La France croule sous le poids de ses 600 000 élus

La France n’a pas de pétrole, mais elle a des élus, beaucoup trop d’élus rappelle le Cri du Contribuable. Avec 600 000 élus en France, c’est quasiment 1% de la population qui est concernée (record mondial), mais l’ensemble de la population qui en paye les frais.

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Considérations sur la stratégie Plan A-Plan B

Les propositions de la France insoumise pour changer l’Union européenne se sont beaucoup affinées, en sorte qu’on peut les examiner en détail et mieux discuter de la stratégie qui serait mise en oeuvre.

Par Tony Andréani • 2017: Libre discussion • Samedi 01/04/2017 • 0 commentaires  • Lu 1290 fois • Version imprimable

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Pour mémoire, elles partent du constat que l’Union n’est en fait qu’une désunion, qu’elle ne survit économiquement qu’en violant elle-même certaines de ses règles (la BCE outrepasse les fonctions de son statut), que sa désagrégation politique est déjà largement avancée, et qu’elle mènera finalement au désastre, sous l’effet de ses contradictions internes ou à l’occasion de la prochaine crise bancaire et financière, qu’elle n’aura su prévenir. Ce constat est parfaitement démontré, et s’aggrave encore si l’on voit les risques de guerre que le projet d’une défense européenne porte en son sein. L’idée est donc de sauver ce qui peut et devrait être sauvé d’un projet européen. Le problème est de trouver la bonne stratégie.

Commençons par écarter le reproche d’irréalisme dans la conjoncture actuelle.

Si ce n’est pour aujourd’hui, ce sera pour demain

Il n’y a pratiquement aucune chance que Mélenchon remporte la présidentielle, les astres s’étant mal alignés, mais la campagne impose que l’on fasse comme si.

S’il devait arriver quand même une divine surprise, la partie serait très difficile à jouer. Il faudrait disposer, dans l’actuel régime présidentiel même, d’une majorité parlementaire pour mettre en œuvre le programme de la France insoumise. Or cela supposerait que ses candidats soient en majorité à l’Assemblée ou du moins trouvent suffisamment d’alliés du côté du PCF et surtout du PS, chose improbable tant les divergences sont fortes. Mais surtout, sur la question européenne, la seule possibilité serait, puisque tous les partis dits « de gouvernement » restent européistes (ce qui restera des députés labellisés PS l’étant aussi), de se résoudre à une coalition de circonstance avec le Front National, Debout la France et quelques autres députés souverainistes. Cela va d’autant moins de soi que ces derniers sont sur une ligne nationaliste pure et dure, et qu’ils répugneront à tout accord avec ce qui leur apparaît comme une gauche extrême.

Mais, je dirai, il faut voir plus loin. C’est cinq ans après, ou même avant, si la situation en Europe se détériore gravement, que se présentera la nouvelle échéance, et il est évident qu’il faut y être prêts et avoir fourbi ses arguments et les avoir popularisés. La question de la stratégie se posera demain comme aujourd’hui et elle n’en sera que plus pressante. Elle reposerait, comme on le sait, sur deux temps, un plan A, qui serait l’objet d’une négociation avec les partenaires européens, et un plan B, qui serait mis en oeuvre en cas d’échec de cette négociation. Voyons d’abord ce qu’il faut entendre par plan B.

Les équivoques sur le plan B

Lors de la campagne de 2005 contre le Traité constitutionnel européen il y eut de nombreuses propositions pour un plan B et, dans l’esprit de beaucoup de gens, le plan B signifiait ce changement des Traités qui devait modifier en profondeur le visage de l’Union européenne. Mais le plan B présenté aujourd’hui par la France insoumise semble, selon une première lecture, aller plus loin : ce serait une sortie complète et unilatérale des Traités, qui ferait suite à un échec total des négociations sur un plan A.

Si j’ai bien compris, il ne s’agirait pas de mettre eu œuvre l’article 50 des Traités, c’est-à-dire d’acter un divorce définitif avec l’Union européenne, mais seulement de s’émanciper totalement des Traités. L’Union, n’ayant pas le pouvoir juridique d’exclure la France, ne pourrait que prendre des sanctions, sanctions auxquelles notre pays répliquerait par des mesures adéquates : arrêt du versement de notre contribution au budget européen, mise en place d’un contrôle des marchandises et des capitaux à nos frontières. Dans cette situation de blocage, il serait, estime-t-on, de l’intérêt des uns et des autres de trouver une porte de sortie, d’aller « vers des formes moins intégrées et plus hétérogènes de coopération, redonnant aux Etats l’essentiel de leur souveraineté, préservant un marché commun et une coopération monétaire plus souple », cette dernière pouvant prendre la forme d’un retour à l’ancien système monétaire européen (le SME), mais amélioré. C’est ce que Jacques Généreux appelle le « plan B+ »1.

On voit ici la différence entre ce plan B et les positions du Front national ou d’autres souverainistes. Marine Le Pen envisage aussi des négociations avant d’actionner l’article 50, mais ces négociations ne feraient que préparer la sortie de l’Union (qui se ferait par référendum). Il s’agit donc de s’entendre sur les suites d’un Frexit, comparable au Brexit, mais en prenant de l’avance, c’est-à-dire d’exiger les quatre souverainetés (politique, monétaire, budgétaire et territoriale) et de voir en même temps quels liens pourraient encore subsister. Ce qui, on le sait par l’exemple de la Grande Bretagne, est loin d’être simple : celle-ci ne voulant rien céder sur sa souveraineté territoriale (donc sur le contrôle de l’immigration en provenance d’autres pays européens, ce qui est contraire au principe de leur libre circulation), les dirigeants de l’Union menacent de lui couper l’accès au marché commun et notamment l’accès financier, et la négociation doit durer deux ans. La France insoumise, elle, souhaite rester au sein d’une Union européenne, mais refondée sur des bases tout à fait nouvelles. Et elle estime qu’elle peut tenir la dragée haute à l’oligarchie européenne, et notamment à l’Allemagne, car la sortie définitive de la France du cadre européen signifierait la fin de l’Union. Alors que la sortie de la Grande Bretagne n’est pas vitale pour celle-ci, du fait qu’elle ne faisait pas partie de la zone euro et n’envisageait nullement de la rejoindre, qu’elle bénéficiait déjà de nombreuses dérogations et qu’elle est en quelque sorte excentrée par rapport au Continent, la sortie de la France, pays fondateur, 2° économie de ce Continent, ayant des affinités avec les pays du Sud de l’Europe, signerait l’acte de décès de toute forme d’Union. Pour de vulgaires raisons économiques d’abord : d’autres pays de la zone euro, ligotés par ses contraintes monétaires et budgétaires, se retrouveraient par rapport à elle en mauvaise posture. Mais surtout pour des raisons politiques.et culturelles.

