C’EST CHOUETTE, JE SUIS INTERCONNECTÉ !

montre

« C’est super, ma nouvelle montre « SSV » (Surveille et Sécurise ma Vie), est vraiment super et dotée de toutes les dernières technologies. Régulièrement des minis lasers analysent ma rétine (c’est inoffensif pour les yeux) pour être sûr que je suis bien le propriétaire, et me permettent d’accéder à toutes mes données en toute sécurité. Avec elle,

je contrôle tout, de la télécommande de mon téléviseur, à la mise en route de mon ordi ou le démarrage de ma voiture, en passant par l’ouverture de la serrure électronique de mon appartement ou de mon bureau. Lorsque je fais mes courses, plus de passage en caisse, une borne automatique se relie via ma SSV à ma banque et le règlement est effectué dans l’instant.

Sur moi je n’ai plus de papier et plus d’argent. Finies les différentes cartes d’identité, de sécu, carte grise et bleue ou permis de conduire : tout est dans ma montre, ma vie est dans ma montre… génial ! Je perçois même à travers ma peau une mini impulsion électrique pour m’avertir de tout message important. Le seul petit inconvénient est que maintenant que cette « Montre » est obligatoire pour notre sécurité, il faut la changer ou la remettre entièrement à jour tous les ans et que cela coûte relativement cher… mais c’est pour notre bien ! Depuis que des bornes de reconnaissance ont été installées un peu partout, celui qui sort sans sa montre est automatiquement suspect et est interpellé dans les 30 secondes. »

Alors, elle n’est pas belle la vie qui t’attend ? Çà fait rêver ? Non ? Pour le moment ce n’est encore que de la science fiction, mais pour combien de temps ? Avec ta fameuse SSV, si tu es en retard pour payer ton loyer, la serrure de ton appartement sera automatiquement verrouillée, idem pour ta voiture en cas de problème de crédit et ton compte en banque sera bloqué… et de fils en aiguille la porte de ton bureau te sera interdite et tu te retrouveras SDF ou plutôt « SCF » : Sans Connexion Fiable… et dans ce cas là, on peut imaginer plein de choses ! Et si par malheur tu as exprimé des opinions « subversives » ou que tu a rencontré des gens ou lu des « tracts » peu recommandables…alors là tu es dans la M… parce que tout est sous contrôle !

Mais revenons à notre « Montre ». Pourquoi une montre plutôt qu’une puce insérée directement sous la peau ? Parce qu’une puce on l’oublie, tandis qu’une montre est le symbole de ton asservissement, tous les matins tu es obligé de te passer toi-même les chaines de ta soumission au système. C’est beaucoup plus… comment dire… sournois ? Et puis avec ta montre tu peux filmer, prendre des photos, dialoguer… mais ça marche dans les deux sens, on peut filmer ce que tu vois, te  prendre en photos et écouter tes conversations, car pour « Ta Sécurité » tu es sous surveillance 24H/24 !

Mais au fait, n’est-ce pas toi qui as demandé plus de sécurité, qui a accepté d’être fiché via tes différentes cartes de paiement, toi qui as approuvé l’installation de la vidéosurveillance dans tous les espaces privé et publics, qui as voulu une balise GPS dans ta voiture, qui as fourni dés l’école primaire un portable a ton enfant pour te rassurer, enfin, n’est ce pas toi qui t’es moqué  de ceux qui essayaient de te mettre en garde contre les dérives qu’un tel système ne manquerait pas de générer ? Lincoln disait : « celui qui préfère la sécurité à la liberté aura tôt fait de perdre les deux »…peut-être est-on arrivé au point de non retour ?

La télé et les médias t’ont expliqué que le monde était dangereux à vivre, tu as été bombardé d’images et de fait divers plus violents les uns que les autres, sans jamais pouvoir, ou vouloir les vérifier. Et la fameuse insécurité avec le non moins fameux « avec ce qui se passe en ce moment » t’ont persuadé que tu étais en danger et qu’il fallait de bonnes âmes pour te protéger … et le marché de la sécurité, de la vidéosurveillance et des milices privées a explosé ! Le tout le plus souvent financé par tes impôts, cela va de soi !

Voila, et dans ce futur merveilleux tu te retrouves donc « SCF ». Que va-t-on faire de toi ? Et bien je pense que tous ceux qui sont Sans Connexion Fiable pourraient être déclarés dangereux, terroristes ou toute autre appellation qui justifierait leur « éloignement ». On peut imaginer ces tristes individus déportés dans d’immenses camps. Comme ils n’ont plus leur SSV, on se contentera de leur graver un numéro avec une encre indélébile et géolocalisable sur les avants bras… ce qu’il advient d’eux est une autre histoire !

Ah, au fait, j’ai lu quelque part que les grands pontes de toute ces nouvelles technologies en limitait l’accès à leurs enfants, seulement quelques heures les week-ends et avec parcimonie en semaine. Leur progéniture est fortement encouragée à lire des livres en papier, écrire avec des stylos sur de vrais cahiers et jouer à des jeux non « technologiques ». Pendant leurs vacances des camps sont organisés où toute activité informatique et électronique est fortement prohibée…Non, ce n’est pas possible, je suis sur que vous n’y croyez pas !

