La France croule sous le poids de ses 600 000 élus

La France n’a pas de pétrole, mais elle a des élus, beaucoup trop d’élus rappelle le Cri du Contribuable. Avec 600 000 élus en France, c’est quasiment 1% de la population qui est concernée (record mondial), mais l’ensemble de la population qui en paye les frais.

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LE NÉOLIBÉRALISME : l’idéologie à la source de tous nos maux,

d’après « The Guardian »

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Le néolibéralisme a joué un rôle dans la crise financière, la catastrophe écologique et même la montée de Donald Trump. Pourquoi la gauche n’a-t-elle pas réussi à trouver une solution de rechange ?

Imaginez si le peuple de l’Union soviétique n’avait jamais entendu parler du communisme. L’idéologie qui domine notre vie n’aurait, pour la plupart d’entre nous, aucun nom. Mentionnez-la dans une conversation et vous obtiendrez en retour un haussement d’épaules. Même si vos auditeurs ont déjà entendu le terme, ils auront du mal à le définir. Le néolibéralisme : savez-vous ce que c’est ?

Son anonymat est à la fois un symptôme et la source de son pouvoir. Il a joué un rôle majeur dans un nombre remarquable de crises : la crise financière de 2007-2008, la délocalisation des richesses et du pouvoir, dont les Panama Papers nous offrent un simple aperçu, le lent effondrement de la santé publique et de l’éducation, La pauvreté, l’épidémie de solitude, l’effondrement des écosystèmes, la montée de Donald Trump. Mais nous répondons à ces crises comme si elles émergeaient dans un isolement, apparemment ignorants qu’elles ont toutes été catalysées ou exacerbées par une même philosophie cohérente ; Une philosophie qui a – ou avait – un nom. Quel plus grand pouvoir peut-il y avoir que celui d’agir en tout anonymat ?

Le néolibéralisme est tellement omniprésent que nous le reconnaissons rarement comme une idéologie. Nous semblons accepter la proposition que cette foi utopique, millénarienne, désigne une force neutre ; Une sorte de loi biologique, comme la théorie de l’évolution de Darwin. Mais cette philosophie se présente comme une tentative consciente de remodeler la vie humaine et de déplacer le centre du pouvoir.

Le néolibéralisme considère la concurrence comme la caractéristique déterminante des relations humaines. Il redéfinit les citoyens comme des consommateurs, dont les choix démocratiques sont le mieux exercés par des actes d’achat et de vente, processus qui récompense le mérite et punit l’inefficacité. Il soutient que « le marché » offre des avantages qui ne pourraient jamais être obtenus par la planification.

Les tentatives de limiter la concurrence sont considérées comme étant contraires à la liberté. La fiscalité et la réglementation doivent être réduites au maximum, les services publics doivent être privatisés. L’organisation du travail et la négociation collective avec les syndicats sont présentées comme des distorsions du marché qui entravent la formation d’une hiérarchie naturelle entre gagnants et perdants. L’inégalité est présentée comme une vertu : une récompense à l’utilité et un générateur de richesse dont les retombées profitent à tous. Les efforts pour créer une société plus égalitaire sont à la fois contre-productifs et moralement corrosifs. Le marché garantit que tout le monde obtient ce qu’il mérite.

Nous adoptons et reproduisons ses croyances. Les riches se persuadent qu’ils ont acquis leur richesse par le mérite, en ignorant les avantages – tels que l’éducation, l’héritage et la classe – qui ont pu aider à l’obtenir. Les pauvres commencent à se rejeter la faute pour leurs échecs, même quand ils ne peuvent pas faire grand-chose pour changer leur situation.

Peu importe le chômage structurel : si vous n’avez pas d’emploi c’est parce que vous n’êtes pas assez entreprenant. Peu importe les coûts prohibitifs du logement : si votre carte de crédit a dépassé le plafond, c’est que vous êtes désinvolte et imprévoyant. Peu importe que vos enfants n’aient plus de terrain de jeu : s’ils deviennent gros, c’est de votre faute. Dans un monde régi par la concurrence, ceux qui sont à la traîne sont qualifiés et se perçoivent comme des perdants.

Comme Paul Verhaeghe le démontre dans son livre What About Me ?, on compte parmi ses effets des épidémies d’automutilation, des troubles de l’alimentation, la dépression, la solitude, l’anxiété devant la performance et la phobie sociale. Il n’est peut-être pas étonnant que la Grande-Bretagne, où l’idéologie néolibérale a été appliquée avec le plus de rigueur, soit devenue la capitale européenne de la solitude. Nous sommes tous devenus des néolibéraux.