De ce fait, la simple menace d’un plan B en cas d’échec des négociations sur le plan A jouerait déjà, comme un chiffon rouge, en faveur de la France lors de ces négociations elles-mêmes, et plus encore si d’autres pays lui emboitaient le pas. Sur ce pouvoir dissuasif, sur le rapport de force qu’il permettrait, je pense qu’on peut être pleinement d’accord.

Mais il y a une deuxième lecture du plan B, c’est celle qu’en donnait Mélenchon lors de la dernière rencontre avec des tenants de la gauche dite radicale qui a eu lieu le 11 mars dernier à Rome : « le plan B, c’est le plan A maintenu » avec ceux qui en seraient d’accord, après l’échec de la négociation engagée par la France, donc un plan beaucoup plus ambitieux et substantiel pouvant, si je comprends bien, entraîner une scission de l’Union entre les pays fidèles au statu quo et les pays rebelles, une fois surmontées les divergences éventuelles entre ces derniers. Car le plan A est fortement charpenté, ainsi qu’on va le voir.

Quel contenu pour le plan A ?

L’application du programme de la France insoumise serait non négociable, ce qui implique de fortes ruptures avec les Traités, dont voici l’essentiel 1° une réforme des statuts de la Banque de France, lui donnant la capacité de financer la dette publique et d’avoir sa propre politique de crédit, ce qui est interdit par les Traités ; 2° une récusation de toutes les contraintes budgétaires inscrites dans le TSCG, avec sa fameuse règle d’or, Traité ratifié en 2012 par l’Assemblée nationale et par la presque totalité des autres Etats européens, y compris certains extérieurs à la zone euro. Ce qui va bien plus loin que les timides demandes de Benoît Hamon (à savoir exclure les dépenses d’investissement et les dépenses militaires du calcul budgétaire) ; 3° mettre en place une régulation financière nationale, qui aille bien au-delà des réformettes européennes, et un contrôle des capitaux, comme tel contraire au principe fondamental de la libre circulation des capitaux dans l’espace européen ; 4° cesser d’appliquer diverses directives liées à la politique de concurrence tous azimuts de l’Union, notamment celles concernant la libéralisation des services publics, qui est une machine de guerre pour imposer des privatisations (par exemple dans les domaines de l’énergie ou du transport par voie ferrée), et celle relative aux travailleurs détachés, assise sur le principe de la libre circulation des travailleurs dans l’espace européen ; 5° refuser de ratifier le CETA et tout autre éventuel traité de libre-échange négocié par la Commission (sous mandat européen).

On le voit, cette politique unilatérale est une politique du fait accompli, mais elle aura été annoncée dans un mémorandum adressé aux institutions européennes et expliquée à nos autres partenaires pour leur montrer qu’elle serait bénéfique à tous. Mais alors, que resterait-il à négocier ?

En voici l’essentiel pour ce qui concerne la zone euro : 1° une réforme de la BCE visant à changer ses missions (ne plus les confiner à un contrôle de l’inflation), à lui permettre de financer directement la dette des Etats en achetant directement (et non sur les marchés) ses titres ; 2° un règlement des dettes publiques insolvables (par rééchelonnement, baisse des taux et annulations) – à comparer avec la proposition de Benoît Hamon d’une simple mise en commun des dettes supérieures à 60% du PIB pour les faire bénéficier de taux d’intérêt plus avantageux ; 3° un abandon des critères de Maastricht (déficit budgétaire limité à 3% du PIB, dettes publiques inférieures à 60% du PIB), critères arbitraires et inadaptés à des situations locales ; 4° une régulation stricte de la finance spéculative.

A quoi il faudrait ajouter, à l’échelle de l’Union européenne toute entière ; 5° l’instauration d’un protectionnisme solidaire aux frontières de toute l’Union ; 6° une harmonisation sociale et fiscale progressive, avec une clause de non-régression (pour les pays qui ont les normes les plus élevées) ; 7° la fin de la libéralisation des services publics et la révision de la directive sur les travailleurs détachés, l’autorisation des aides publiques aux entreprises ; 8° la réorientation de la politique agricole.

Mais les problèmes de fond générés dans la zone euro par la monnaie unique ne seraient pas résolus pour autant, car celle-ci n’est pas vraiment soutenable sans une Union de transferts permettant, comme dans n’importe quel Etat fédéral et grâce à un important budget fédéral, de compenser les déséquilibres de toutes sortes entre les pays. Seraient donc proposés aussi à la négociation soit le retour à un système monétaire européen liant des monnaies nationales retrouvées (l’ancien « serpent monétaire », mais assorti d’un contrôle des mouvements de capitaux), soit la transformation de l’euro en simple monnaie commune, liant les monnaies nationales entre elles par un système de parités fixes, mais révisables, et fonctionnant comme unité de change vis-à-vis des pays extérieurs à la zone euro.

Cette stratégie de négociation autour d’un plan A pose cependant un certain nombre de problèmes.

Les marges possibles pour une telle négociation

Ainsi présenté, le plan A a sa cohérence, mais ne laisse guère de place à une négociation, en dehors des deux options pour sortir de la monnaie unique. Il ne serait pas cependant « à prendre ou à laisser ». Si certains partenaires refusaient l’une ou l’autre de ces exigences, on leur demanderait seulement d’accepter une clause d’opting out (une dérogation) pour notre pays, par exemple en ce qui concerne la libéralisation des services publics ou la régulation financière, où nous aurions, de toute façon, déjà pris des décisions de manière unilatérale.

En fait les marges de manœuvre seraient bien limitées. En optant pour un certain nombre de décisions unilatérales non négociables, la France aurait déjà largement fait « bande à part ». On peut estimer et espérer qu’elle entrainera d’autres pays dans son sillage, mais ce ne sera pas dans le même mouvement, car chacun aura son calendrier politique propre (il y faudrait des changements de majorité). Quant à la négociation, il paraît impossible qu’elle se fasse dans des délais courts (on a parlé de deux mois, ou de six mois), tant elle implique au terme du processus un changement complet d’orientation, avec l’adoption de nouveaux traités à 19 (pour la zone euro) ou à 27 (pour l’Union dans son ensemble), ou du moins de modifications très substantielles au Traité de Lisbonne. On peut imaginer sans peine les résistances et les blocages venant de toutes les forces conservatrices et libérales en Europe, qui n’oseront sans doute pas s’opposer à la négociation, avec l’épée de Damoclès suspendue au-dessus de leurs têtes d’un passage au plan B, voire d’une sortie complète de l’Union, mais qui feront trainer les choses en longueur, multiplieront les arguties, annonceront les pires catastrophes etc. Si bien que la refondation de la zone euro et de l’Union pourraient demander des années, années pendant lesquelles les institutions européennes feront de l’obstruction et les forces financières feront feu de tout bois pour couler le projet.