Mais réfléchissez quand même, lorsque la révolution industrielle a développé les machines et la technologie, l’on nous a dit qu’avec le temps ça faciliterait le travail de l’ouvrier et que le progrès allait nous amener le bien être parce qu’il profiterait à tous, l’apparition de l’informatique devait alléger notre travail pour notre bien être …en fait toutes les nouvelles découvertes sont faites pour notre bien être, donc tout est pour le mieux dans le meilleur des monde : «  Heureux les simples d’esprits car le royaume des cieux leur appartient ! »

A lire aussi : C’EST BIEN, C’EST AUTOMATIQUE !

« Il n’y à point d’assujettissement si parfait que celui qui garde l’apparence de la liberté » …Jean Jacques ROUSSEAU

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LES DÉTROUSSEURS DES PEUPLES

Posté par 2ccr le 30 juillet 2015

quel avenirSi vous croyez que les pays européens sont des pays démocratiques parce que les élections y sont libres, la presse indépendante, et qu’on ne jette pas les opposants en prison, lisez d’urgence « L’oligarchie, ça suffit, vive la démocratie » le petit livre – accablant, effrayant – d’un journaliste essayiste, Hervé Kempf, qui, faits et chiffres à l’appui, nous démontre que ces pays ne sont que des « théâtres de marionnettes dont nombre de fils sont tirés en dehors de la vue du public ».

Ni démocratiques ni dictatoriaux, les pays européens et, ceux qui, hors d’Europe, fonctionnent selon leur modèle, sont en réalité des pays qui glissent vers un régime oligarchique, c’est-à-dire « un système d’organisation politique dans lequel un petit nombre de personnes concentrent et se partagent les pouvoirs économique, politique et médiatique et discutent entre eux des décisions à prendre pour la collectivité ».

Se rencontrant régulièrement dans quelques clubs très sélectifs – la Trilatérale, le groupe Bilderberg, le Forum économique mondial, le Siècle – les oligarques appartiennent à la catégorie la plus fortunée de la population, qui elle-même se divise en « riches » (en France, 10% des citoyens, + de 7500 euros par mois pour un couple avec deux enfants ), « très riches » (1%, + de 17 600 euros par mois et par couple), enfin « hyper-riches » (0,1%, avec 142 500 euros mensuels par couple). C’est dans les deux dernières catégories (très riches, hyper-riches) que se recrutent les décideurs politiques –ministres, conseillers, députés, sénateurs, PDG des grandes entreprises publiques– qui naviguent entre les secteurs public et privé. Sortis des grandes écoles, ils commencent généralement leur carrière dans l’appareil d’État, la poursuivent à la direction d’une banque ou d’une grande entreprise, puis reprennent une fonction politique. Le va-et-vient est permanent et permet aux principaux centres de pouvoir d’agir de façon complémentaire : tel PDG, devenu ministre, mènera une politique qui favorisera le secteur d’où il vient, tel autre celui où il envisage de siéger. Ces oligarques n’ont qu’un objectif : l’accroissement de leur pouvoir, de leur visibilité et de leur fortune.

« Toutes les descriptions des milieux financiers, écrit Hervé Kempf, décrivent une obsession : gagner, gagner toujours plus, pour dépasser les rivaux dans la course au prestige matériel. » Se moquant de l’intérêt général, ils n’ont qu’un souci : des revenus toujours plus élevés, dans une société où « l’argent est le principal signifiant de la réussite sociale ». N’hésitant pas à augmenter eux-mêmes leur salaire lorsqu’ils entrent en fonction, ils subissent dès le début les assauts des lobbyistes qui s’efforcent d’orienter leurs choix politiques. Les 15 000 lobbyistes établis à Bruxelles et qui « représentent 2600 groupes privés » influencent considérablement la législation. Souvent, ils rédigent eux-mêmes résolutions et projets de loi. Toutes n’ont qu’un but : servir les intérêts des dirigeants. C’est pourquoi, dans tous les pays européens, les décideurs privatisent les entreprises détenues par l’État, démantèlent le service public –fermeture d’hôpitaux, de bureaux de poste, de commissariats–, vendent ou louent des biens nationaux (on peut s’offrir le toit de l’Arc de triomphe pour y célébrer un mariage, organiser bals et festins), réduisent les budgets sociaux (enseignement, santé, justice…), bloquent les salaires, diminuent le montant des allocations familiales et baissent indirectement les pensions de retraite.

