! Mais la cause palestinienne est ce qui nous motive. Si Derek meurt, je survivrai et je vais continuer la bataille. Ça va faire mal, mais je survivrai. Même chose pour lui. »

Cette attitude humanitaire téméraire et ce dévouement a coûté la vie à de nombreuses personnes. En plus des nombreux journalistes et activistes palestiniens morts dans leur propre combat, plusieurs activistes étrangers ont été tués soit par l’armée israélienne, le Mossad, ou par des tueurs à gage.

Le Britannique Thomas Hurndall, étudiant en photographie, a reçu une balle dans la tête en 2003 alors qu’il tentait de sauver des enfants des snipers israéliens. Il est mort en janvier 2004, à 22 ans, après neuf mois dans le coma. Comme Rachel Corrie, il était membre de l’International Solidarity Movement (ISM), une organisation regroupant des pacifistes palestiniens et internationaux.

Hurndall

Thomas Hurndall

Thomas Hurndall touché par un sniper israélien.
Hurndall

L’ami italien de Derek et Jenny, Vittorio (Victor) Arrigoni, a été torturé et tué dans d’étranges circonstances. Derek décrit son ami : « C’était un doux géant. Il avait les bras les plus gros que j’aie vus de ma vie, mais il n’aurait pas fait de mal à une mouche. Et tout le monde l’aimait, surtout les femmes! Oh elles l’aimaient! »

Arrigoni

Vittorio Arrigoni en compagnie d’une enfant palestinienne.

Arrigoni otage
Vittorio Arrigoni alors qu’il était tenu en otage, torturé et étranglé.

Le meurtre a été imputé à un groupe salafiste ayant nié être responsable de sa mort.

Et il poursuit avec cette histoire atroce: “Avant d’être tué, Vittorio a été capturé par les Israéliens alors qu’il agissait comme bouclier humain sur un bateau de pêcheurs palestiniens. Ils l’ont enfermé durant des mois dans une toilette qui n’avait pas été nettoyée depuis des années. Il a été dévoré par les asticots et il avait des cloques partout sur le corps lorsqu’il est sorti. »

Video réalisée par Vittorio Arrigoni montrant la vie quotidienne des Palestiniens sous les tirs israéliens.

Victor, 36 ans, aurait été tué par un groupe salafiste obscur, prétendument en réponse à la capture d’un de leurs chefs par le Hamas. Certaines personnes qui l’ont connu ainsi que des dirigeants du Hamas croient plutôt qu’il s’agit de l’œuvre du Mossad, le service de renseignement israélien, et qu’il visait à « intimider les activistes étrangers espérant prendre la mer pour Gaza dans le cadre de la prochaine flottille ». (Associated Press et Haaretz Service, Hamas official hints Israel killed Italian activist to intimidate future Gaza flotilla members, Haaretz.com, le 15 avril 2011)

En ce qui concerne le Mossad, Jenny admet : « Oh, nous savons qu’ils nous surveillent. Ils ont pris des photos de nous en Irlande. Lorsqu’ils m’ont interrogée en prison j’ai vu les photos et je leur ai dit : “Ces photos ont été prises en Irlande!” Ils ont nié. J’ai répliqué : “Le chandail que je porte dans cette photo, je ne l’ai jamais emmené avec moi, je l’ai laissé à la maison.” »

Elle ajoute : « Je me rappelle d’une fois où Victor et moi étions sur une terrasse et l’un d’eux était dans sa voiture de l’autre côté de la rue. Victor l’a regardé et a pointé sa tasse en voulant dire : “Tu veux un café?” Mais ceux que l’on voit ne sont pas une menace. Ceux que l’on ne voit pas le sont. »

Malheureusement, ces décès n’attirent pas vraiment l’attention des médias. La plupart des gens ne connaissent ni Rachel Corrie ni Vittorio Arrigoni. Si le décès d’un Palestinien ne mérite pas d’être signalé dans les nouvelles, pourquoi celui d’un activiste propalestinien le serait-il?

L’attaque brutale de l’année dernière à bord du Mavi Marmara était une exception. Même s’il a placé Israël sous un éclairage peu flatteur, le meurtre de neuf activistes à bord a été exploité dans le but de décourager les activistes qui défient le siège illégal de Gaza.

Toutefois, le nombre d’activistes qui se sont joints à la Flottille de la liberté cette année démontre à quel point le bain de sang de l’an dernier a été inefficace pour décourager les activistes dans leur tentative de briser le siège.

Ironie amère du sort, Israël a réussi à persuader les Nations Unies ainsi que des gouvernements occidentaux à condamner de telles démarches et à dissuader leurs ressortissants de défier la violation flagrante du droit international par Israël.

Le rôle insidieux du Secrétaire général des Nations Unies

Grâce à l’appui de Ban Ki-moon, la violation du droit international par Israël a été entérinée par l’ONU. Dans une déclaration complètement absurde en mai dernier le Secrétaire général de l’ONU a réussi à « mettre la réalité sens dessus dessous », présentant le siège illégal de Gaza comme légitime. Selon Ban Ki-moon, « l’aide et les biens destinés à Gaza devraient être acheminés par des passages légitimes et des voies établies ».

Il convient de noter que plusieurs envoyés de l’ONU tels que Desmond Tutu, Navi Pillay et Richard Falk ont explicitement condamné le blocus israélien en soulignant le fait qu’il viole à la fois la Charte de l’ONU et la doctrine fondamentale du droit humanitaire.

Mercredi, l’envoyé de l’ONU, l’archevêque Desmond Tutu, a qualifié le blocus israélien de la bande de Gaza d’illégal, de « siège » et de « violation flagrante des droits humains » faisant écho aux groupes de défense accusant Israël d’infliger une punition collective. (U.N. envoy Tutu calls Gaza blockade illegal, Reuters, le 28 mai 2008. C’est l’auteure qui souligne.)

Mme Pillay a déclaré que le blocus est illégal en vertu des droits de la personne et du droit humanitaire international, et qu’il « doit prendre fin maintenant » (UN rights chief urges Israel to end ‘illegal’ Gaza blockade, Ma’an News Agency, le 18 novembre 2008. C’est l’auteure qui souligne.)

Richard Falk, Rapporteur spécial de l’ONU sur les territoires palestiniens occupés […] a affirmé que le blocus constitue « une politique délibérée de punition collective laquelle est légalement indéfendable et moralement répréhensible ». (UN Expert Prof. Em. Richard Falk calls for immediate lifting of Israeli blockade of Gaza, UN News Center, le 23 juin 2011. C’est l’auteure qui souligne.)

Par ailleurs, le Secrétaire général de l’ONU, trahissant son mandat, a présenté la flottille comme « potentiellement violente » :

Le Secrétaire général a appelé tous les gouvernements concernés à utiliser leur influence afin de dissuader de telles flottilles, lesquelles peuvent dégénérer en conflits violents. (United Nations, Statement Attributable to the Spokesperson of the Secretary-General on Letters by the Secretary-General about Possible Flotillas to Gaza, le 27 mai 2011)

Pourtant, en septembre 2010, la mission d’enquête établie par Commission des droits de l’homme des Nations Unies a conclu qu’Israël avait exercé une violence excessive et inutile contre des civils non armés.

- Les militaires israéliens ont manifesté une « violence totalement inutile » ”

- Le comportement des militaires israéliens envers les passagers de la flottille a été « disproportionné et excessif »,

- Aucune arme n’a été saisie à bord des navires de la flottille à l’exception de quelques lance-pierres.

- « [S]ix des personnes décédées ont été victimes d’exécutions sommaires, deux ont été abattues après avoir été grièvement blessées et alors qu’elles ne pouvaient pas se défendre »

- « Les passagers ont été agressés en recevant des coups de pieds et de crosse. Sur trois des embarcations les passagers ont également été soumis à une violence inutile de la part des forces israéliennes alors qu’elles prenaient le contrôle »

- Quand elles les ont débarqués au port d’Ashdod, elles ont tenté de leur faire signer des confessions selon lesquelles ils étaient entrés illégalement en Israël. Ceux qui ont refusé de signer ou de donner leurs empreintes digitales ont été tabassés.