Ceci conduit à deux considérations : il faudrait gagner la bataille idéologique pour créer un climat favorable à la négociation ; et, pour ce faire, ce n’est pas seulement le fonctionnement économique de l’Union qu’il faudrait proposer de changer, mais aussi son fonctionnement politique 

Les idées force pour une Europe de la coopération

L’Europe actuelle est celle de la concurrence non seulement entre les entreprises, mais encore entre les Etats (c’est au cœur de l’ordo-libéralisme). C’est devenu parfaitement clair pour nombre d’analystes, mais aussi, de manière plus confuse et plus empirique, pour les populations. Les appels constants à plus de compétitivité par rapport aux voisins, donc en définitive à plus de déflation salariale (en oubliant ses effets pervers sur la demande à l’échelle de l’Union), les délocalisations d’entreprises vers les pays de l’Est, les différences dans les salaires et les normes agricoles, les refus bruxellois des interventions des Etats nationaux dans leurs problèmes économiques (pour donner un exemple récent, l’opposition de la Commission à l’instauration de plate-forme publiques dans le transport ubérisé), et bien d’autres faits patents sont désormais au cœur des problèmes sociaux quotidiens. Même si les citoyens européens restent souvent, mais de moins en moins, favorables à l’euro et au maintien de leur pays dans l’Union, la défiance gagne sans cesse du terrain.

Or la réponse à cette crise, que plus personne, même les plus euro-béats, ne peut nier, est tout sauf convaincante. Résumons. Les pays de l’Est ne veulent absolument pas d’une harmonisation fiscale et sociale et s’opposent farouchement à une « Europe à plusieurs vitesses ». L’idée d’une plus forte intégration de la zone euro, soutenue par de nombreux économistes français dans un large spectre politique comprenant toutes les nuances du libéralisme (de l’Institut Montaigne à Thomas Piketty), ne séduit nullement une Allemagne qui n’entend pas contribuer à un budget de la zone euro dont elle serait la première contributrice et qui se refuse à toute mutualisation des dettes, ne voulant pas payer pour des pays qui se comporteraient comme des cigales, et, bien sûr, hostile à toute renégociation des dettes, qui pénaliserait ses épargnants. Enfin ce saut fédéral n’est pas un pas en avant vers une plus forte autonomie monétaire et budgétaire de la zone euro, dans la mesure où il continue à reposer sur une acceptation pleine et entière de la mondialisation financière : il s’agirait seulement de rassurer les investisseurs internationaux et de calmer les spéculateurs2. L’existence d’un Parlement de la zone euro (qui a la faveur, entre autres, de Benoît Hamon) n’est aucunement susceptible d’enthousiasmer des citoyens déjà très peu favorables à l’actuel Parlement européen (cf. le peu d’intérêt et le record des abstentions aux élections européennes). Dans ces conditions la grande majorité ne souhaite pas « plus d’Europe », mais moins.

C’est dans une telle situation de crise profonde que l’on pourrait populariser les traits d’une Europe réellement différente, préservant l’essentiel des souverainetés nationales, ce qui implique une réduction drastique de nombre de compétences communautaires, de telle sorte qu’on ne mette en commun que ce qui est dans l’intérêt de tous.

Dans cette mise en commun on peut citer la solidarité commerciale d’un marché commun des marchandises, sans droits de douane et avec des normes unifiées (comme les certifications CEE), la solidarité bancaire avec quelques normes identiques pour assurer la solidité des banques et la fluidité des prêts interbancaires (ce qui a été à peine commencé avec l’Union bancaire), un socle social plus élevé (par exemple une durée maximale du travail qui ne soit plus celle de 48 heures), une solidarité environnementale (par exemple une fourchette maximale pour les émissions de CO2 et un calendrier de réduction), une solidarité sanitaire (avec l’interdiction des produits dangereux), une harmonisation fiscale (avec également des fourchettes et une orientation générale). Dans ces domaines c’est plus d’Europe qu’il faudrait, en particulier s’agissant des compétences sociales et fiscales, qui relèvent aujourd’hui largement des compétences nationales. Toutes choses qui demandent effectivement des négociations, mais qui ne sont réalisables qu’avec un changement des Traités et des institutions (je vais y revenir).

Mais une Europe de la coopération, une Europe gagnant/gagnant se doit d’abandonner la monnaie unique, qui n’est qu’un carcan imposé aux pays de la zone euro. Car proposer seulement une réforme de la BCE (prêts directs aux Etats etc.) ne paraît pas suffisant pour compenser les déséquilibres entre pays et risque d’entraîner des conflits à n’en plus finir sur l’application de cette réforme (quel montant de prêts directs seront autorisés, selon quels critères, etc. ?).

C’est pourquoi je mettrais au centre de la négociation du plan A la transformation de cette monnaie unique en une monnaie commune. Car la monnaie commune, ce serait la preuve même d’une Europe coopérative, qui ne mette en commun que ce qui doit l’être pour éviter tant un dictat des pays les plus puissants qu’une guerre des monnaies. La coordination se ferait à travers l’ajustement des parités selon des critères objectifs, qui sont les différentiels d’inflation, de coûts du travail, de fiscalité et de balances courantes. Les monnaies nationales seraient échangeables auprès de la BCE, qui fonctionnerait comme organisme de change, et seraient dévaluées ou réévaluées en fonction de ces critères. Expliquons rapidement.

Chaque pays est libre de sa politique monétaire et de sa politique budgétaire. Un pays pourrait par exemple effectuer une relance par l’investissement public, s’il choisissait d’adopter une politique de type keynésien, sans se trouver pénalisé, puisque l’inflation résultante serait prise en compte dans le calcul des parités. Il pourrait de même parer aux conséquences sur la balance courante de cette relance, s’il pouvait dévaluer de façon à maintenir l’équilibre en favorisant ses exportations. Il pourrait également décider de sa politique salariale s’il pouvait dévaluer (ou réévaluer) en fonction de la différence de ses coûts du travail avec les autres, et il en irait de même pour la politique fiscale. Bref il serait entièrement libre de ses décisions s’il pouvait ajuster sa monnaie. Voilà qui serait extrêmement dommageable pour l’Allemagne et quelques pays du Nord qui ne pourraient plus profiter à sens unique des avantages de la monnaie unique. Mais c’est là qu’il leur faudra choisir : domination ou coopération. Opter pour la coopération, qui en réalité est finalement profitable à tous (car les pays en mal de croissance se porteront mieux et la demande globale en sera améliorée), c’est la seule façon de se montrer véritablement européen. Tout cela est assez facile à démontrer, et signifie que ce moins d’Europe monétaire est un plus pour l’Europe. Outre l’ajustement des taux de change, l’autre avantage de cette autonomie retrouvée est que les pays de la zone euro pourraient avoir la politique de crédit de leur choix (volume et affectation des crédits, taux d’intérêt), et que ceux qui auraient la politique de crédit la plus efficace pourraient faire école, au lieu de se faire dicter cette politique par une BCE qui est à l’écoute des marchés financiers internationaux et passe son temps soit à leur racheter des titres publics, soit à prêter aux banques des centaines de milliards d’euros qui ne vont guère à l’économie réelle et financent la spéculation. Bien entendu l’utilisation du taux de change et la maîtrise du crédit ne garantissent pas que la politique économique sera optimale, mais du moins ne sera-t-elle plus faussée par la monnaie unique.