Obtenus autrefois à la suite de longues luttes ouvrières, tous les acquis sociaux sont progressivement bradés et de plus en plus de citoyens, faute de moyens, renoncent par exemple à consulter un médecin ou un avocat. Seuls les riches ont les moyens de se soigner et d’offrir à leurs enfants la possibilité de fréquenter l’université. La reproduction des castes dirigeantes est ainsi assurée, et d’autant plus paisiblement qu’à dose homéopathique, quelques jeunes des classes « défavorisées » sont admis à l’ENA ou à Sciences-po. Ce qui, en donnant aux autres de faux espoirs, évite qu’ils ne s’insurgent et confère au pouvoir un air de démocratie.

Beaucoup de citoyens ne sont pas dupes, et si leur passivité est stupéfiante, elle s’explique aisément. Car tout est fait pour les rendre amorphes : lorsqu’on passe en moyenne 4 heures par jour devant une télévision qui endort tout esprit critique, lorsqu’on absorbe, entre deux émissions stupides, message publicitaire sur message publicitaire, lorsque l’attention ne s’éveille qu’à la diffusion d’un match, lorsqu’on est dépourvu, car l’école n’en donne pas, de tout outillage intellectuel pour décrypter valablement ce qu’on voit et entend, le cerveau est dans un état tel, qu’abruti ou hypnotisé on n’a plus les moyens de réagir.

D’où ce désintérêt quasi général pour la « politique », la résignation (« tous pourris ! »), le repli sur soi et l’attente du prochain loto. Par crainte, malgré tout, qu’un jour le peuple ne se réveille, « l’oligarchie, estime Hervé Kempf, prépare un régime d’exception. Une bonne moitié du programme présidentiel du Front National est depuis passée au Journal officiel ». Le reste de ce programme s’y inscrira bientôt si, mal-logés, mal-soignés, mal-payés ou sans travail, les damnés de la Terre n’ont plus la force de se lever. –

D’après un article de Maurice TARIK MASCHINO

Lire également :  SUR L’EUROPE

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LE FRANÇAIS ET LA TENTATION FN

Posté par 2ccr le 26 juillet 2015

tentationLe FN est en voie de normalisation, grâce, on ne peut le nier, à l’influence des médias et le français moyen n’a plus de honte de voter Le Pen ! Soit, mais s’est-il rendu compte que le FN n’est jamais là pour le défendre, ni dans les médias, ni dans la rue ! Se souvient-il que lors des manifs pour les retraites par exemple, Marine demandait au gouvernement de remettre au travail la populace : on ne badine pas avec les intérêts du capital du côté de l’extrême droite ! Et aujourd’hui alors que des dizaines de milliers de travailleurs sont menacés de licenciement, ou est le FN ? Et oui on ne mélange pas le capital et le travail !

Le mythe de l’islamisation de la France et de l’Europe sans cesse repris en boucle par les leaders de la droite populiste a fini par devenir réalité dans le subconscient d’une grande partie de la population et s’est ancré de manière très profonde dans l’électorat Français. Par contre, un meilleur partage des richesses, une meilleure justice sociale, un …, dans l’esprit des gens ça n’est pas possible. Par contre, taper sur les arabes, les noirs, les roms ou les pauvres, ça on peut et c’est très facile à faire.

Le français ne fait plus confiance à la classe politique ; dépecé par la droite, abandonné par la gauche, le français n’ose plus défendre ses droits et le FN en profite pour détourner sa rage et son désespoir sur l’étranger, sur l’immigré. Alors le français se dit « Le Pen, c’est bien, on a jamais essayé, ça peut pas être pire que » … ah les inconscients ! L’ouvrier ne rêve-t-il plus que de milices et de frontières ?

Je pense sincèrement que le français moyen, proche du smic et abruti de fatigue la journée, rentre chez lui et pare au plus pressé, les enfants, les courses … télé le soir, au lit et rebelote le lendemain. Les prêts bancaires, conso, voiture, maison … tout le monde est tenu par la peau des c….. Mais alors que reste-t-il comme investissement à mettre au service du collectif ? Le club de sport, l’amicale du coin, …etc. bref les loisirs. Ceux-ci permettent par un investissement personnel plus ou moins conséquent d’obtenir des satisfactions immédiates et d’avoir l’impression d’exister. Puis après le weekend, ou les vacances, c’est reparti, l’abrutissement refait son travail de sape….

Nous vivons dans une société façonnée depuis 30 ans par les « élites » économiques, financières, médiatiques et politiques de notre pays, dont la spéculation, la complaisance, le copinage, l’affairisme et le sexe en sont la base. La propagande sans cesse rabâchée depuis 30 ans ( voir 60 de suite après la guerre 39-45 a fini par faire accepter, du moins en apparence, à la population la médiocrité de sa vie par rapport à celle des « élites ». Heureusement qu’il y a des riches pour nous faire travailler, nous n’avons plus les moyens d’entretenir les pauvres, les caisses sont vides… la lobotomisation des esprits avant la domestication définitive du peuple français est sur de bons rails !