- « Le traitement à terre était un prolongement du traitement à bord des navires après que l’armée ait pris le contrôle », [et] à la fin de l’épreuve, les passagers ont dû endurer davantage de violence, incluant des volées de coups avant leur déportation à l’aéroport international Ben Gourion près de Tel Aviv. (UN rights probe into Gaza flotilla incident rebukes Israel for ‘unnecessary’ violence, UN News Center, 27 septembre 2010. C’est l’auteure qui souligne)

Le problème fondamental réside dans la nature antidémocratique du Conseil de sécurité de l’ONU. Alors que l’Assemblée générale de l’ONU, qui représente véritablement la communauté internationale, a condamné Israël, la réelle prise de décision revient au Conseil de sécurité. Ce dernier comprend les cinq membres permanents (États-Unis, Grande-Bretagne, France, Russie, Chine), lesquels peuvent opposer leur veto à toute résolution, ainsi que dix membres non permanents.

En ce qui concerne les résolutions critiquant Israël, le nombre de vetos de la part des États-Unis est frappant et a empêché l’ONU de faire son devoir qui consiste à :

à préserver les générations futures du fléau de la guerre […]

à proclamer à nouveau notre foi dans les droits fondamentaux de l’homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l’égalité de droits des hommes et des femmes, ainsi que des nations, grandes et petites,

à créer les conditions nécessaires au maintien de la justice et du respect des obligations nées des traités et autres sources du droit international (Préambule de la Charte des Nations Unies, C’est l’auteure qui souligne.)

La nécessité de l’activisme propalestinien

Récemment la secrétaire d’État étasunienne Hillary Clinton a déclaré ce qui suit :

Nous ne croyons pas que la flottille soit un effort nécessaire ou utile pour tenter d’aider le peuple de Gaza […] Il n’est pas utile que des flottilles tentent de provoquer des actions en entrant dans les eaux israéliennes et de créer une situation dans laquelle les Israéliens ont le droit de se défendre. (Remarks With Philippines Foreign Secretary Albert del Rosario After Their Meeting, U.S. Department of State, le 23 juin 2011. C’est l’auteure qui souligne.)

Dans un amer retournement de situation, Israël l’oppresseur, est présenté comme la victime : Israël est menacé et a « le droit de se défendre ». De plus, Mme Clinton affirme que les flottilles « provoqu[ent] des actions en entrant dans les eaux israéliennes », alors qu’en réalité, elles ne l’ont jamais fait et ne le feront jamais. Ces eaux n’appartiennent pas à Israël : il s’agit soit des eaux internationales ou des eaux palestiniennes, ces dernières étant contrôlées illégalement par l’armée israélienne.

Sur le terrain toutefois, de tels efforts visant à briser le siège ne sont pas vus comme inutiles.

Malgré l’ensemble des déclarations selon lesquelles « la flottille n’est pas nécessaire », la réalité sur le terrain démontre que le seul moyen efficace pour faire une différence dans la vie des Palestiniens est l’action directe non violente.

La pression imposée par la flottille a mené à trois grands changements en termes de politique du siège appliqué par Israël à Gaza; de couverture médiatique et d’intérêt publique pour la scène de crime qu’est Gaza; et de prise de position face au blocus, à laquelle les gouvernements et les institutions ont été contraints. (Adam Shapiro, Gaza flotillas have made a difference, Gulf News, le 6 juillet 2011. C’est l’auteure qui souligne.)

Tant et aussi longtemps que l’ONU contreviendra à sa propre charte et ne s’objectera pas aux violations israéliennes du droit international et des droits humains fondamentaux, les activistes propalestiniens persévéreront dans leur quête de justice et de dignité. À cet égard, l’espoir est non seulement utile, mais aussi nécessaire.

La version anglaise de cet article : http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=25606

Julie Lévesque est journaliste et chercheure au Centre de recherche sur la Mondialisation.

Articles de Julie Lévesque publiés par Mondialisation.ca

A la caisse d’un super marché une vieille femme choisit un sac en plastique pour ranger ses achats. La caissière lui a alors reproché de ne pas se mettre à « l’écologie » et lui dit :
> “Votre génération ne comprend tout simplement pas le mouvement écologique. Seuls les jeunes vont payer pour la vieille génération qui a gaspillé toutes les ressources ! “
> La vieille femme s’est excusée auprès de la caissière et a expliqué: ” Je suis désolée, nous n’avions pas de mouvement écologique dans mon temps.”

> Alors qu’elle quittait le magasin, la mine déconfite, la caissière en rajouta:
> ” Ce sont des gens comme vous qui ont ruiné toutes les ressources à notre dépens. C’est vrai, vous ne considériez absolument pas la protection de l’environnement dans votre temps! “

> La vieille dame admît qu’à l’époque, on retournait les bouteilles de lait, les bouteilles de Coke et de bière au magasin. Le magasin les renvoyait à l’usine pour être lavées, stérilisées et remplies à nouveau; on utilisait les mêmes bouteilles à plusieurs reprises. À cette époque, les bouteilles étaient réellement recyclées, mais on ne connaissait pas le mouvement écologique.
> De mon temps, on montait l’escalier à pied: on n’avait pas d’escaliers roulants dans tous les magasins ou dans les bureaux. On marchait jusqu’à l’épicerie du coin aussi. On ne prenait pas sa voiture à chaque fois qu’il fallait se déplacer de deux rues. Mais, c’est vrai, on ne connaissait pas le mouvement écologique.
> À l’époque, on lavait les couches de bébé; on ne connaissait pas les couches jetables. On faisait sécher les vêtements dehors sur une corde à linge; pas dans un machine avalant 3000watts à l’heure. On utilisait l’énergie éolienne et solaire pour vraiment sécher les vêtements.
> À l’époque, on recyclait systématiquement les vêtements qui passaient d’un frère ou d’une soeur à l’autre. C’est vrai ! On ne connaissait pas le mouvement écologique.
> À l’époque, on n’avait qu’une TV ou une radio dans la maison; pas une télé dans chaque chambre. Et la télévision avait un petit écran de la taille d’une boîte de pizza, pas un écran de la taille de l’État du Texas.
> Dans la cuisine, on s’activait pour fouetter les préparations culinaires et pour préparer les repas; on ne disposait pas de tous ces gadgets électriques spécialisés pour tout préparer sans efforts et qui bouffent des watts autant qu’EDF en produit.
> Quand on emballait des éléments fragiles à envoyer par la poste, on utilisait comme rembourrage du papier journal ou de la ouate, dans des boites ayant déjà servies, pas des bulles en mousse de polystyrène ou en plastique.
> À l’époque, on utilisait l’huile de coude pour tondre le gazon; on n’avait pas de tondeuses à essence autopropulsées ou autoportées.
> À l’époque, on travaillait physiquement ; on n’avait pas besoin d’aller dans un club de gym pour courir sur des tapis roulants qui fonctionnent à l’électricité. Mais, vous avez raison : on ne connaissait pas le mouvement écologique.
> À l’époque, on buvait de l’eau à la fontaine quand on avait soif ; on n’utilisait pas de tasses ou de bouteilles en plastique à jeter à chaque fois qu’on voulait prendre de l’eau.
> On remplissait les stylos plumes dans une bouteille d’encre au lieu d’acheter un nouveau stylo ; on remplaçait les lames de rasoir au lieu de jeter le rasoir après chaque rasage. Mais, c’est vrai, on ne connaissait pas le mouvement écologique.
> À l’époque, les gens prenaient le bus, le métro et les enfants prenaient leur vélo pour se rendre à l’école au lieu d’utiliser la voiture familiale (souvent tout-terrain !) et maman comme un service de taxi de 24 heures sur 24.
> À l’époque, les enfants gardaient le même cartable durant plusieurs années, les cahiers continuaient d’une année sur l’autre, les crayons de couleurs, gommes, taille crayon et autres accessoires duraient tant qu’ils pouvaient, pas un cartable tous les ans et des cahiers jeter fin juin, de nouveaux crayons et gommes avec un nouveau slogan à chaque rentrée. Mais, c’est vrai, on ne connaissait pas le mouvement écologique.
> On avait une prise de courant par pièce, pas une bande multiprises pour alimenter toute la panoplie des accessoires électriques indispensables aux jeunes d’aujourd’hui.