Le terme néolibéralisme a été inventé lors d’une réunion à Paris en 1938. Parmi les délégués se trouvaient deux hommes qui étaient venus pour définir cette idéologie, Ludwig von Mises et Friedrich Hayek. Tous deux exilés d’Autriche, ils voyaient la social-démocratie, exemplifiée par le New Deal de Franklin Roosevelt et le développement progressif de l’État-providence britannique, comme autant de manifestations d’un collectivisme qui s’apparentait au nazisme et au communisme.

Dans The Road to Serfdom (Le Chemin de la servitude), publié en 1944, Hayek soutenait que la planification par le gouvernement, en écrasant l’individualisme, conduisait inexorablement au totalitarisme. Tout comme le livre de Mises Bureaucracy, The Road to Serfdom connut un large succès. Il fut remarqué par certaines personnes très riches, qui ont vu dans cette philosophie une occasion pour s’affranchir des réglementations et des taxes. Lorsque, en 1947, Hayek fonda la première organisation qui allait répandre la doctrine du néolibéralisme – le Mont Pelerin Society -, il fut soutenu financièrement par des millionnaires et leurs Fondations respectives.

Avec leur aide, il a commencé à créer ce que Daniel Stedman Jones décrit dans Masters of the Universe comme « une sorte d’international néolibéral » : un réseau transatlantique d’universitaires, d’hommes d’affaires, de journalistes et d’activistes. Les riches bailleurs de fonds du mouvement financèrent une série dethink tanks qui allaient affiner et promouvoir cette idéologie. Parmi eux figuraient l’American Enterprise Institute, la Heritage Foundation, le Cato Institute, le Institute of Economic Affairs, le Centre for Policy Studies et le Adam Smith Institute. Ils ont également financé des postes et départements universitaires, en particulier dans les universités de Chicago et de Virginie.

À mesure qu’il évoluait, le néolibéralisme devenait plus radical. L’opinion de Hayek selon laquelle les gouvernements devaient réglementer la concurrence pour empêcher la formation de monopoles céda la place – parmi les apôtres américains comme Milton Friedman – à la conviction que l’exercice d’un monopole pouvait être perçu comme une récompense à l’efficacité.

Quelque chose d’autre est arrivée pendant cette transition : le mouvement a perdu son nom. En 1951, Friedman n’hésitait pas à se définir comme un néolibéral. Mais peu de temps après, le terme a commencé à disparaître. Plus étrange encore, alors que l’idéologie devenait plus nette et le mouvement plus cohérent, le nom disparut sans être remplacé.

Au début, malgré son financement somptueux, le néolibéralisme demeurait marginal. Le consensus de l’après-guerre était presque universel : les prescriptions économiques de John Maynard Keynes étaient largement appliquées, le plein emploi et l’allégement de la pauvreté étaient des objectifs communs aux États-Unis et une grande partie de l’Europe occidentale, les taux d’imposition étaient élevés et les gouvernements n’avaient pas honte d’avoir des objectifs sociaux, en développant de nouveaux services publics et en mettant en place des filets de sécurité.

Mais dans les années 1970, lorsque les politiques keynésiennes ont commencé à s’effondrer et les crises économiques à apparaître sur les deux rives de l’Atlantique, les idées néolibérales ont commencé à se répandre. Comme Friedman l’a remarqué, « quand le moment est venu de changer … il y avait une alternative prête à l’emploi ». Avec l’aide de journalistes sympathisants et de conseillers politiques, les éléments du néolibéralisme, en particulier ses prescriptions en matière de politique monétaire, furent adoptés par l’administration de Jimmy Carter aux États-Unis et le gouvernement de Jim Callaghan en Grande-Bretagne.

Après l’accession au pouvoir de Margaret Thatcher et Ronald Reagan, le reste des mesures ont rapidement été appliquées : réductions massives d’impôt pour les riches, écrasement des syndicats, déréglementations, privatisations, externalisations et concurrence dans les services publics. Par le biais du FMI, de la Banque Mondiale, du traité de Maastricht et de l’Organisation Mondiale du Commerce, des politiques néolibérales furent imposées – souvent sans consentement démocratique – à une grande partie du monde. Le plus remarquable fut l’adoption de cette idéologie par les partis qui appartenaient autrefois à la gauche : les Travaillistes et les Démocrates, par exemple. Comme le note Stedman Jones, « il est difficile de trouver une autre utopie appliquée avec autant de vigueur ».