L’idée d’un serpent monétaire amélioré est, elle, beaucoup moins coopérative et plus difficile à mettre en œuvre, car elle suppose un strict contrôle des mouvements importants de capitaux destiné à enrayer la spéculation, ou du moins une taxation de ces transactions financières (on sait que le projet d’une telle taxation, dans les pays européens volontaires, est toujours en panne actuellement).

Le nécessaire changement des institutions

Quel que soit le contenu de la négociation concernant la monnaie (monnaie unique, monnaie commune, serpent monétaire amélioré), il implique des modifications concernant les statuts et fonctions de la BCE et même sa disparition dans le troisième cas. Mais la négociation sur tous les autres aspects des Traités ne peut laisser intactes toutes les autres institutions : Conseil, Conseils des ministres (spécialement celui des Finances), Parlement. Quantité de compétences seraient retirées à l’Union. Par exemple la Commission resterait gardienne des nouveaux Traités, mais ne pourrait plus exercer de la même façon sa compétence (exclusive, rappelons-le) en matière de concurrence, et ne pourrait plus notamment jouer le rôle qu’elle joue dans la libéralisation des services publics et dans le rejet des aides d’Etat, ni envoyer des injonctions aux Etats en matière de déficit public. Le Conseil ne pourrait plus avaliser nombre de directives (qui, rappelons-le sont, en principe, de la seule initiative de la Commission) sur la libre circulation des capitaux et des travailleurs, ou sur la régulation financière et les réformes bancaires, dans la mesure où elles seraient contraires à la législation nationale qui viendrait d’être adoptée et qui aurait servi de base à la négociation. Ou alors il ne pourrait le faire qu’en prenant son parti d’un grand nombre de clauses d’opting out concédées à la France, et probablement réclamées aussi par d’autres pays. Même limitation des pouvoirs du Parlement (dans tous les domaines de la co-décision). Il reste enfin la montagne des directives et règlements concernant les produits et les services, qui sont à l’initiative d’une Commission étroitement liée aux grands intérêts commerciaux et financiers. Comme un grand nombre de ces directives serait contraire aux impératifs écologiques et sanitaires attachés à des politiques nationales en rupture avec le consumérisme et la dégradation de la santé, il faudrait dresser une nouvelle liste d’exemptions. Ce serait une belle pagaille.

Il est possible que l’on ne puisse mieux que de lister et négocier toutes ces clauses d’opting out, car il sera difficile de mettre d’accord 27 pays sur tous les aspects d’un nouveau Traité. Cela peut certes faire bouger les choses, mais ne donnerait aucun souffle nouveau à la construction européenne. Aussi paraît-il nécessaire de mettre la barre plus haut, et de proposer un changement complet des institutions. Car, on le sait bien, celles-ci sont profondément anti-démocratiques : une Commission pratiquement irresponsable politiquement (à l’exception de cet oral de passage devant le Parlement que doivent passer son Président et ses commissaires proposés par les chefs d’Etat et de gouvernement) ; un Conseil dont les membres ne consultent généralement pas leurs Parlements et qui fonctionne de manière opaque, des Ministres qui font de même et ne répondent que devant leurs chefs d’Etat ou de gouvernement ; un Parlement qui fonctionne quasiment sans lien avec les Parlements nationaux3 et où le travail se fait trop vite et essentiellement en commissions. C’est tout cela que les opinions ne supportent plus et qui nourrit soit l’euro-scepticisme, soit l’europhobie. Aussi serait-il hautement symbolique de proposer une refonte complète de ces institutions à la fois pour leur redonner un crédit démocratique et pour restituer aux Parlements nationaux non seulement des domaines entiers de compétence, mais encore un droit de contrôle, et même, le cas échéant, de veto. Il y aurait ici plusieurs architectures possibles4.

Conclusion

Une sortie de la France de l’Union européenne – et pas seulement des Traités – ne serait pas la catastrophe annoncée par les économistes patentés. La plupart de leurs arguments, qui couvrent des pages entières des principaux médias, sont faux ou biaisés (je n’ai pas la place pour les discuter ici). Mais ce serait bien la catastrophe pour une Union européenne, dont elle signerait la fin, dans un chaos total, vu le fait que les économies des pays européens sont étroitement interconnectées (la moitié du commerce international se fait entre eux). Le Brexit n’en donne qu’un avant-goût. Par conséquent la stratégie plan A/plan B est certainement, quels que soit les problèmes qu’elle pose, la bonne stratégie, celle qui devrait finir par s’imposer. Et la France est bien mieux placée que tout autre pays pour la mettre en œuvre, car elle peut disposer du rapport de force nécessaire. Car, n’en doutons pas, seul un rapport de force peut ébranler l’immense nomenklatura qui s’est installée dans tous les postes de commande de l’Union et s’est incrustée jusqu’au cœur des élites nationales (par exemple chez nous dans ces forteresses de l’appareil d’Etat que sont l’ENA, le Ministère de l’économie et la Banque de France).

Il est significatif que la question européenne soit largement évacuée dans le contexte de l’actuelle campagne présidentielle par la plupart des candidats et mise sous le tapis dans les grandes messes télévisuelles, laissant toute la place à Marine Le Pen et à d’autres petits candidats farouchement souverainistes pour en parler. Pourtant c’est bien elle qui structure en profondeur les mouvements de la plaque tectonique politique en France et aussi dans d’autres pays. C’est en bonne partie de par son adhésion à l’euro-libéralisme que la social-démocratie s’est déportée vers le social-libéralisme et condamnée au déclin ou à l’explosion. C’est le fédéralisme sournois européen qui, en servant de répulsif, a fait progresser partout la droite identitaire, au détriment de la droite classique. C’est la soumission européenne au capitalisme financiarisé qui a ouvert un espace à la gauche dite radicale, et plus largement à la contestation du mode de production, d’échange et de consommation qui est lié à ce capitalisme. En France, il faut le reconnaître, c’est la France insoumise qui a entrepris de prendre à bras le corps la question européenne, contre l’européisme ambiant (y compris au sein du PCF et de EELV), en la simplifiant parfois à l’excès5. C’est à tous les intellectuels critiques d’y consacrer plus d’analyses et d’engagement.