Alors VIENS PAS ME FAIRE CHIER AVEC TON MINISTÈRE ÉCOLOGIQUE !

> La vieille dame avait raison : à son époque, on ne connaissait pas le mouvement écologique, mais on vivait chaque jour de la vie dans le respect de l’environnement.
par Jean Aufrere

Le gouvernement américain (Maison Blanche et Congrès) dépense 10 milliards de dollars par mois, ou 120 milliards de dollars par an, pour combattre un groupe estimé à “50-75 membres d’Al Qaïda en Afghanistan”, d’apès la CIA et rapporté par le Financial Times de Londres (25 Juin 2011, page 5). Pendant les trente derniers mois de la présidence d’Obama, Washington a dépensé 300 milliards de dollars en Afghanistan, ce qui nous fait un total d’environ 4 milliards de dollars pour chaque soi-disant “membre d’Al Qaïda”. Si nous multiplions ce chiffre par les quelques deux douzaines de sites ou de pays où la Maison Blanche clâme que des “terroristes” d’Al Qaïda ont été vus, nous pouvons commencer à comprendre pourquoi le déficit du budget états-unien a augmenté de manière astronomique à plus de 1 600 milliards de dollars pour l’année fiscale en cours.

Pendant la présidence d’Obama, les ajustements sociaux au coût de la vie ont été gelés, résultant directement à une perte nette de 8%, ce qui représente exactement la somme dépensée à courir après cinq douzaines de “terroristes” d’Al Qaïda dans les montagnes frontalières du Pakistan.

Il est totalement absurde de penser que le pentagone et la Maison Blanche dépenseraient 10 milliards de dollars par mois, juste pour chercher une poignée de terroristes dans les montagnes afghanes. Alors, pourquoi la guerre en Afghanistan ? La réponse que nous entendons et lisons le plus fréquemment est que c’est une guerre contre les Talibans, un mouvement de guerilla nationaliste islamiste de masse se composant de dizaines de milliers d’activistes. Les Talibans quoi qu’il en soit, ne se sont jamais engagés dans des actes de terrorisme contre le territoire des Etats-Unis ou leur présence à l’étranger. Les Talibans ont toujours maintenu la même ligne, à savoir que leur combat etait pour l’expulsion des forces étrangères occupant l’Afghanistan. Ainsi, les Talibans ne font partie d’aucun “réseau terroriste international”. Si la guerre américaine en Afghanistan n’est pas pour battre le terrorisme, alors pourquoi cette dépense massive de fonds et de resources humaines pendant plus de dix ans ?

Plusieurs hypothèses viennent alors à l’esprit:

La première est la situation géopolitique de l’Afghanistan: les Etats-Unis construisent et renforcent des bases militaires autour et aux frontières de la Chine.

Deuxièmement, les bases militaires américaines en Afghanistan servent de bases de lancement pour fomenter des conflits armés ethniques de “dissidence séparatiste”, ainsi appliquant la vieille formule du “diviser pour mieux régner” contre l’Iran, la Chine, la Russie, et les républiques d’Asie Centrale.

Troisièmement, Le lancement de la guerre d’Afghanistan en 2001 par Washington et ses conquêtes faciles du début, encouragea le pentagone à croire qu’une victoire facile, rapide et à moindre coût était possible; une victoire qui aurait pu revigorer l’image des Etats-Unis comme une puissance invincible, capable d’imposer sa loi n’importe où dans le monde, à l’encontre de la désastreuse expérience de l’URSS.

Quatrièmement, le succés rapide de la guerre en Afghanistan était regardé comme un prélude au lancement d’une vaste séquence de guerres victorieuses, d’abord contre l’Irak, suivi de l’Iran, puis la Syrie et bien d’autres. Ceci servirait le triple but de renforcer la puissance régionale d’Israël, de contrôler les ressources stratégiques du pétrole et d’élargir l’arc de contrôle états-uniens par ses bases militaires de l’Asie du sud et centrale, à travers le golfe persique et jusque la Méditérannée.

Les stratégies politiques formulées par les militaristes et les sionistes des administrations Bush et Obama pensaient que les armes, l’argent, la force brute et la corruption pourraient bâtir fermement des états satellites stables dans le giron de l’empire états-unien de l’ère post-soviétique. L’Afghanistan fut regardé comme une première conquête facile, la phase initiale de guerres séquentielles. Chaque victoire endommagerait la réputation des oppositions aux guerres à la maison et en Europe. Les coûts initiaux de la guerre impérialiste seraient épongés par la richesse tirée des pays conquis, pensaient les néo-conservateurs, spécifiquement des régions productrices de pétrole.

La défaite rapide du gouvernment Taliban par les Etats-Unis confirma aux stratèges militaires, que des islamistes rétrogrades et pauvrement armés n’étaient pas une compétition pour la puissance de feu américaine et ses leaders intelligents.

Mauvaises analyses, stratégies éronnées: un désastre à mille milliards de dollars

Chaque évaluation formulée par ces stratèges civils et leurs alter-ego militaires s’est avérée fausse. Al Qaïda était et est toujours un adversaire marginal, la seule véritable force capable de faire perdurer une guerre populaire contre un occupant impérialiste, infligeant de lourdes pertes à celui-ci, diminuant l’influence d’un régime local marionnette et accumulant un soutien massif de la population est le mouvement taliban et les mouvements nationalistes de résistance émergents. Les think-tanks américains lourdementt influencés par Israël, les experts et conseillers qui dépeignaient les adversaires islamistes comme étant ineptes, inefficaces et lâches, se sont totalement trompés sur le compte de la résistance afghane. Aveuglés par leur antipathie idéologique, ces conseillers civils de haut-niveau de la Maison Blanche et du pentagone ont été incapables de reconnaître la finesse politique, militaire, stratégique et tactique des leaders islamistes de moyen et haut niveaux ainsi que leur potentiel de soutien dans le voisinage, au Pakistan et ailleurs.

La Maison blanche d’Obama, trop dépendante des experts pro-Israël islamophobes, a isolé plus avant les troupes américaines et s’est aliénée la population afghane en triplant le nombre de troupes, ainsi renforçant le crédit des Talibans aux yeux de l’opinion publique afghane comme étant l’authentique alternative à l’occupation étrangère.

En ce qui concerne les rêves néo-conservateurs de voir des guerres séquentielles victorieuses, concoctées par les Paul Wolfowitz, Feith, Abrams, Libby et consorts, éliminer les adversaires d’Israël et faire du golfe persique un lac hébreu, les guerres qui se prolongent en Irak, Afghanistan et au Pakistan, de fait, ont renforcé l’influence régionale de l’Iran, retourné le peuple pakistanais contre les Etats-Unis et renforcé les mouvements contre les états clients des Etats-Unis à travers le Moyen-Orient.

Les défaites impérialistes séquentielles ont eu pour résultat une hémorragie massive des finances de l’état américain, bien plus que l’afflux des richesses pétrolières promis dans le package des guerres provenant des pays tributaires. D’après une étude universitaire récente, le coût militaire des guerres d’Irak, d’Afghanistan et du Pakistan a excédé les 3 200 milliards de dollars (dans “Les coûts de la guerre depuis 2001”, Eisenhower Study Group, Juin 2011) et augmente de plus de 10 milliards de dollars par mois. Dans le même temps, les Talibans “resserrent leur main mise psychologique” sur l’Afghanistan (Financial Times du 30 Juin 2011, p.8). D’Après les derniers rapport en provenance d’Afghanistan, même le mieux gardé et protégé des hôtels cinq étoiles de Kaboul, l’hôtel Intercontinental, a été vulnérable à un assaut répété et a été pris par des militants, parce que les “forces de haute sécurité afghanes” sont inflitrées et que les Talibans sont capables d’opérer partout, ayant établi des “gouvernements de l’ombre” dans la plupart des villes et villages (Financial Times du 30 Juin 2011, p.8)

Le déclin impérial, les finances en déconfiture et le spectre de l’écrasement

L’empire qui s’effondre a épuisé le trésor public US. Alors que le congrès et la Maison Blanche luttent pour augmenter le plafond de la dette, le coût de la guerre érode de manière agressive toute possibilité de maintenir des standards de vie raisonnables et stables pour la classe moyenne et celle des travailleurs et augmente les disparités sociales entre les 1% du top et le reste de la population américaine. Les guerres impérialistes ont pour fondement le pillage de la trésorerie des Etats-Unis. L’état impérialiste a, par des exemptions d’impôts massives et extraordinaires, concentré la richesse dans les mains des super-riches alors que les classes laborieuses ont été coulées surtout dans la mesure où maintenant seuls les boulots à bas salaires sont disponibles.