La seule réponse du FN à la mondialisation est un protectionnisme qui ne remet jamais en cause l’exploitation capitaliste, et ne s’oppose pas au pillage de l’état par une minorité de privilégiés. Le FN sait faire vibrer la fibre nationale pour endormir les électeurs et détourner leur attention. Son programme au service des plus riches n’a rien d’anticapitaliste et aggrave les inégalités. Le capital et la bourgeoisie n’ont rien à craindre du Front National, ni de la droite en général ou du PS d’ailleurs. Il ne faut pas se tromper de camp !

Face à la politique actuelle et aux affaires qui ébranlent le monde politique, le FN aura beau jeu en 2017 de renvoyer dos à dos UMP (les républicains) et PS, coupables d’« être restés sourds aux attentes des Français », mais si une force à gauche du PS et de ses alliés émerge, on peut espérer que le Français moyen, pas si abruti que ça finalement -sauf s’il est raciste, et là on n’y peut rien- voit dans cette force une possibilité de s’identifier.

Il est urgent que la frange de la population n’ayant pas encore basculé vers les sirènes du vote FN prenne conscience du message : c’est le désespoir qui pousse aux solutions de dernier recours. En fait il vaudrait mieux ne pas penser, et faire comme mes collègues de travail ou mes voisins de palier : ne pas s’occuper de politique ; le problème c’est que dans tous les cas la politique s’occupe de nous. Fermer les yeux et accepter la soumission, ce n’est pas pour moi.

Yan HAMAR

Lire également : A PROPOS DE L’EXTRÊME DROITE

« Le fascisme est pour le capitalisme un moyen de retrouver ses marques »…Luis LERA

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LES FONCTIONNAIRES DU PRIVE …

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Pour faire des économies, en deux décennies on a supprimé des dizaines de milliers de fonctionnaires : l’Etat a-t-il fait des économies ? Non, au contraire, car comme il y aura moins de fonctionnaires, il faudra externaliser le travail, via des entreprises privées, à un coût supérieur, car il faut bien rémunérer les actionnaires ! Au final on finance donc des sociétés privées avec de l’argent public. Le développement des contrats PPP (Partenariat Public Privé) est un autre aspect du financement détourné des entreprises privées ; des entreprises du bâtiment par exemple font un tiers de leurs bénéfices grâce à ce système alors que ce type de contrat ne représente que 15% de leur activité ! La soupe est bonne, d’autant plus que les malfaçons sont nombreuses et reste à la charge de l’état, donc de nous !

Et que ce soit dans l’éducation, la santé, ou les transports, la fonction publique fait travailler de nombreuses entreprises privées. Combien d’entreprises privées travaillent pour le secteur public ? Combien de milliards les marchés publics représentent ? Ces services privés sont-ils vendus à leur juste coût ? Quelle est la part distribuée aux actionnaires ? Quelle est la qualité du service fourni ? Pourquoi les capitalistes se plaignent-ils ? Parce que cette plus-value du travail réalisé par des fonctionnaires appartenant de droit à la collectivité est un cruel manque à gagner pour eux qui ont coutume d’avoir le beurre et l’argent du beurre.

La vente totale ou partielle des entreprises publiques, l’externalisation par le recours massif à la sous-traitance (informatique, maintenance, nettoyage, restauration …), le démantèlement et la vente des filiales les plus rentables, le bradage des terrains et des logements de l’Etat … avec de gros profits en vue pour les repreneurs, l’Etat coupe ses sources de revenus et explique après que les caisses sont vides !

Ce qui favorise la croissance à long terme c’est de développer des services publics de qualité. Mille fonctionnaires injecteront davantage d’argent dans « la machine » qu’un milliardaire ! Et le boulanger, le restaurateur, l’épicier, ou les propriétaires fonciers, les artisans, les garagistes et tous ceux qui ont pour clients des fonctionnaires, ne s’en plaignent pas et les préfèrent aux chômeurs, non ? Pour le secteur privé, un secteur public fort est une source de croissance.

Depuis 20 ans les « charges », pardon les cotisations, et l’impôt sur les entreprises ont continuellement baissé pour permettre soit disant d’augmenter la compétitivité et de créer des emplois. Échec sur toute la ligne : le chômage a explosé et les seules rémunérations qui ont augmenté sont celles des grands patrons qui se comptent en millions d’euros. Leur rêve c’est de pouvoir « offrir » aux salariés du privé comme à ceux du public, de la précarité, des salaires à la baisse, et un avenir incertain.

On nous a fait croire que les services publics sont un frein à la croissance, et que si les riches devenaient plus riches, leurs dépenses relanceraient l’économie. Ce qui est faux, pour une raison toute simple, c’est que le taux d’épargne s’élève avec le revenu. Ils investissent principalement dans leur capital financier, en demandant des rendements de plus en plus élevés. Cela entraine les baisses de salaires, des licenciements et des délocalisations. La seule chose que l’on favorise c’est la fuite de capitaux vers les paradis fiscaux. Ce qui coûte le plus cher à une nation, ce sont les riches, et nous n’avons plus les moyens de les entretenir

Pour les capitalistes, l’Etat ne doit être qu’une courroie de transmission entre les finances publiques et les intérêts privés. La fin de la fonction publique ne favorisera que ceux qui ont de l’argent, beaucoup d’argent, énormément d’argent, eux seuls seront gagnants, tous les autres seront perdants ! Dommage pour ceux qui pensent que s’il y avait moins de fonctionnaires, ils paieraient moins d’impôts. Ils payeront autant avec le service en moins !