1 Cf Jacques Généreux, Les bonnes raisons de voter Mélenchon, Les liens qui libèrent, février 2017.

2 Voici en effet les arguments des défenseurs de l’union budgétaire. Un budget de la zone euro servirait d’abord à gérer les dettes issues du passé en en mutualisant une partie, ce qui rassurerait les créanciers. Il s’agit ensuite, dans la continuité du mécanisme européen de stabilité (le MES), en créant une sorte de FMI européen, de prêter aux Etats en échange de programmes d’ajustement structurel (on sait ce que cela veut dire avec l’exemple de la Grèce). Pour cela on emprunterait aux investisseurs et aux banques internationaux à meilleur coût, parce qu’on les assurerait que les dettes publiques leur seront remboursées cash. Il s’agirait enfin de se servir du budget de la zone euro, assis sur un impôt adéquat, pour stabiliser par des investissements opportuns la croissance de la zone, et encore une fois, donner confiance aux investisseurs. A aucun moment il n’est envisagé que les Etats puissent se financer autrement (par la BCE, par les investisseurs nationaux (ménages, banques et compagnies d’assurance), ni que le budget de la zone euro ne fasse appel qu’aux investisseurs de la zone. D’une manière générale il faudrait servir aux marchés financiers une bonne rente, et le meilleur moyen à cet effet est de peser sur les salaires.

A noter aussi qu’un budget de la zone euro impliquerait un Ministre des finances, comme il y a un Directeur du FMI. On frémit l’idée qu’il puisse être le Dr Schauble.

3 Il existe bien dans le Traité de Lisbonne une disposition qui prévoit une information des Parlements nationaux sur tout projet de directive et un droit pour ceux-ci d’émettre un avis motivé, mais ce dernier est soumis à de telles restrictions qu’il reste pratiquement lettre morte.

4 J’en ai proposé une dans Crise européenne.Posologie du fédéralisme, Note de la Fondation Gabriel Péri, 2013, téléchargeable, où je m’explique aussi sur l’emploi du terme de Nomenklatura européenne.

5 Dans le discours de Jean-Luc Mélenchon est surtout mis en avant le dépassement de la concurrence sociale et fiscale, sujet certes essentiel et parlant au plus grand nombre, mais qui n’est qu’une partie du problème et semble être encore dans la continuité de la thématique ressassée depuis trente ans d’une « Europe sociale », laquelle fut l’arlésienne de la gauche française. Certes Mélenchon y ajoute les risques sérieux de guerre liés à une Europe de la défense et la nécessaire sortie de l’OTAN, ce qui est aussi un thème fort. Mais la question est de savoir s’il ne fallait pas aller plus loin. Sauf à juger que l’opinion n’est pas encore suffisamment mûre.

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Quels sont les enjeux décisifs de l’heure ?

Pourquoi voter Mélenchon ?

Par Alain Chicouard • 2017: Libre discussion • Lundi 17/04/2017 • 0 commentaires  • Lu 168 fois • Version imprimable

Bien au-delà des bavardages électoraux, les questions majeures de la situation sociale et politique sont clairement établies dans les déclarations dépourvues de toute ambiguïté , des Fillon, Macron, Gattaz, Kessler (cf annexe 1). En finir avec le Code du Travail et les conventions collectives, en finir avec la Sécu fondée sur les cotisations sociales, tels sont, entre autres, les objectifs affichés….

C’est, avant tout, par rapport à ces enjeux décisifs qu’un débat sur la position à prendre le 23 avril au premier tour des Présidentielles s’impose.

Certes, ce n’est certainement pas sur le terrain de ces élections que se régleront les questions sociales en jeu. Pour autant, ce serait une position purement doctrinaire et idéologique que de se contenter à répéter ce fait et de se mettre sur l’Aventin en se limitant à la réaffirmation de la nature bonapartiste de telles élections pour justifier aujourd’hui une position abstentionniste.

Jusqu’au début avril, je demeurais convaincu, vu l’impasse politique, qu’en fin de compte, l’abstention était la seule position acceptable. Les développements de ces dernières semaines et de ces derniers jours m’ont amené à reprendre l’analyse de la situation et à changer d’angle.

La déclaration largement médiatisée de L. Berger, secrétaire général de la CFDT, du 8 avril, qui a joué un rôle pivot dans l’adoption des contre-réformes de Hollande, au premier chef de la loi El Khomri, appelant à combattre la candidature Mélenchon, qualifiée de « menace totalitaire » est, entre autres éléments, un facteur éclairant.

Il existe aujourd’hui une donnée incontournable : bien au-delà de sa personnalité et de son programme, Mélenchon est, pour les partisans de la loi El Khomri et de la remise en cause des acquis sociaux, l’homme à abattre. Pourquoi ?

Il n’y a aucune illusion à avoir sur Mélenchon : même s’il est très positif qu’il se prononce notamment pour l’abrogation de la loi El Khomri et pour l’élection d’une Assemblée Consituante, il demeure, sur le fond, un « mitterrandiste » convaincu (cf annexe 2). Et on peut estimer que l’abandon du drapeau rouge et de l’Internationale au bénéfice du drapeau tricolore et de la Marseillaise est beaucoup plus qu’un choix symbolique…

En fait, ce qui inquiète le MEDEF et les milieux financiers, ainsi que leurs porte-parole politiques, ce n’est pas le tonitruant tribun Mélenchon, c’est le mouvement qui s’est enclenché autour de sa candidature. L’inquiétude, c’est qu’ indépendamment de ses fortes limites, ce mouvement rassemble et mobilise une force cherchant à faire échec aux mesures et aux projets anti-sociaux, une force qui menace l’opération  »Union républicaine » autour de Macron, une force qui annonce que – quelle que soit d’ailleurs l’issue de ces Présidentielles – la résistance ouvrière et populaire sera farouche.

A cette inquiétude s’en rattache une autre, celle exprimée très directement dans cette interrogation du journaliste du Figaro en direction de D. Kessler (cf annexe 1) prônant « un traitement de choc »:« Les Français accepteront-ils des réformes aussi profondes, ou tout cela ne finira-t-il pas dans la rue ? »

Bref, décider de voter et d’appeler à voter Mélenchon le 23 avril ne relève pas d’un choix tactique électoral. Il s’agit d’un choix politique concret refusant le confort « idéologique » d’une position apparemment plus radicale (telle que l’abstention ou encore le vote Arthaud ou Poutou) pour s’inscrire (sans illusion, mais avec détermination!) dans un mouvement qui, dans l’immédiat sur le terrain miné des Présidentielles et surtout demain dans les luttes sociales inévitables, peut contribuer au rassemblement de tous ceux qui veulent défendre et reconquérir tous les acquis sociaux et démocratiques.

Le 16 avril 2017.

Al. Ch.

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Votons Mélenchon!