En 1974, le top 1% de la population américaine à titre individuel comptait pour 8% du revenu national; en 2008 ce 1% comptait pour 18% du revenu national, et la plupart de ces 18% de richesse est concentré dans les mains d’un tout petit 1% de ces 1% ou 0,01% de la population américaine (Financial Times du 28 Juin 2011, p.4 et du 30 Juin 2011, p.6). Alors que la classe des super-riches pille le trésor public et intensifie l’exploitation du travail, le nombre des boulots à salaires moyens a plongé. De 1993 à 2006 (NdT: avant le début de la crise donc…c’est pire maintenant…), plus de 7% des boulots à moyens salaires ont disparu (Financial Times du 30 Juin 2001, p.4). Alors que les inégalités sociales croissent dans le monde entier, les Etats-Unis ont maintenant la plus grosse inégalité sociale répertoriée dans les pays capitalistes dominants.

Le poids du soutien de l’empire en déclin, avec sa croissance faramineuse des dépenses militaires, est supporté de manière disproportionnée par les contribuables de la classe moyenne et de la classe laborieuse ainsi que par tous les salariés. Le pillage de l’économie par l’armée et l’élite financière a mis en marche un déclin brutal des standards de vie, des revenus et des possibilités de travail. Entre 1970 et 2009, alors que le PIB a plus que doublé, le salaire médian a stagné en terme réel (FT du 28 Juin 2011, p.4). Si nous ajoutons les facteurs fixes de coûts des retraites, de santé et d’éducation, le revenu réel par salarié, spécialement depuis 1990, a sérieusement décliné.

Pire doit arriver dans la seconde moitié de 2011: Alors que la Maison Blanche d’Obama étend ses interventions impérialistes au Pakistan, à la Libye et au Yémen, augmentant par là même les dépenses militaires et de l’état policier, Obama va établir des accords budgétaires avec l’aile la plus à droite du parti républicain, qui va torpiller les programmes gouvernementaux de santé et d’aides sociales, comme le Medicare et Medicaid, ainsi que le programme national des retraites. Les guerres prolongées ont amené le budget au point de rupture, tandis que le déficit plombe toute véléité de redressement économique, le tout emmenant le pays vers une récession répétée.

La classe politique semble bizarrement ignorer que leur chasse aux 50-75 terroristes fantômes estimés d’Al Quaïda coûtant des centaines de milliards de dollars a précipité la disparition des boulots à revenus moyens aux Etats-Unis.

Le spectre politique dans son entièreté s’est tourné de manière décisive vers la droite et l’extrême droite. Le débat entre les démocrates et les républicains est devenu celui de savoir s’il faut couper 4 000 milliards de dollars ou plus dans ce qu’il reste des programmes sociaux du pays.

Les démocrates et l’extrême droite sont alliés alors qu’ils continuent des guerres multiples tout en continuant à favoriser et financer les 0,01% de super-riches, des magnats de la finance et de l’immobilier dont la richesse a tant augmenté durant la crise !

Conclusion

Mais il y a une gêne profonde et silencieuse au sein des cercles du pouvoir du régime Obama: les “meilleurs et les plus intelligents” de son équipe d’élite sont en train de quitter le navire avant que le déluge n’arrive: le gourou de l’économie Larry Summers, Rahm Emmanuel, Stuart Levey, Peter Orzag, Bob Gates, Tim Geithner et bien d’autres, responsables des guerres désastreuses, des catastrophes économiques, de la concentration massive de la richesse et du saccage de nos standards de vie, sont partis ou ont annoncé leur “retraite”, laissant le soin aux charlatans toujours souriant, le président Obama et son comparse vice-président “Joe” Biden, ainsi qu’à leur dernière garde de loyalistes qui n’ont aucune idée de quoi il retourne, de se faire blâmer quand l’économie capotera et que nos programmes sociaux seront balayés. Quelle autre explication pour leur départ hâtif et lâche (“pour passer plus de temps avec la famille”) alors que la crise se renforce de jour en jour. La retraite hâtive de ces officiels de haut niveau est motivée par leur désir d’éviter toute responsabilité politique et pour échapper à leur inculpation par l’histoire pour le rôle qu’ils ont tenu dans cette débâcle économique. Ils sont plus préoccuppés de se protéger d’accusations futures sur qui a mené quelle politique qui eut pour résultat de détruire l’économie du pays et ses classes moyenne et ouvrière, qui avaient de bons boulots, des retraites stables, une sécurité sociale, une assurance médicale convenable et une place respectée dans le monde.

Article original en anglais :

http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=25574

Traduction : Résistance 71

Note du site Résistance 71 :

Nous avons traduit ici un excellent article de James Petras sur le déclin et l’implosion futurs de l’empire américain (anglo-américain pour être plus précis) sous le poids combiné de ses coûts de guerre et d’une récession / dépression économique, qui plombent la société de l’intérieur, comme cela arrivera bientôt également à la France qui se laisse embarquer par le truchement de la clique néolibérale (Sarkozy n’en étant que son tenant de « droite », plus asservi sans doute à la société du spectacle américaine que certaines « contre-parties de gauche » non moins néolibérale et donc réfractaire de tout progrès social) en place depuis l’asservissement des institutions françaises aux diktats de la haute finance internationale.

Cette analyse de Petras est une analyse que nous qualifierons de « classique ». Elle pose des problèmes et des questions justes, mais élude à notre sens la partie la plus importante de la vision en cinémascope que chacun devrait avoir de la situation mondiale: aux questions du pourquoi des guerres et du pourquoi la classe politique américaine (et européenne du reste) semble ne pas comprendre la relation causale de la détérioration de la situation politico-économique avec les guerres perpétuelles en cours, Petras, comme beaucoup d’analystes « classiques » n’y voit que des « erreurs de jugement », des « mauvaises perception politiques et stratégiques » , donc des « erreurs humaines » menant au marasme …

Ceci omet quelques points essentiels:

Les guerres modernes (post-modernes ?) ne sont plus fait pour être gagnées mais pour durer, car elles remplissent plusieurs fonction dont une a été soulignée par Petras dans son article: les guerres rapportent et aident à concentrer encore plus la richesse dans le moins de main possible, mais surtout, et cela mène au second point:
En durant, surtout contre une « ennemi invisible » comme Al Qaïda, créé à dessein à cet effet, les guerres, créent le chaos. Chaos politique, division des peuples (doctrine néo-con du « choc des civilisations », complètement bidon et induite à 100% par les idéologues du système, comme BHL en France par exemple), chaos social dans les pays concernés, couplé à la destruction planifiée de l’économie mondiale telle que nous la connaissons, afin de créer le chaos ultime, celui qui ruinera le monde de ce début de XXIème siècle et permettra l’avènement de ce à quoi les oligarques rêvent dans leur délire psychopathe depuis bien longtemps: la gouvernance mondiale, le Nouvel Ordre Mondial
Du chaos artificiellement créé dans la théorie sociopathe des oligarques, naîtra l’essence du Nouvel Ordre Mondial. La concentration du maximum de la richesse mondiale dans les mains de 0,001% de la population mondiale aidera à la concentration ultime du pouvoir. Le gouvernement mondial sera géré par un cartel de financiers et de gros industriels privés, non élus bien sûr et utilisera dans un premier temps la structure actuelle de l’ONU et l’armée de l’OTAN comme flic et garde-chiourme international. Le mercenariat sera généralisé.