Lire également : RICHES et PAUVRES

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TÉLÉVISION ET IMMAGINATION

Posté par 2ccr le 24 juillet 2015

De nombreuses inventions intégrant aujourd’hui notre quotidien laissent apparaître tôt ou tard leurs effets néfastes (modification de nos perceptions, introduction de matières nocives dans notre environnement, etc). Voici l’illustration par excellence, le symbole de notre société de consommation : la télévision. A ses balbutiement dans les années 1950, la télévision a réussi à pénétrer 75% des foyers américains en seulement 7 ans, contre 14 ans pour la radio, 23 ans pour le réfrigérateur, 48 ans pour l’aspirateur, 52 ans pour l’automobile, 67 ans pour le téléphone et plusieurs siècles pour le livre, avant d’en arriver au même taux d’équipement.

Nombreux étaient les sociologues qui voyaient alors en cet objet un outil révolutionnaire qui allait offrir la culture, le savoir et réduire l’échec scolaire jusqu’à contrebalancer le poids des inégalités sociales. Il est maintenant estimé, d’après une étude récente, qu’au-delà du temps perdu devant un écran, les effets (sur l’alimentation et le cycle du sommeil entre autre) de chaque heure de télévision réduiraient d’environ 22 minutes l’espérance de vie des individus de plus de 25 ans.

Outre ce fait inquiétant, la télévision perturbe le développement du langage, le déploiement de l’attention ou encore l’émergence de la créativité chez les enfants, augmentant ainsi de 43% pour chaque heure de télévision quotidienne la probabilité qu’un enfant entre 5 et 11 ans soit sans diplôme. Il ne faut pas non plus oublier l’influence désastreuse de la présence à l’écran du tabagisme, de l’alcoolisme, de la sexualité, de la violence et des clichés, sur les comportements à risques et sur nos conceptions de la société. L’esprit critique en est lui aussi affecté, l’opinion publique étant massivement dirigée par l’engouement des médias pour certains sujets et par leur manque d’objectivité. Pour aggraver les choses, l’information se dégrade et tend à ressembler de plus en plus à du divertissement par souci d’audience.

La télévision altère la capacité d’imagination de l’enfant (sa capacité à se représenter les choses). Le pédiatre allemand Peter Winterstein a démontré qu’en passant du temps devant l’écran, ses dessins s’appauvrissaient en détails et perdaient de leur relief, quand ils n’étaient pas carrément déstructurés.

Voici une comparaison très intéressante entre les dessins d’enfants qui regardent la TV moins d’une heure par jour et ceux qui la regardent plus de trois heures par jour :

« Un cerveau ne s’imprègne correctement des choses que s’il les découvre par le biais de plusieurs sens, c’est-à-dire l’audition, la vue, l’odorat et le toucher. Et, de ce point de vue, la télévision est une source d’information bien pauvre en comparaison avec le monde réel. » dit Winterstein. Il faut répondre à l’arrivée de la TV par des actions fortes, sinon on arrivera à une société très pauvre en pensée et en créativité qui sera de plus en plus manipulable.

  1. PLEINLEDOS

Lire également : A propos de la société

Proverbe bien connu des économistes : « Il y a 3 types de mensonges : les petits mensonges, les gros mensonges et les statistiques. »

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Crise de l’élevage : en Allemagne, avec les forçats de la « ceinture de graisse »

Il y a deux ans, « l’Obs » a voulu voir comment l’agriculture allemande était devenue plus compétitive qu’en France. Voyage dans les coulisses des abattoirs de porcs de la région de Brême, où l’on croisait à l’époque beaucoup de… Roumains.

Dans l'abattoir Danish Crown, dans la zone industrielle d'Essen (Allemagne). (Dieter ROESELER/LAIF-REA)Dans l’abattoir Danish Crown, dans la zone industrielle d’Essen (Allemagne). (Dieter ROESELER/LAIF-REA)

Intrigué par les plaintes récurrentes des éleveurs français sur les distorsions de concurrence et le dumping social pratiqués par nos voisins allemands, « l’Obs » m’avait demandé de trouver un lieu de reportage pour illustrer ce problème. J’étais donc partie en Basse-Saxe, dans la région de Essen, où Matthias Brümmer, représentant du syndicat de l’alimentation NGG, m’avait aidé à rencontrer des travailleurs détachés roumains, employés dans plusieurs abattoirs de la région.