Il peut sembler étrange qu’une doctrine qui promet le choix et la liberté ait été promue avec le slogan « il n’y a pas d’alternative ». Mais, comme a dit Hayek lors d’une visite au Chili de Pinochet, l’une des premières nations où le programme fut appliqué de manière exhaustive, « ma préférence personnelle va plutôt vers une dictature libérale que vers une démocratie sans libéralisme ». La liberté qu’offre le néolibéralisme, qui paraît si séduisante lorsqu’elle est exprimée en termes généraux, se traduit par une liberté pour les puissants au détriment des faibles.

Etre libéré des syndicats et des négociations collectives signifie avoir la liberté de compresser les salaires. L’absence de réglementation signifie avoir la liberté d’empoisonner les cours d’eau, de mettre en danger les travailleurs, de facturer des taux d’intérêt iniques et de concevoir des instruments financiers exotiques. Se libérer des impôts signifie se débarrasser de la redistribution des richesses.

Comme l’écrit Naomi Klein dans The Shock Doctrine, les théoriciens néolibéraux préconisaient de profiter des crises pour imposer des politiques impopulaires pendant que les gens avaient l’esprit occupé ailleurs : par exemple, à la suite du coup d’Etat de Pinochet, de la guerre en Irak ou de l’ouragan Katrina, que Friedmann décrivit comme « une occasion pour réformer radicalement le système éducatif » de la Nouvelle-Orléans.

Lorsque les politiques néolibérales ne peuvent pas être imposées au niveau national, elles sont imposées au niveau international, par le biais de traités commerciaux qui intègrent le « règlement des différends entre investisseurs et États » : des tribunaux offshore dans lesquels les entreprises peuvent exercer des pressions pour éliminer les protections sociales et environnementales. Lorsque des parlements ont voté des restrictions sur les ventes de cigarettes, pour protéger les réserves d’eau polluées par des sociétés minières, pour geler les factures d’énergie ou empêcher les entreprises pharmaceutiques de piller les caisses de l’État, les entreprises privées ont intenté des procès, souvent avec succès. La démocratie fut réduite à une pièce de théâtre.

Un autre paradoxe du néolibéralisme est que la concurrence universelle repose sur une quantification et une comparaison universelles. Il en résulte que les travailleurs, les demandeurs d’emploi et les services publics de toute nature sont soumis à un régime d’évaluation et de surveillance étouffant, conçu pour désigner les gagnants et punir les perdants. La doctrine proposée par Von Mises – qui était censée nous libérer du cauchemar bureaucratique d’une planification centralisée – l’a au contraire crée.

Le néolibéralisme n’avait pas été conçu à l’origine comme un racket égoïste, mais il l’est rapidement devenu. La croissance économique fut nettement plus lente pendant la période néolibérale (à partir de 1980 en Grande-Bretagne et aux États-Unis) qu’au cours des décennies précédentes ; mais pas pour les très riches. L’inégalité dans la répartition des revenus et des richesses, après 60 ans de déclin, a rapidement augmenté au cours de cette période, en raison de la destruction des syndicats, des réductions d’impôt, des hausses de loyers, des privatisations et des déréglementations.

La privatisation ou la commercialisation des services publics tels que l’énergie, l’eau, les chemins de fer, la santé, l’éducation, les routes et les prisons a permis aux entreprises de facturer des services essentiels aux citoyens ou aux gouvernements. Un loyer n’est qu’un autre terme pour désigner un revenu immérité, obtenu sans travailler. Lorsque vous payez un prix gonflé pour un billet de train, seule une partie du prix représente le coût du carburant, des salaires, du matériel roulant et autres. Le reste représente l’absence de choix qui vous est imposé.

Ceux qui possèdent et dirigent les services privatisés ou semi-privatisés du Royaume-Uni amassent des fortunes prodigieuses en investissant peu et en facturant beaucoup. En Russie et en Inde, les oligarques se sont emparés des actifs de l’Etat par le biais d’opérations de liquidations. Au Mexique, Carlos Slim a obtenu le contrôle de presque tous les services de téléphonie fixe et mobile et est rapidement devenu l’homme le plus riche du monde.