Pour parvenir à ses fins, l’oligarchie hégémonique se doit de détruire la société telle que nous la connaissons, pour non pas rendre le pouvoir aux peuples comme nous et bien d’autres le préconisons pour en finir avec un système obsolète d’injustice sociale, mais bien au contraire, pour créer le summum, la mère de tous les systèmes inégalitaires, répressifs et totalitaires: le gouvernement mondial du plus petit nombre sur la vaste majorité des serfs dans une société néo-féodale criminelle.

Voilà ce qui à notre sens manque à l’analyse par ailleurs classiquement très bonne de James Petras. Nous désirions en faire part ici avant la lecture de l’article.

James Petras a une longue histoire d’activisme pour la justice sociale, travaillant en particulier avec le mouvement des paysans sans terre brésilien pendant 11 ans. En 1973-76, il fut membre du tribunal Bertrand Russel sur la répression en Amérique latine. Il écrit une chronique mensuelle pour le journal mexicain La Jordana et auparavant pour le quotidien espagnol, El Mundo. Il a un B.A de l’université de Boston et Ph.D de l’université de Berkeley, Californie.

James Petras est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca. Articles de James Petras publiés par Mondialisation.ca

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Feu le service public de la Poste

Posted: 2 juillet 2011 in Politique

Depuis 10 jours j’étais sans courrier, un peu surpris tout de même. Puis le onzième jour, miracle : un amoncellement de lettres et de journaux postés entre 10 et 12 jours plus tôt. Je téléphone derechef au service client distribution de la Poste (composez le 3661). On me donne une explication nette : « l’agent chargé de votre tournée était absent non remplacé ». M’étonnant que la continuité du service public ne soit plus assurée (heureusement que l’agent en question n’ait pas eu trois mois d’arrêt maladie …), on me répond d’un ton sec que la Poste n’est plus un service public mais une SA et que ses seules obligations sont une présence postale tous les 30 kilomètres ! Comme je faisais remarquer à cet agent que même une SA devait rendre les services pour lesquels elle est payée, on m’a raccroché au nez… Bref la morgue des bureaucrates tout droit issus du monde de Gogol combinée au cynisme du capitalisme total: voilà ce qui reste des “services publics à la française” après les nouveautés dans lequel nous sommes précipités en application des directives de l’UE – approuvées par les principaux politiciens français, de droite comme de gauche.

Et ce n’est qu’un début.
Au fait qu’en pensent les candidats? et notamment les primaires socialistes?
Par Denis Collin

Un projet politique redoutable

Posted: 2 juillet 2011 in Politique

L’année 2010 a été marquée par la mobilisation contre la réforme des retraites. Parmi les différents ouvrages publiés sur cette question, celui du sociologue Bernard Friot (l’enjeu des retraites), présenté comme un plaidoyer en faveur des retraites, a connu un certain succès.

Pourtant, à regarder ce texte de plus près, on découvre que son objectif réel est de contribuer à la formulation de projets politiques et sociaux qui menacent les acquis fondamentaux des travailleurs.

De ce fait, les thèses de Friot méritent d’être vues de plus près.

Quelques affirmations pouvant séduire le lecteur…..

L’auteur donne volontiers dans le lyrisme pour chanter le droit à retraite, et critique avec force les retraites par capitalisation et les systèmes calqués sur le modèle suédois de comptes notionnels. Il renouvelle l’exigence d’une retraite à 60 ans sans décote au bout de 150 trimestres de cotisation (37,5 années), et revendique même que la base de son calcul soit 100% du meilleur salaire….

Il rappelle (p 88-92) que les ressources dues à la sécurité sociale ont été amputées par « le saccage de la cotisation sociale au nom de la sauvegarde de l’emploi », ce qu’il dénonce avec raison.

Enfin, il se démarque clairement de ceux qui (à la direction de la CGT et à la CFDT, au PCF, au PS et ailleurs) demandent que l’on supplée à l’insuffisance des cotisations sociales non pas en supprimant les exonérations accordées aux patrons mais en taxant les produits financiers.

Bernard Friot découvre un « trésor impensé » : le « travail » des retraités

Ses déclarations enthousiastes en faveur de l’utilité sociale des retraités ne peuvent que plaire aux retraités qui, à juste titre,s’inquiètent des discours gouvernementaux évoquant le fardeau croissant que représenteraient les retraités pour les plus jeunes générations condamnées à la misère…

Aussi Friot s’évertue-t il à montrer qu’il n’y a rien de plus utile que le « travail » d’un retraité heureux qui produit des légumes dans son jardin ou s’occupe d’une association. Et c’est à dessein, on y reviendra, qu’il utilise le mot de « travail » pour qualifier les activités des retraités.

« Les pensions sont un trésor impensé dont il faut pouvoir mesurer toute la radicalité. On le devine dans le bonheur de celles et de ceux que l’on appelle significativement les « jeunes retraités ». Quel que soit leur âge (et ils peuvent être très âgés), ils vivent la retraite en bonne santé, avec une pension proche de leur salaire (…) » et « ils n’ont jamais été aussi heureux de travailler.» (p. 27).

Pourtant, cette idée de l’utilité de certaines activités est banale. Dans une réponse à un détracteur, Friot la qualifie lui même de « pont aux ânes ». Cette activité des retraité n’en fait pas pour autant un « travail » équivalent à celui d’un travail salarié.
Une réalité embellie ….

L’ouvrage de Friot fait peu de cas des salariés usés par le travail, et souvent poussés par les entreprises à accepter les dispositifs de pré-retraites.

Certes Friot concède qu’il y a des retraités misérables ou grabataires, mais « Il n’est pas nécessaire que ce que je pointe comme porteur d’un avenir inouï soit le fait de tous les retraités. Qu’ils aient atteint le statut d’un fait social suffit, et le bonheur des retraités au travail en est un » (page 33).

C’est donc sur cette minorité aisée qu’il échafaude sa démonstration.
Les bases d’un raisonnement

Bernard Friot reprend une de ses idées anciennes, selon laquelle la pension du retraité du secteur privé serait un « salaire continué ». Pourtant, si l’on respecte le sens des mots, seules les retraites de la fonction publique doivent être qualifiées de « traitement continué ».

Pour justifier cette extension de la notion de salaire continué aux retraites du privé, il entreprend de montrer la proximité des deux systèmes. Pour ce faire, il valorise l’influence du modèle de la Fonction publique sur l’instauration des retraites du privé, quitte à simplifier l’histoire. Il néglige ainsi les combats de la classe ouvrière pour établir des secours mutuels. Plus généralement, B. Friot oublie la lutte des classes. C’est le grand absent de son ouvrage. Par quel miracle de telles retraites ont-t-elles été accordées aux travailleurs ? On ne le sait pas.

Une confusion redoutable entre privé et fonction publique

Disons nettement que la retraite des les travailleurs du privé n’est pas un « salaire continué». Le « traitement continué » n’existe que les fonctionnaires, lesquels (jusqu’à l’actuelle réforme) ne versent aucune cotisation. Les indications inscrites sur leur feuille de paye n’étaient qu’une fiction comptable destinée à leur faire « sentir » combien ils coûtaient. De même l’État ne cotise pas pour la pension des fonctionnaires : celle-ci est inscrite au grand livre de la dette publique.

Pour le privé, cela n’a rien à voir. Or. Friot veut à tout prix assimiler les deux systèmes.

Il écrit ainsi, à propos des retraites du privé des années 1970 : « la pension se rapproche de la continuation du salaire, et cela d’autant plus qu’indexée sur les salaires, elle progresse au même rythme qu’eux » (p.26). Et puisque les retraites du secteur privé se sont « rapprochées » du traitement continué des fonctionnaires, Friot considère qu’il peut user d’un même vocabulaire:

Confondre les deux ne peut que faciliter la politique du gouvernement, qui tente de rapprocher les deux systèmes….Désormais, un début de cotisation est soustrait au salaire des fonctionnaires.