Un article de Robert Duguet

Par Robert Duguet • 2017: Libre discussion • Dimanche 16/04/2017 • 0 commentaires  • Lu 308 fois • Version imprimable

J’écrivais dans mes notes à la date du 5 avril à propos de la campagne présidentielle cette conclusion :

« Je ne sais pas si je voterai dans cette élection d’où rien de bon ne sortira. J’observe que de nombreux citoyens vont s’abstenir, que même des groupes sociaux s’organisent pour agir en faveur de l’abstention. C’est un mouvement que je comprends. Par ailleurs une fraction importante de l’électorat de gauche, effet politiquement différé du mouvement social contre la loi  ElKhomri, se regroupe derrière Mélenchon, bien que ce dernier ait fait tout ce qui était en son pouvoir de faire, pour que son mouvement « France Insoumise », suite à la destruction du Parti de Gauche, échappe au contrôle de ceux et celles qui soutiennent sa candidature. Si je vote Mélenchon au premier tour ce sera sur une motivation très précise : tout ce qui concourt à la destruction du Parti d’Epinay est un bien pour les salariés et la jeunesse. Malgré lui, car n’oublions pas que la référence au mitterandisme chez lui n’a rien de sentimental, Mélenchon ne peut réaliser son ambition qu’en marchant sur les os du parti d’Epinay. Que le PS ne soit plus le parti en capacité d’assurer la survie des institutions de la Vème république intéresse tous ceux et celles qui veulent renverser ce régime pourri. On peut donc faire l’effort de voter Mélenchon. »

Le caractère très mouvant de la situation politique, la percée de Mélenchon qui rallie aujourd’hui des secteurs importants de la classe ouvrière et de la jeunesse, le mouvement de ceux et celles qui jusqu’à ce jour envisageaient l’abstention ou le vote blanc et qui sont conduits à voter pour le candidat de « France insoumise », sans le plus souvent partager ses positions, doit nous conduire à modifier notre propre appréciation. Ainsi la position des amis de Gérard Filoche exprimée dans « Démocratie et Socialisme », qui se sont battus avec acharnement pour l’unité Hamon-Mélenchon, fondée d’ailleurs sur le retrait de Mélenchon, est hautement significative. Aujourd’hui ils écrivent : «Jean-Luc Mélenchon est devenu le vote utile à gauche. » Mais laissons un instant de côté le théâtre d’ombre de l’électoralisme dans la Vème république et revenons à la méthode que nous donne le marxisme pour apprécier la situation présente. La survie de la Vème république a été assurée par l’alternance et la capacité du parti de Mitterand d’en assurer la continuité. S’il n’y a plus demain de parti du président, ni à droite, ni à gauche, le mouvement social qui monte en puissance depuis la bataille contre la loi El Khomeri, s’engouffrera dans la brèche. Nous sommes à un moment où la crise du régime va libérer une situation de nature pré-révolutionnaire : même avec les pauvres outils que laisse au peuple les institutions de la Vème république pour exprimer ses aspirations, la percée de la candidature Mélenchon est aujourd’hui significative de ce mouvement profond. Malgré la forêt de drapeau bleu-blanc-rouge, malgré la Marseillaise, malgré le caractère bonapartiste de sa candidature, malgré sa politique à l’international, malgré tout ce qui peut aujourd’hui nous opposer idéologiquement à lui, il est porté par un mouvement qui dépasse de très loin sa propre personne, et sa volonté de devenir un président-bonaparte de la fin de la Vème république.

Apprécions que tout ce qui peut permettre d’hâter la crise finale de la Vème république est bon à prendre, et celle non moins appréciable de la fin du parti d’Epinay, qui a assumé toutes les turpitudes et toutes les trahisons des intérêts vitaux de la classe laborieuse depuis 1983.

Alors votons Mélenchon !

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Je voterai Mélenchon… … Au premier et deuxième tour

A une semaine du premier tour des présidentielles, il faut sortir des apparences, des petites phrases et des manœuvres multiples, pour se déterminer sans aveuglement, sans illusion, mais avec détermination. Quels sont les raisons qui peuvent amener à voter, et pour qui ? Un vote n’a de valeur que s’il présente la possibilité de modifier la réalité. A l’inverse si voter ne peut rien changer, alors pourquoi voter ? Tel est le critère principal. Voilà pourquoi je voterai Jean Luc Mélenchon au premier tour et au second ! Je voterai Jean Luc Mélenchon parce qu’un score le plus élevé possible du candidat de la « France Insoumise » portera un coup magistral à la 5ème république en pleine décomposition, à la pourriture qui s’étale sous nos yeux, notamment dans cette campagne électorale. Je voterai Jean Luc Mélenchon car quel que soit le résultat final, le parti socialiste qui porte une part essentielle des responsabilités dans la situation que nous connaissons ne se relèvera pas et que s’ouvrira de fait une nouvelle période de recomposition dans laquelle la démocratie devra être le cœur des préoccupations. Je voterai pour Jean Luc Mélenchon pour ce qu’il dit lorsque dans ses interventions il dégage les questions sociales, politiques et économiques incontournables.

Et je voterai aussi pour Jean Luc Mélenchon car ce vote est d’abord le moyen d’éviter le pire.

Le pire, Hamon, Macron et les autres…

Je ne veux pas ici redévelopper les raisons pour lesquelles tous les autres candidats qui ne sont pas de simples candidats de témoignages poussent par leur présence et leur programme au choix de Mélenchon. Fillon et Le Pen bien sûr. Mais aussi :

-> Benoit Hamon candidat officiel du parti socialiste (si cela a encore un sens). Ses positions sont profondément réactionnaires. Elles concernent notamment l’Européisme, l’assistance en lieu et place du travail, le communautarisme… Le concernant, je renvoie à mon papier : « Hamon, Ha NON ! » qu’on trouvera en cliquant sur le lien :
http://.viabloga.com/news/hamon-ha-non

-> Emmanuel Macron, candidat de la mondialisation capitaliste sans limite, candidat attrape tout dont les partisans vont de Robert Hue à d’anciens ministres chiraquiens pour aboutir à Valls et autres ministres socialistes. Le concernant je renvoie à mon papier : « Macron, l’ombre portée de Hollande » qu’on trouvera en cliquant sur le lien :
http://.viabloga.com/news/macron-l-ombre-portee-de-hollande

Si Jean Luc Mélenchon peut permettre par son élection d’éviter le pire, ce sont aussi ses positions qui justifie un choix clair et net.

Les positions de Mélenchon

 -> Au titre des aspects positifs, Jean Luc Mélenchon exprime des positions qui tranchent :

♣ Sur la question des institutions d’abord, même si la proposition d’une constituante souveraine pour jeter à bas la 5ème république et pour établir les bases d’une 6ème république peut paraître complexe dans sa mise en œuvre à froid, sans processus révolutionnaire permettant d’en jeter les bases. Il aurait par exemple été possible de proposer dès son accession au pouvoir un toilettage constitutionnel avec suppression de l’article 16, du 49.3, de la coïncidence des calendriers électoraux, l’établissement de la proportionnel pour porter un coup fatal à « la république des copains et des coquins ». Retenons cependant que la constituante mise en avant par le candidat de la France Insoumise fait appel de fait à une mobilisation populaire et que là est sans doute son mérite essentiel.

♣ Sur la défense des droits des travailleurs, la primauté de la loi sur le contrat, l’interdiction des licenciements, la liquidation de la loi El Khomri ….

♣ Sur la laïcité. Il réclame –il est d’ailleurs le seul à le faire- la suppression du statut concordataire d’Alsace Moselle.