Trois ans après le reportage que vous pourrez lire ci-dessous, j’ai voulu savoir si l’introduction du Smic généralisé en Allemagne avait changé la donne. « Pas complétement », nous a répondu Matthias Brümmer par mail :

Les employeurs essayent de contourner le Smic par divers mécanismes. Toutes les heures ne sont pas payées. Ainsi dans l’abattoir d’Oldenbourg, les ouvriers travaillent 280 heures par mois mais ne sont rémunérés que pour 171 heures. Les primes pour le travail de nuit ou les heures supplémentaires ne sont souvent pas payées. »

A la question de savoir si en Allemagne le prix de la viande est resté stable Matthias Brümmer répond :

Ils ont baissé pour le producteur mais pas pour le consommateur. »

Et oui, il comprend le mouvement de colère des éleveurs français. Car « la baisse des prix est liée à la situation en Allemagne ». Son syndicat continue à considérer que l' »alimentation ne doit être considéré ni comme un succès d’exportation ni comme un objet de spéculation. Bref :

La viande devrait être produite et vendue là on où la consomme »
(Article publié dans « l’Obs » le 24 janvier 2013)

Chaque semaine, c’est le même ballet. Près de deux cents camions se présentent au poste de contrôle de l’entreprise Danish Crown dans la zone industrielle d’Essen, une bourgade de Basse-Saxe située à une heure de Brême. Les uns entrent avec des cochons vivants. Les autres ressortent avec des jambons, des côtelettes, mais aussi des morceaux destinés à l’exportation comme les oreilles, les vessies, les intestins et les pattes dont les Chinois raffolent. Trente kilomètres plus loin, à l’entrée de la société Vion d’Emstek, le spectacle est identique. Rien qu’à eux deux, ces abattoirs traitent 100.000 porcs par semaine !

Le leader européen de l’abattage et de la préparation de porc, le danois Danish Crown, et son homologue néerlandais Vion ont massivement investi en Allemagne, où ils détiennent un quart du marché de la viande porcine. En dix ans, le Speckgürtel (la « ceinture de graisse »), cette région spécialisée dans le porc qui s’étend de la mer du Nord à la Westphalie, est devenue l’une des plus compétitives d’Europe. Mondialisation oblige, elle est la grande concurrente de la Bretagne, où les abattoirs ont commencé à réduire leur personnel et à fermer des sites.

L’adage selon lequel l’Allemagne se concentrait sur l’industrie pendant que la France s’occupait d’agriculture est dépassé. En 2007, les exportations agroalimentaires allemandes ont dépassé celles de l’Hexagone. Certes, la France est encore la première puissance agricole d’Europe. Mais pour combien de temps encore ? L’Allemagne ne taille pas seulement des croupières à la France dans le secteur du porc mais aussi dans celui du boeuf, de la volaille, des oeufs, du lait et même… des fraises !

Les plaintes des agriculteurs français, qui autrefois hurlaient contre la « concurrence déloyale » dans le lait, ciblent à présent le porc. « En France, nous continuons à régresser en volume de production et en volume d’abattage alors que la consommation mondiale de porc augmente », regrette Christiane Lambert, vice-présidente de la Fédération nationale des Syndicats d’Exploitants agricoles (FNSEA) et éleveuse de porcs dans le Maine-et-Loire.

La France est encore compétitive en sortie d’élevage, car les coûts alimentaires y sont inférieurs. En revanche, l’Allemagne regagne du terrain dans la découpe de viande et dans sa transformation en charcuterie, saucisses et plats cuisinés.

Pourquoi le porc allemand est-il moins cher ? D’abord les abattoirs locaux se sont concentrés et modernisés. Et puis, selon François Cassignol, le porte-parole du syndicat professionnel des entreprises françaises de la viande Sniv-SNCP :

Les Allemands n’hésitent pas à pratiquer le dumping social. Ils font massivement appel à de la main-d’oeuvre intérimaire, passent des contrats de prestation de services qui paient les salariés de 3 à 5 euros de l’heure quand les Français paient entre 10 et 12 euros ».

Concurrence déloyale

Démonstration au pays de la « ceinture de graisse ». Dans les deux entreprises que « le Nouvel Observateur » a pu approcher par le biais du syndicat allemand de l’industrie alimentaire, entre 75% et 90% de la main-d’oeuvre est étrangère ! Cheveux en brosse, joues creusées, démarche claudicante, Martin Tiedeken porte ses 51 ans comme une croix. Il a passé trente ans à abattre des cochons sur le site d’Emstek. Le salarié, devenu président du comité d’entreprise de Vion à Emstek, raconte :

Je suis entré dans cette entreprise en 1982, à une époque où l’on était fier d’être boucher. On gagnait 30% de plus que dans d’autres secteurs comme le bâtiment. Aujourd’hui c’est l’inverse. »

Martin Tiedeken fait partie des 250 Allemands sur 650 salariés qui sont encore payés au tarif « normal », c’est-à-dire 15 euros brut de l’heure pour 38 heures de travail par semaine (la durée légale du travail). En comptant les heures supplémentaires, les salariés allemands, dont la moyenne d’âge tourne chez Vion autour de 47 ans, gagnent entre 2.500 et 3.000 euros brut par mois. Leurs collègues étrangers, qui viennent essentiellement des pays de l’Est, perçoivent deux à trois fois moins.