Mais cette première modification de vocabulaire est nécessaire pour la thèse que veut construire l’auteur, de même que celle concernant la notion classique de salaire « différé ».

Ce qu’est le salaire différé

Depuis des décennies, on nomme « salaire différé » les cotisations sociales destinées aux quatre branches de la Sécurité sociale. Ce terme n’est donc pas réservé aux retraites.

Ce terme général de « salaire différé » s’applique aux cotisations sociales salariales (ouvrières) comme aux cotisations dites patronales, les deux constituant une fraction du salaire dû au travailleur.

L’argent prélevé par les cotisations n’est pas capitalisé, ni placé pour être restitué « en différé ». Cette part de leur salaire que les travailleurs « mutualisent » est immédiatement utilisée pour les salariés malades, accidentés, ou qui sont déjà à la retraite. En retour, chaque cotisant reçoit un droit: celui d’être soigné en cas de besoin, de recevoir un indemnité durant son congé maladie ou d’accidenté, et de recevoir une pension lorsque son tour viendra d’être à la retraite.

Ce qui est donc différé, c’est seulement le droit de recourir à cette part mutualisée des salaires, droit que l’on peut faire valoir sans délais si l’on est malade ou accidenté du travail.

Toutes les cotisations sociales sont une part du salaire des actifs

Ce « salaire différé » est un salaire « indirect », et « mutualisé », « socialisé ». Et les gouvernements successifs ne cessent de dénaturer ce salaire indirect en multipliant les exonérations de cotisations sociales au profit des patrons. (Quand il y a compensation par l’État de ces exonérations, le financement se fait alors par les impôts…que payent les travailleurs).

Ce que nient les capitalistes, c’est que toutes les cotisations sociales sont une part du salaire des travailleurs en activité. On parle d’ailleurs de salaire « brut » pour qualifier l’ensemble du « salaire net » et des cotisations du salarié, et parfois de « salaire super brut » pour désigner la somme du salaire brut et de la cotisation patronale.

Friot rejette la notion de « salaire différé »

L’un des leitmotivs de l’auteur est que le terme de salaire « différé » ne devrait s’appliquer qu’aux seules retraites par capitalisation.

Il redoute également que ce terme de « salaire différé» ainsi que le terme de « retraite par répartition » ne laissent la porte ouverte à l’instauration d’un système calqué sur le très dangereux modèle suédois, le compte individuel dit « compte notionnel .

Mais s’il ne s’agit que d’éviter une confusion, Friot pourrait utiliser simplement les termes de « salaire indirect, mutualisé » et préciser que la « retraite par répartition » doit être définie par son taux de remplacement et non pas soumise à un taux fixe de cotisation. Mais il critique même cette option, prétendant (p.22) que « défendre la répartition à prestations définies est tout à fait insuffisant pour s’opposer à la réforme ».

A l’évidence ; l’auteur veut absolument justifier l’emploi du terme de « salaire continué », terme pourtant fort confusionniste, d’autant plus qu’il l’attribue aussi aux cotisations maladie.

En réalité, l’emploi de ce terme répond à un autre objectif : il est nécessaire à Friot pour justifier le sens qu’il entend donner au « travail » des retraités. Car il établit un lien indissoluble entre la notion de « salaire continué » et la notion de « travail » des retraités. Ainsi précise t il dans une réponse à Jean .Marie. Harribey : « ce n’est pas parce qu’ils travaillent que les pensionnés sont payés : c’est parce que leur pension est un salaire que leur activité est du travail. »

« Salaire continué » et « travail » des retraités constituent ainsi le couple fondateur d’où naît la thèse centrale du livre.

La thèse centrale de Friot : une thèse qui revient à réduire la valeur de la force de travail

C’est au chapitre 4 que Friot avance sa thèse centrale : les retraites ne sont pas financées par le travail des actifs… Ainsi, selon lui, ce serait une « erreur» de « dire que ce sont les cotisations actuelles des autres, des actifs, qui financent ma retraite d’aujourd’hui » (p. 124).

C’est la négation pure et simple de ce qui fonde la Sécurité sociale (dont l’assurance vieillesse), et ne peut que ravir ceux pour qui toute confusion est bienvenue pour aider à détruire la Sécurité sociale. Car la bourgeoisie – pour qui toute cotisation est une charge – ne cesse de nier que ce sont les travailleurs – et eux seuls – qui financent par leur travail la Sécurité sociale (de la même manière qu’elle nie que c’est le travail non payé des salariés qui lui permet de réaliser ses profits).

Mais si ce n’est pas le travail des actifs qui finance les retraites, qui les finance ?

Friot répond : « La monnaie distribuée aux retraités correspond non pas à une part de la richesse créée par les actifs, mais à la richesse créée par les retraités eux-mêmes. » (p. 125).

Cette affirmation péremptoire tourne le dos à la réalité. Car la bourgeoisie se moque de savoir si les activités des retraités ont une quelconque utilité sociale, l’essentiel est que ces activités ne sont pas un travail dont elle puisse extraire une plus value. Ces activités ne fournissent aucun « surtravail » qui puisse être source de profit.

Qui peut croire un instant que la société bourgeoise offrirait un salaire « continué » aux retraités pour les rétribuer leur activité ? …..

Quant à la classe ouvrière, elle n’a jamais revendiqué un salaire destiné à rétribuer les activités des retraités. Mais elle a combattu pour une assurance vieillesse permettant aux vieux travailleurs incapables de subvenir à leurs propres besoins d’échapper à l’indigence.

En outre, cette thèse ouvre la voie à une attaque majeure : qu’en est il des retraités incapables de la moindre activité socialement utile parce que totalement usés par les maladies et par l’âge ?

Friot promet (p 123) qu’on ne retirera pas plus le salaire du grabataire « que l’on retire le droit de vote aux mourants ». Mais si le grabataire ne mérite plus un « salaire continué », pourquoi ne pas alors le faire entrer dans une nouvelle catégorie, celle des inactifs « dépendants » ? Avec un autre mode de financement ? Or c’est là l’une des attaques que la bourgeoisie française se prépare à engager : inventer un nouveau « risque », avec son propre financement, pour les personnes qualifiées de dépendantes » au lieu que cette dépendance soit prise en charge par la sécurité sociale.

Ce danger porté par la « thèse » de Friot est d’autant plus grand qu’il ne réserve pas sa notion de « salaire continué » aux seules retraites mais qu’il l’étend à toutes les cotisations sociales : sont donc qualifiées de « salaire continué » les cotisations destinées à la santé, aux accidents du travail, etc…Ce qui accroît la confusion introduite par la thèse de Friot.

Ainsi l’argent versé pour l’infirmière de l’hôpital, tout comme pour le médecin du secteur privé, devient « la reconnaissance sociale du travail des soignants » (p.126), un salaire continué au même titre que l’indemnité reçue par le travailleur en arrêt maladie….

Et en même temps, B.Friot ouvre la voie à une formidable baisse de la valeur de la force de travail.

Si l’on considère en effet que le total « Salaire + cotisation ouvrière + cotisation patronale » rétribue la valeur de la force de travail (à défaut de rétribuer la totalité du travail fourni), on doit bien considérer ce qu’implique cette thèse : désormais, il n’y aurait plus que le salaire net qui rétribuerait le travailleur en activité. La valeur de la force de travail baisserait donc de 40 à 50%. C’est colossal.

Et cela pose un autre problème : qui paierait alors les cotisations puisqu’il faudrait, selon Friot, qu’elles soient indexées au salaire sans être pour autant le produit du travail des actifs ?
Friot nie la loi de la valeur

Friot s’en sort par quelques pages fort confuses sur la monnaie d’où il résulte qu’il n’y aurait nulle difficulté à créer toute la monnaie nécessaire. En effet, explique t il. « C’est dans le prix des marchandises qu’est incluse, outre le profit, la reconnaissance monétaire du travail des retraités en plus de celle du travail de leurs producteurs » (p.125). En fixant le prix de sa marchandise, le capitaliste anticiperait donc du « travail » à venir des retraités qui cultivent leur jardin…c’est pour le moins farfelu.