♣ Sur l’école aussi, ou encore sur les services publics qu’il déclare vouloir sauvegarder, reconquérir et élargir lorsque le discours général qui annonce la liquidation de centaines de milliers de postes de fonctionnaires propose de toujours plus les sabrer.

♣ Sur l’écologie, la question du nucléaire…

♣ Sur la souffrance animale illustrée par les images qui circulent de certains abattoirs, sur la souffrance humaine qui lui est liée, sur le respect de la vie et de la mort…

♣ Sur la culture et les arts…

-> Au titre des avancées incontestables de Jean Luc Mélenchon, sa position sur la Nation et sur la souveraineté :

♣ Ainsi, le candidat de la France Insoumise exprime sans ambiguïté la nécessité de retrouver notre souveraineté sur le plan international notamment en quittant l’OTAN et en cessant donc de nous engager dans le dispositif militaire américain, dont les aventures menacent la paix du monde et donc du continent.

♣ Il s’exprime pour le refus du CETA ce qui indiscutablement va dans le bon sens.

Mais sur la question de l’Union Européenne qui concerne notamment sur le fond la possibilité de mettre en œuvre les mesures sociales et économiques que lui-même préconise, sa position est plus floue et rappelle dangereusement l’épisode grec.

♣ D’une part il préconise « un plan A » visant à renégocier les traités pour garantir à chaque nation le droit de mener la politique économique et sociale décidée par le peuple. Cela pour « refonder l’union européenne ». Discours qui en soi rappelle les diverses variantes chères à « la gauche » d’une « autre Europe » ou encore « d’une Europe sociale ».

♣ Mais d’autre part, il évoque la possibilité (plus que vraisemblable) que cette renégociation échoue et envisage donc un « plan B » visant à refuser au nom de la France d’appliquer la discipline de l’union européenne. Cette formulation est nouvelle. Cette position est indiscutablement une avancée, mais présente des dangers réels dont le candidat de la « France Insoumise » se veut conscient puisqu’il déclare lui-même « je ne suis pas Tsipras », comme une garantie qu’il ne cédera pas sur les engagements pris comme l’a fait à l’époque le leader de Syriza.

En même temps qu’il mobilise des dizaines de milliers dans ses réunions publiques, qu’un mouvement réel se dessine, une dynamique qui peut mener à la victoire, Jean Luc Mélenchon devient la cible privilégiée de tout ce qui est attaché au maintien du système. Après Gattaz, le responsable du MEDEF, après Berger celui de la CFDT, c’est François Hollande qui s’y met, condamnant le candidat de la France Insoumise sur sa position européenne qui « mène à quitter l’union européenne ». Argument identique de tous les affolés, Hamon, Macron, Fillon. Pour cette fois, Hollande et les autres sont perspicaces.

Plan A ou plan B, le processus annoncé par Jean Luc Mélenchon ne peut en effet mener qu’à la fin du pacte de stabilité, qu’à la fin de l’euro, qu’au retour aux monnaies nationales et la fin de la dictature de la BCE et de l’UE sur les nations.

Alexis Tsipras une fois élu en Grèce a capitulé à l’époque sur ses propres engagements au prétexte de « sauver l’euro », cela sous la pression conjointe de Merkel et Hollande. La référence à la Grèce du candidat de la France Insoumise se veut rassurante, indiquant qu’une fois porté au pouvoir il ne cédera pas et ne capitulera pas, comme Tsipras en Grèce, face à l’union européenne.

Certains partisans de la rupture avec l’UE et avec l’euro trouvent la position de Jean Luc Mélenchon qui ne dit pas clairement « qu’il sortira de l’UE » trop timorée pour ne pas lui apporter leur soutien. C’est nier un processus réel que le candidat lui-même revendique en affirmant, une fois encore, qu’il n’est pas Tsipras.

Au final, le programme de la « France Insoumise » se revendique de l’héritage d’un républicanisme social sérieusement réformiste. De tous les candidats susceptibles de présenter un peu plus qu’une candidature de témoignage, il est, à l’heure actuelle, le seul auquel il est utile d’apporter un soutien électoral. Cela pour le coup porté à la cinquième république, à ses partis phares dont le parti socialiste, et enfin pour la situation radicalement nouvelle qu’ouvrira le succès du candidat de la « France Insoumise ».

En guise de conclusion provisoire

La dynamique actuelle suscitée par la candidature de Jean Luc Mélenchon est indiscutable. Le talent personnel du candidat y contribue mais contrairement aux apparences n’est pas l’essentiel. Au point de départ se trouve la volonté de millions de citoyens de balayer une oligarchie aux mains pleines lorsque la pauvreté grandit, une caste politique qui se présente et fait la morale continuellement lorsqu’elle est prise la main dans le sac, une politique de sacrifices redoublés pour les plus démunis, une injustice insupportable, une caste médiatique qui comme aux plus beaux jours de 2005 mène une campagne de propagande sans retenue, une caste « syndicale » où se retrouvent côte à côte les Gattaz du Medef et Berger de la CFDT . En d’autres mots, dans la dynamique en cours qui mobilise des franges importantes de la jeunesse notamment, s’exprime la volonté d’en finir avec ce vieux monde, ces institutions de la cinquième république antidémocratiques et la soumission à l’union européenne qui évince le peuple de tout pouvoir de décision pour les affaires qui le concerne.

Dans ses interventions Jean Luc Mélenchon invite à se méfier de toute conception « sauveur suprême ». Une des questions qu’il pose –et qui demeure sans réponse- est donc celle d’un regroupement permettant un fonctionnement démocratique, permettant un débat large et des prises de décision collectives….
« C’est vous, les gens, qui ferez l’avenir » affirme-t-il à juste titre.

L’avenir… Les élections trouveront inévitablement leur prolongement demain sur le terrain de la réalité sociale et politique, dans la vie, dans les quartiers, dans les entreprises… C’est aussi dans cette perspective que le vote Mélenchon trouve toute son importance.

Jacques Cotta
Le 17 avril 2017

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« JLM EST CRÉDITE DE 18-20% DES INTENTIONS DE VOTE… ! » (Sic), dixit ROLAND CAYROL

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Info C dans l’air, emission « Le printemps de Melenchon » :

Ce n’est pas moi qui le dit. Mais selon Roland Cayrol, invite sur le plateau de « C dans l’air »(Caroline Roux), JLM serait credite de 18-20% des intentions de vote… !

Une estimation qui ne figure sur aucun sondage politique disponible publie en 2017, ces derniers le placant, dans le meilleur des cas, a 16%.

Pour ceux qui ne le savent pas, Cayrol est un ancien responsable du PSU, parti au PS en 1975 soutenir Rocard. Depuis, Cayrol n’a eu de cesse de critiquer fielleusement Melenchon, dont il ne cachait pas sa condescendance, voire sa profonde antipathie.