Martin Tiedeken, l’un des 250 Allemands sur 650 salariés travaillant dans les abattoirs du groupe néerlandais Vion à Emstek. (Dieter ROESELER/LAIF-REA)

Comment cela est-il possible ? D’abord, il n’y a pas – contrairement à la France – de salaire minimum généralisé en Allemagne [il a été mis en oeuvre à compter du 1er janvier 2015, NDLR]. Pendant longtemps, cela n’a pas posé de problème. Les salaires étaient négociés par branche entre le patronat et le syndicat et, par rapport à la France, ils étaient plus élevés. L’absorption de l’ex-RDA a changé la donne. Pour rendre l’Allemagne plus compétitive et juguler le chômage (5 millions de personnes en 2004), le chancelier Gerhard Schröder a décidé de créer un secteur de bas salaires.

Opération réussie. Selon les derniers chiffres publiés fin décembre [2012] par l’institut communautaire Eurostat, 22,2% des travailleurs en Allemagne peuvent être rangés dans la catégorie « bas salaires », contre 6,1% en France. 7,4 millions d’Allemands avaient un contrat de « minijob » payé 400 euros par mois. [Il est passé à 450 euros le 1er janvier 2013. Le nombre de minijobbers est descendu à 6,6 millions de personnes au 31 mars 2015]. Un statut très courant dans la filière de la viande. A ce prix-là, plus aucun jeune Allemand n’a envie de travailler dans la chaleur étouffante d’un abattoir, au rythme frénétique de 600 porcs à l’heure… Martin Tiedeken confirme :

Avant, nous avions 45 apprentis par an ; maintenant il n’y en a plus que cinq. »

Les patrons des abattoirs peuvent donc se tourner avec bonne conscience vers les salariés étrangers.

Depuis le 1er mai 2011, un Polonais, un Tchèque ou un Hongrois peut être embauché tout à fait légalement sur simple présentation d’un justificatif de son identité. Les ressortissants des pays qui sont entrés dans l’Union européenne (UE) en 2004 bénéficient de la libre circulation. Les Roumains et les Bulgares, qui n’ont été intégrés à l’UE qu’en 2007, disposent en revanche d’un régime transitoire et n’ont théoriquement pas le droit d’être embauchés, ni de travailler en tant qu’intérimaires… sauf si l’employeur peut prouver qu’il ne trouve pas de main-d’oeuvre allemande pour effectuer le travail demandé. Une fois que l’agence pour l’emploi locale leur a délivré une autorisation de travail, ils sont dans la plus complète légalité.

Les travailleurs étrangers ne sont pas obligatoirement employés par des entreprises allemandes. Grâce à la directive Bolkestein, qui avait exacerbé le débat en France sur le « plombier polonais », ils peuvent aussi être mis temporairement à disposition par une entreprise étrangère. Ainsi un abattoir roumain peut très bien « détacher » une partie de son personnel dans un abattoir allemand. Ces nouveaux « travailleurs invités » (Gastarbeiter) de l’Est reçoivent un contrat d’une durée maximale de douze mois et conservent l’assurance sociale de leur pays d’origine.

Une nouvelle forme d’esclavage ?

Ces dernières années, les abattoirs allemands ont profité de cette réglementation pour se séparer progressivement de leurs salariés maison. Sur les 1.600 employés de Danish Crown à Essen, seuls 350 sont encore en CDI. Les autres ont tous des contrats à la tâche et sont rattachés à des sociétés intermédiaires. Il suffit de diviser le travail comme sur une chaîne de montage. Il y a les sociétés qui abattent les cochons de jour, celles qui les abattent de nuit, les intermédiaires pour les découpes de jour, de nuit, la transformation de la viande, l’empaquetage, etc.

L’abattoir lance un appel d’offres du type : recherche sous-traitant capable de désosser 60.000 porcs par semaine à tel tarif, puis choisit bien entendu le moins-disant sur les coûts. C’est le syndrome « enchères à l’envers » de la grande distribution. La question de savoir si un ouvrier peut abattre et désosser 60.000 porcs dans une semaine de 38 heures top chrono n’a plus aucune importance. Du moment que le prestataire remplit ses engagements…

Les gendarmes de l’office de lutte contre le travail illégal font régulièrement des descentes dans ces entreprises pour contrôler le respect de la réglementation sur les personnes détachées. Mais « procéder à des vérifications nocturnes dans des entreprises où les salariés manient les couteaux et les haches n’est pas une mince affaire ! » ironise Matthias Brümmer, le patron du syndicat de l’industrie alimentaire dans cette région. Résultat : les nouveaux salariés qui travaillent pour Danish Crown ou Vion peuvent certes décrocher une rémunération de 900 à 1.000 euros brut par mois… mais cela ne dit pas en combien d’heures, ni en combien de jours ils y parviennent !