Pour habiller sa démonstration, Friot n’hésite pas, dans certaines pages, à paraphraser Marx. Mais toute cette démonstration est une pure et simple négation de la loi de la valeur telle que Marx l’a dégagée. Ainsi est-il faux d’expliquer que « dans le prix de la marchandise », il y aurait « la reconnaissance » du « travail de leurs producteurs » puisque ce qui est acheté et payé par le capitaliste, ce n’est pas le travail fourni mais la force de travail de l’ouvrier, et que seule une partie du travail fourni est payé par le capitaliste.

Pour un salaire universel fondé sur la qualification personnelle ?

L’ouvrage s’inscrit dans un projet plus vaste de redéfinition du statut de salariés. Pour ce faire, il ramène tout à la question de la qualification.

Celle ci serait devenue la détermination unique des retraites du privé : « les retraités du privé, lorsqu’ils liquident leur pension, se voient attribuer cette qualification jusqu’à leur mort » (p. 66). Ainsi « ils rejoignent les retraités de la fonction publique dans un statut de salariés, c’est-à-dire de porteurs d’un salaire à vie, d’une capacité reconnue ».

Or les retraités du privé ne se voient attribuer aucune qualification, même par équivalence. Le niveau de sa pension (éventuellement modulé par le nombre d’années de cotisation) est défini par le niveau moyen des salaires reçus (durant les dix meilleures années jusqu’en 2003, et 25 années depuis). La classe ouvrière a combattu pour la prise en compte des qualifications par conventions collectives. Mais ces qualifications sont diverses au cours de la vie active de chaque travailleur Et aujourd’hui, la dévalorisation des qualifications est générale.

Mais l’auteur veut faire du système des retraites tel qu’il le fantasme le modèle pour redéfinir le salariat : « la liberté et le bonheur des retraités au travail » non subordonné, et hors marché, « doivent devenir le fait de tous ceux qui sont au travail » : « à leur exemple, la qualification personnelle doit remplacer l’emploi comme support de droits sociaux et économiques » p 167

De là découle son projet : celui d’un « salaire universel » qui serait « indépendant de l’employeur », et qui serait défini par l’attribution d’une « qualification personnelle à vie » au salarié. Cela concernerait tout citoyen, à partir de 18 ans, mais aussi les chômeurs.

Cela serait un bouleversement total du code du travail et des rapports entre travailleurs et patrons.

Quand Friot défend la Sécurité sociale professionnelle chère à Le Duigou

Le projet de Sécurité sociale professionnelle est promu par la direction de la CGT, en particulier par Le Duigou, en dépit d’une forte opposition interne qui s’est exprimée notamment lors du 48ème congrès. Pour les opposants, ce projet vise à accompagner la politique de licenciements a lieu de combattre pour l’interdiction des licenciements

À l’inverse ; il est justifié en ces termes par Le Duigou : « la gestion de la mobilité de la main-d’oeuvre s’impose comme une question stratégique (…) Il n’est pas question d’ignorer la contrainte de compétitivité des entreprises.

Il faut inscrire le droit à l’emploi dans une vision nouvelle du travail qui impliquerait la reconnaissance d’un droit (sic !) à la mobilité professionnelle, à l’organisation d’une carrière diversifiée, à la définition de formes de travail complémentaires. »

Et de préciser : « Aujourd’hui, les droits sociaux sont liés aux accords et conventions régissant l’emploi dans une entreprise donnée. Il s’agit de transférer ces droits à un parcours individuel du salarié. Ainsi ses qualifications et compétences, formations suivies « suivraient » un salarié tout au long de sa carrière ».

Il n’est pas étonnant que, sous la formule de Sécurité sociale professionnelle (empruntée à la CGT) ou de sécurisation des parcours professionnels (empruntée à la CFDT), ce projet soi lui même valorisé par la bourgeoisie. Ainsi, dans une lettre de mission du 11 juillet 2007 destinée à sa ministre de l’économie, Sarkozy propose d’instaurer “la sécurité sociale professionnelle ».

Pas étonnant non plus qu’il y ait eu des oppositions dans le Congrès de la CGT. Certains d’entre eux qualifient ce projet de « mystification » et précisent : « Ce projet renoue de fait avec le livret individuel dont l’abrogation a été une des premières revendications du mouvement ouvrier organisé. Ce livret individuel instaurerait une individualisation des parcours professionnels mais aussi des conditions de rémunération, de travail, de qualification, cassant ce qui a fait la force du mouvement syndical : les luttes de masse et leur collectivisme.» (Déclaration de Continuer la CGT).

Dans ce débat, Friot choisit de soutenir clairement le projet de la direction confédérale.

Dans un texte publié en octobre 2008, intitulé : « Le nouvel horizon du salariat : la sécurité sociale professionnelle à l’échelle européenne », il affirmait : « La sécurité sociale doit se prolonger – et c’est un saut qualitatif – dans la sécurité sociale professionnelle. (…) La sécurité sociale professionnelle est un pas de plus dans la sécurité sociale. On va plus loin car c’est le temps de travail subordonné lui-même qui s’émancipe de la subordination au capital alors que la conquête du travail libre ne s’était située que dans les marges du « hors travail ».

Certes, il prend soin de distinguer son projet du très réactionnaire projet de « revenu universel » (p 154) Mais quand au fond, c’est la même logique.

La cohérence d’une utopie réactionnaire

On comprend mieux l’importance accordée à la qualification. Comment en effet mettre en place cette sécurité sociale professionnelle ? Friot répond : « Avec la sécurité sociale professionnelle, il s’agit de détacher radicalement la qualification du poste de travail et de l’attacher à la personne (…). La sécurité sociale professionnelle émancipe non plus seulement les temps hors travail subordonné mais le travail subordonné lui-même. »

Tout se tient : pour Friot, il s’agit de légitimer le projet de la direction de la CGT. Pour cela, les mots « travail et salaire » doivent devenir « des mots dotés d’un sens nouveau » (sous titre p.151).

La pension des retraités qualifiée de « salaire continué », l’activité des retraités qualifiée de « travail » du fait de ce salaire, la détermination des retraites par la qualification, tout cela forme un ensemble cohérent : les mots sont dénaturés, les réalités rebaptisées, car il s’agit de promouvoir la sécurité sociale professionnelle. Or, avec celle-ci, il en résultera pour les travailleurs une incessante alternance d’emplois différents et de périodes de chômage.

« Faire entreprise »

Dans ce monde qu’imagine Friot, il ne s’agit pas d’en finir avec la propriété privée des moyens de production et avec l’exploitation de l’homme par l’homme, il s’agit de redéfinir le mot « entreprises »: « elles seront la convergence de qualifiés porteurs de réseaux personnels et mobilisés sur une production commune » (sic!). L’objectif est de « faire propriété » ! Admirable jargon …Ainsi, « poser l’université comme une entreprise (c’est-à-dire comme un lieu de travail voué à des produits spécifiques) est nécessaire » (p. 149). Cela au nom de la critique de la LRU !

Se débarrasser des « institutions parasitaires du capitalisme » ?

Friot est cohérent : il ne reste qu’à ajouter une nouvelle cotisation destinée à des caisses d’investissement, et le tour est joué : La propriété privée des moyens de production n’est donc pas remise en cause…. Dans ses interviews, Friot reprend son idée : « nous pourrons financer l’investissement en affectant une part de la valeur ajoutée (à hauteur de 30 à 35% du salarie brut) à une cotisation économique qui ira à des caisses d’investissement qui financeront l’investissement sans accumulation privée et donc sans taux d’intérêt » (Alternative libertaire, juin 2010).

Dans L’enjeu des retraites, c’est le moyen « de sortir de la logique de l’accumulation financière, de se débarrasser des « institutions parasitaires du capitalisme » que sont le crédit bancaire et la Bourse (p 108)

Cette « cotisation économique » serait « un élément du salaire », ce qui « fonderait le droit des salariés à définir les fins et les moyens du travail » (p. 153). Tout deviendrait donc « salaire » !