Donc, de l’ecouter ce soir en parler calmement, le comparer a un « professeur », dire qu’il est a 20% des intentions de vote, on se dit que quelque chose de fort, de profond est en train de se passer dans le pays… !!

de : Brigitte Pascall

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MÉLENCHON, SEUL VOTE UTILE

Comment faut-il le dire, comment faut-il le crier pour être entendu par les Français ?

Voter pour tout autre candidat que Mélenchon, c’est tôt ou tard nous livrer au FHAINE !

Ne pas votez JLM en 2017, c’est MARINE-TRUMP présidente en 2022 !

Comment les Français, qui, il y a un an, REJETAIENT à 70% la loi MACRON-El Khomri de casse du droit du travail, peuvent-ils aujourd’hui plébisciter son auteur sous prétexte de votutil ?

MACRON-UE-MEDEF a été l’exécuteur des basses oeuvres de l’UE pendant tout le quinquennat de Hollande, d’abord comme conseiller à l’Élysée (pour, entre autres, faire signer le TSCG au tout nouveau président), puis comme ministre de l’économie. Il est l’auteur direct de la Loi MACRON, anti-écologique (bus Macron…) et anti sociale, du commencement de la dérégulation du travail (travail du dimanche…) Il a été l’exécuteur zélé des diktats de la Commission Européenne, notamment par la loi de casse du droit du travail, dont il camoufle sa paternité sous le prête-nom de El Khomri.

Or son programme est la suite logique de son action sous Hollande, dont il est l’héritier direct. C’est la copie conforme de la feuille de route de l’UE. D’ailleur Mme Merkel ne s’y est pas trompée, elle a adoubé le candidat En Marche à Berlin. Et voilà cet énarque, rhabiller en candidat anti-système, par les médias appartenant à ses amis et soutiens oligarques (Drahi, Bouygues, Pigasse, Niels, Arnaud…). Leur candidat nous l’assure, il va faire la “révolution”. Oui, la révolution contre notre système social assurément, mais du système capitaliste, en aucun cas. Un ancien banquier de la banque Rothschild ne peut que faire la révolution POUR les banquiers, bien-sûr.

Mais le bourrage de crâne médiatique est bien En Marche. Et pour faire disparaître les doutes que l’examen du pédigrée de leur poulain pourrait provoquer, nos oligarques médiatiques nous vendent l’archétype du système comme champion anti-Le Pen. L’application de sa politique économique, aux ordres de l’UE (entre autres CETA, TAFTA…) pendant 5 ans, ne peut qu’aggraver notre perte de souveraineté et ainsi augmenter les récriminations des Français contre l’UE. Donc, logiquement, son quinquennat ne pourrait qu’amplifier l’adhésion aux thèses NATIONALISTES de l’extrême-droite. Nonobstant cela,  MACRON-UE-MEDEF est déclaré champion du VOTUTIL pour éliminer MARINE-TRUMP au second tour. Pourtant, au contraire, le candidat de l’UE serait son meilleur promoteur et assurerait un boulevard pour Le Pen présidente en 2022.

Comment certains, qui bravaient les lacrymogènes et les matraques du pouvoir socialiste, peuvent-ils voter pour le candidat du Parti Scélérat ? Est-ce pour les remercier des 49/3 et de la répression passée, et à venir, car encore facilitée par leurs lois de surveillance et de répression généralisées (dont état d’urgence à perpète) ?

 

Comment les électeurs de la “belle alliance populaire” peuvent-ils voter pour un candidat sans pouvoirs ? Sans le pouvoir de faire le ménage dans les investitures des promoteurs et des votants de la loi Valls-Macron-El Khomri, qui, pour sûr, abrogeraient à ses ordres, leur propre loi. Sans le pouvoir de sortir du Parti Solférinien, ces apparatchiks qui appellent à voter pour l’adversaire. Sans le pouvoir de faire adhérer à son programme (trop socialiste !) ceux qui ne peuvent trouver de place chez Macron et sont donc obligés de le soutenir pour profiter de l’investiture du Ps. Comment les électeurs qui vont voter pour lui, peuvent-ils croire un instant que Hamon président pourrait s’imposer ? Imposer à Mme Merkel et aux 25 autres chefs de gouvernement de l’UE de renégocier les traités comme il l’a promis pour se faire élire. Alors, que sans cette renégociation, aucunes des avancées de son programme ne sont possibles. Hamon président, c’est la France transformée en Grèce sous Tsipras.

Comment les électeurs de Hamon peuvent-ils diviser la gauche en ne se concentrant pas sur le candidat capable d’appliquer un programme d’Écosocialisme, très proche des idéaux des écologistes d’EELV (qui ont voté pour l’Union de la gauche, pas pour union avec le Ps) et des idéaux des “militants” “socialistes”.

Comment certains qui passaient leurs Nuits Debout à refaire le monde, peuvent-ils aujourd’hui S’ABSTENIR de le changer par les urnes ?

Alors que le discrédit de la droite et la dynamique du vote utile contre l’extrême droite en finale, permet à un candidat de refaire pacifiquement le monde en plus humain. Comment, en s’abstenant, peuvent-ils laisser gagner le statut quo, et lâcher les rênes à l’esclavagisme et au réchauffement climatique de l’ultralibéralisme ?

Comment des chrétiens qui devraient chérir l’honnêteté et la générosité, peuvent-ils voter pour un voleur qui annonce qu’il fera la peau à notre protection sociale qui protège pourtant  les plus faibles?

Comment peut-on se prétendre des valeurs chrétiennes et voter pour FILOU-BLIZTKRIEG, qui veut anéantir notre droit du travail et la sécurité sociale à coups d’ordonnance et de 49/3, en douce, pendant les vacances qui suivent les élections ?

Comment des citoyens peuvent-ils souhaiter le couronnement, à notre royauté élective, de la reine de la discorde entre habitants de la France ? Comment peuvent-ils nous préparer la guerre civile entre les différentes sortes de Français, entre ceux qui la soutiennent et TOUS LES AUTRES ? Comment peuvent-ils préparer les guerres internationales, que le nationalisme exacerbé ne peut que provoquer ? Ne veulent-ils pas vivre en paix ?

La leçon de Trump ne leur suffit-elle pas pour comprendre qu’élire une millionnaire se prétendant la représentante du peuple, ne peut aboutir qu’à lui donner un chèque en blanc pour qu’elle en dispose à sa guise ?

Pour échapper à ces non-choix, nous n’avons qu’un choix, le VOTE UTILE pour le seul candidat nous offrant un Avenir en Commun. Un avenir, pacifique, de partage et de justice, où chacun aura la chance de s’exprimer et de s’épanouir. Mais, surtout, il nous donne les moyens d’éviter que “le ciel ne nous tombe sur la tête”. C’est à dire, il nous donne les moyens de lutter contre le réchauffement climatique et, en cela, peut-être, sauver l’humanité toute entière !
Pas une voix ne doit manquer au VOTE UTILE pour le PRÉSIDENT JL MÉLENCHON !

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