Employé dans le bâtiment en Roumanie, Ionut Ciprian, un solide gaillard de 29 ans arrivé en Allemagne il y a deux ans, et son épouse, Ana-Maria, jolie brune de 28 ans, ancienne couturière, s’imaginaient les choses tout à fait autrement. Quand Ionut a été démarché en Roumanie, on leur avait promis un « salaire fixe ». Mais « cela ne s’est pas passé comme prévu », explique le jeune Roumain, qui ne parle pas un mot d’allemand :

Nous étions rémunérés 1 centime par cochon traité. L’objectif était d’atteindre une cadence de 7.000 cochons par jour, soit 1.400 euros par mois. Mais en réalité les hommes n’arrivaient jamais à dépasser les 900 euros, et les femmes 700 euros. Nous n’avions jamais tous les mois le même rendement et donc pas le même salaire. »

1.600 euros à deux, c’est peu. Mais c’est toujours quatre fois plus que ce qu’ils gagnaient en Roumanie. Le jeune couple et leur petite fille de 7 ans n’ont aucune envie de retourner au pays. Même si leur situation en Allemagne s’est brutalement dégradée. Leur employeur, le sous-traitant Klaus Stabrey, a en effet été obligé de déposer son bilan à la fin de l’année dernière après onze années d’existence. Ionut et Ana-Maria doivent donc pointer au chômage, jusqu’à ce qu’un nouvel intermédiaire les reprenne. A quel tarif ? Mystère. Klaus Stabrey, la voix lasse :

Danish Crown voulait que je baisse encore mes coûts. Mais je ne pouvais pas les réduire davantage ! Soit je devais baisser les salaires de manière drastique, soit je devais licencier 30% de mon personnel. »

De fait, Danish Crown a de grands projets d’expansion à Essen. L’usine compte augmenter sa cadence de 64.000 à 80.000 cochons par semaine.

Connu comme le loup blanc dans toute la région, Matthias Brümmer dénonce depuis des années avec véhémence « cette nouvelle forme d’esclavage ». Cet habitué des opérations commando a profité des élections régionales dans le Land de Basse-Saxe, le 20 janvier, pour mettre la pression dans l’opinion. Pour la première fois depuis cinq ans, les politiques et même l’Eglise, dont la parole pèse dans le débat public, ont désapprouvé publiquement l’utilisation de ces « travailleurs low cost ». D’économique, le problème est devenu sociétal. « On ne pouvait pas continuer à fermer les yeux », avoue le père Bernhard Seggewiss, la mine contrite.

Des familles entières dans des bunkers

De fait les ouvriers de l’Est ne peuvent pas passer inaperçus à Essen. On les voit partir au boulot dans un vieux combi rouge immatriculé en Roumanie, ou être ramassés par un bus brinquebalant dont la vitre cassée a été remplacée par une bâche de fortune. Ils déambulent dans la Peterstraße, artère principale de la commune, entre la mairie et l’église catholique Saint-Barthélemy, avec des grands sacs Aldi pour rejoindre l’un des logements qui leur ont été attribués d’office en arrivant chez Danish Crown.

En l’occurrence deux anciens magasins de vêtements transformés en « bunkers d’habitation », comme les surnomme la presse locale, où sont entassées entre dix et quatorze personnes, là où vivait auparavant une famille avec deux enfants. Detlef Kolde, président du SPD à Essen, a recensé au moins cinq autres « logements de fonction » de ce type. Les propriétaires des magasins n’ont même pas pris la peine de boucher les vitrines. Ils ont simplement installé de grands rideaux pour cacher ces logements de fortune qu’ils louent 150 à 175 euros par mois et par lit. [En 2015, leurs employeurs leur réclament 300 euros par lit et 80 euros pour le transport de leur domicile à leur lieu de travail, précise Matthias Brümmer]

Tant que ces hommes venaient travailler trois mois et repartaient chez eux, cela n’émouvait personne. Mais, « depuis deux ou trois ans, ils viennent en famille », explique Georg Kettmann, maire CDU de la commune :

Les enfants arrivent dans les crèches et les écoles sans parler un mot d’allemand. Cela nous a obligés à modifier nos structures d’accueil. »

Les professionnels français de la viande aimeraient bien que le ministre de l’Agriculture se mobilise davantage contre le « dumping social » « made in Germany ». Mais Stéphane Le Foll, qui n’a pas répondu à nos sollicitations, marche sur des oeufs. Il ne tient pas à se disputer ouvertement avec l’un des gros contributeurs de la politique agricole commune. Et puis la France est-elle un modèle ? Le ministère du Travail a recensé 145.000 travailleurs européens détachés dans les secteurs du bâtiment, de la restauration ou du transport routier… mais aussi dans le maraîchage. [Fin 2014, le nombre de travailleurs détachés communautaires travaillant légalement en France est passé à 300.000 personnes] Leur sort n’a rien à envier à celui des bouchers roumains employés en Allemagne.

Odile Benyahia-Kouider, envoyée spéciale en Basse-Sax

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