Cette extraordinaire confusion, outre qu’elle nie le fait que tous les investissements sont déjà financés par le travail (non payé) des salariés, par le « sur travail » déjà extorqué au prolétariat, propose donc d’en rajouter une couche qui pourrait pallier à la faiblesse actuelle des investissements.

Mais cette idée n’est pas nouvelle. Sous des noms divers, les fractions de la bourgeoisie qui prônent l’association capital-travail et s’inspirent du christianisme social l’ont déjà expérimentée. C’est le cas, en particulier, de l’actionnariat salarial. Friot généralise cette idée comme moyen de réaliser les investissements que les capitalistes ne veulent pas faire parce qu’ils ne sont pas assez rentables.

Ce que propose ainsi Friot, sous couvert de propositions « révolutionnaires », c’est une tentative de restaurer le christianisme social, d’aller vers la cogestion du capitalisme, en relation avec les projets imaginés par la bureaucratie syndicale pour tenter d’assurer un avenir au capitalisme français.
Serge Goudard
Le 24 1 2011

Annexe :

« Une nouvelle carrière pour les retraités » ?
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À trop vouloir expliquer, comme Bernard Friot, que les retraités pleins d’activités reçoivent un salaire pour prix de leur « travail », à trop développer la confusion entre travail salarié et activités libres, inévitablement va surgir la proposition d’utiliser ces retraités dynamiques pour répondre aux besoins sociaux. D’autant que Friot n’hésite pas à proposer que le « droit » des retraités à « une seconde carrière » soit « effectivement encouragé » (L’enjeu des retraites p. 156)

Car les théories ne manquent pas pour expliquer que les retraités doivent œuvrer sans attendre pour le bien de la société, et qu’ils ont des devoirs puisqu’ils reçoivent un « salaire continué ».

C’est ce que recouvre le projet de société fondé sur le « care » proposé Martine Aubry au printemps dernier (voir sur cette question L’insurgé d’octobre 2010). Derrière cette promotion du « care » et de la solidarité, il y a la volonté d’utiliser un travail gratuit ou quasi gratuit pour faire face aux besoins sociaux, et en particulier ceux liés à la « dépendance ».

Il y a déjà, pour la jeunesse, le service civique volontaire, que le PS veut rendre obligatoire. Mais cela ne suffira pas : les retraités devront également apporter leur contribution.

Cette réflexion est engagée depuis longtemps. Ainsi, il y a dix ans déjà, un rapport du club patronal Acadi proposait « l’élargissement des activités du troisième âge ». Il expliquait « La phase T (troisième âge et retraite) … pourra conjuguer d’amples loisirs avec l’exécution, souvent à temps partiel, d’activités sociales et sociétales ouvrant droit à certaines compensations financières. Au lieu de passer d’un statut d’actif économique à une situation d’inactif économique, l’individu passera, à un rythme et avec une ampleur choisis -premier principe du Nouveau Progrès Social- à une situation de pensionné actif ou d’actif sociétal, bénéficiant d’une certaine rémunération pour des services dont l’utilité sera reconnue par l’ensemble de la population ».

« Un nouveau contrat social » ?

Dans un article du Monde du 8 janvier, titré « Choisir la solidarité sociale », Claudine Attias-Donfut, responsable de recherches à la Caisse nationale d’assurance-vieillesse (CNAV) évoque « Les enjeux économiques de la réforme de la prestation-dépendance ». Plutôt que le recours aux assurances privées, elle préfère « la redéfinition des interrelations entre la famille et l’État… La prise en charge de la dépendance est typique d’une responsabilité partagée entre l’État, les citoyens et la société civile, ainsi que d’un mixage entre public et privé. Elle relève à la fois du travail du “care” (celui des aidants, dans la famille et l’entourage) et du marché du travail (celui des professionnels du soin et de l’aide) ».

Cette réforme devrait donc « redéfinir les frontières d’intervention entre les différents acteurs. …. Aussi, toute réforme de la dépendance doit-elle inclure le soutien aux aidants, sous plusieurs formes, ainsi que des relais d’entraide, dans une dynamique de synergie entre les partenaires. » L’auteur prend certes quelques précautions oratoires (« Qu’il soit entendu qu’il ne s’agit pas, de transférer à la famille la responsabilité de la dépendance »), mais n’en est pas moins clair: il s’agit « d’élargir la politique familiale à l’aide à la dépendance, en lien avec la politique vieillesse, et réaliser ainsi une symbiose entre l’action de l’entourage familial et l’intervention publique.

La dépendance est en majeure partie une affaire de femmes, à la fois du côté des personnes aidées et de celles qui aident. Les femmes ont en effet un risque accru de dépendance en raison de leur plus grande longévité et de leur santé plus précaire que celle des hommes ; elles sont par ailleurs deux fois plus nombreuses que les hommes à prendre soin d’une personne dépendante. Il se profile alors un nouveau contrat social, qui se tisserait à la fois entre générations et entre sexes et atténuerait les frontières entre le marché du travail et le travail du “care”, un contrat social caractéristique des mutations en cours dans la société et dans la protection sociale ».

Cela va très exactement dans le sens des propositions formulées par Martine Aubry. Et c’est à cette politique que les discours de B. Friot ouvrent la voie.

Par Serge Goudard

Des primaires secondaires

Posted: 2 juillet 2011 in Politique

Les primaires sont lancées au PS avec deux challengers sérieux (Aubry et Hollande), et trois figurants (Royal, mal partie, Montebourg et Valls). Sans parler d’un éventuel retour de DSK sur la scène française. Les primaires socialistes énervent la droite qui en a fait une cible pour mieux éviter de parler des sujets qui fâchent, comme l’état désastreux du pays en cette fin d’ère sarkozyste. Elles excitent les médias qui y vont de leurs portraits, interviews et biographies des concurrents. Elles ne risquent guère, en revanche, de passionner « le peuple de gauche » (si une telle chose existe encore). Mettons à part Arnaud Montebourg dont les positions tant sur le plan des institutions que sur celui de la critique de la mondialisation – il soutient la « démondialisation » – méritent l’attention et pourraient fournir les linéaments d’une véritable politique alternative. Mais en dehors du député de la Saône-et-Loire, les candidats n’ont rien à proposer sinon la politique « socialiste » d’accompagnement des plans d’austérité de l’UE et les recettes éculées de l’économie de marché.

Certes, ici et là on va faire des moulinets « à gauche », ne serait-ce que pour ne pas laisser trop libre Mélenchon. Mais fondamentalement la ligne est donnée par l’acceptation de la discipline de l’UE – et notamment le soutien à Papandréou en Grèce et à Zapatero en Espagne, grands maîtres « socialistes » de la purge à destination des classes populaires – pour Socrates, le problème ne se pose plus après qu’il a été chassé du pouvoir aux dernières élections portugaises. Quand les socialistes se réjouissent – bruyamment – du possible retour de DSK dans le jeu des présidentielles, ils nous disent très clairement qu’ils maintiennent intacte leur confiance dans la ligne du FMI, celle qui a précipité la Grèce dans la crise actuelle, et que Mme Lagarde, ministre de choc sarkozyste appliquera avec la même fermeté que son prédécesseur DSK.

Bref tout est fait pour que les divergences réelles entre « droite » et « gauche » soient réduites à leur plus simple expression. C’est-à-dire à presque rien, du moins rien de sérieux !

Si les primaires socialistes n’ont aucun intérêt – seule la gauche du PS (les partisans d’Hamon) feint de croire qu’il y a un vrai enjeu de gauche à assurer le triomphe Martine Aubry – cela ne veut pas dire que la présidentielle, elle, soit sans enjeu. La reconduction ou la défaite de Sarkozy ne sont pas du tout des questions anodines. Mais on peut tout de même se demander comment et dans quelles conditions pourra être assurée cette défaite quand on sait que les prochains moins seront occupés par les socialistes à se chipoter pour des queues de cerises sur une ligne qui n’est pas bien différente de celle d’un Borloo par exemple.

Par Denis Collin • Actualités • Vendredi 01/07/2011 •