La financiarisation, comme Andrew Sayer le note dans Why We Can’t Afford the Rich (Pourquoi les riches nous coûtent trop cher), a eu un impact similaire. « Comme le loyer », dit-il, « l’intérêt est … un revenu immérité qui s’accumule sans effort ». Tandis que les pauvres deviennent de plus en plus pauvres et les riches de plus en plus riches, les riches obtiennent un contrôle croissant sur un autre atout essentiel : l’argent. Les paiements d’intérêts, en grande majorité, constituent un transfert d’argent des pauvres vers les riches. Alors que la flambée des loyers et la réduction des dépenses de l’Etat font peser le fardeau de la dette sur les individus (rappelez-vous lorsque les bourses accordées aux étudiants ont été remplacées par des prêts bancaires), les banques et leurs dirigeants ramassent la mise.

Sayer affirme que les quatre dernières décennies ont été caractérisées par un transfert de richesse non seulement des pauvres vers les riches, mais aussi des riches vers les encore plus riches : de ceux qui gagnent leur argent en produisant des biens ou des services vers ceux qui le gagnent en contrôlant les actifs existants, en récoltant des loyers, des intérêts ou des revenus de capital. Le revenu mérité, obtenu par le travail, a été supplanté par le revenu immérité.

Les politiques néolibérales sont partout assaillies par des défaillances du marché. Non seulement les banques sont trop grandes pour échouer, mais les sociétés privées sont désormais chargées de fournir des services publics. Comme Tony Judt l’a souligné dans Ill Fares the Land, Hayek a oublié que les services nationaux vitaux ne peuvent pas être laissés à l’abandon, ce qui signifie que la concurrence ne peut pas s’y appliquer. Les entreprises ramassent les profits, l’État conserve les risques.

Plus l’échec est grand, plus l’idéologie devient extrême. Les gouvernements utilisent les crises néolibérales comme une excuse et une occasion pour réduire les impôts, privatiser les services publics qui restent, percer le filet de la sécurité sociale, déréglementer les entreprises et réglementer les citoyens. L’État qui se méprise enfonce ses crocs dans tous les organes du secteur public.

L’impact le plus dangereux du néolibéralisme n’est peut-être pas la crise économique qu’il a provoquée, mais la crise politique. Au fur et à mesure que le rôle de l’État se réduit, notre capacité à changer le cours de nos vies par le vote se réduit également. A la place, affirme la théorie néolibérale, les gens peuvent exercer leur choix à travers la consommation. Mais certains ont plus de pouvoir d’achat que d’autres, et dans la grande démocratie de la consommation ou de l’actionnariat, toutes les voix ne se valent pas. Le résultat est une désaffectation des pauvres et des classes moyennes. Tandis que les partis de droite et d’ex-gauche adoptent des politiques néo-libérales similaires, l’impuissance se transforme en une privation de droits. Un grand nombre de personnes ont été chassées de la sphère politique.

Chris Hedges souligne que « les mouvements fascistes construisent leur base non pas parmi les gens politiquement actifs, mais parmi les politiquement inactifs, les « perdants » qui sentent, souvent à raison, qu’ils n’ont ni voix au chapitre ni rôle à jouer dans l’establishment politique ». Lorsque le débat politique ne leur parle plus, les gens deviennent plutôt réceptifs aux slogans, aux symboles et aux sensations. Pour les admirateurs de Trump, par exemple, les faits et les arguments semblent sans importance.

Judt a expliqué que lorsque le maillage serré des interactions entre les individus et l’État se réduit à rien d’autre que l’exercice de l’autorité et l’obéissance, la seule force qui nous relie est le pouvoir de l’État. Le totalitarisme craint par Hayek est plus susceptible d’émerger lorsque les gouvernements, ayant perdu l’autorité morale qui découle de la prestation des services publics, sont réduits à « cajoler, menacer et finalement contraindre les gens à obéir ».

A l’instar du communisme [grommellement discret du Traducteur], le néolibéralisme est le Dieu qui a échoué. Mais la doctrine zombie poursuit son chemin en titubant. Et une des raisons qui lui permettent de le faire est son anonymat. Ou plutôt, un ensemble d’anonymats.

La doctrine invisible de la main invisible promue par des partisans invisibles. Lentement, très lentement, nous avons commencé à découvrir les noms de quelques-uns d’entre eux. Nous constatons que l’Institute of Economic Affairs, qui a défendu énergiquement les médias contre la nouvelle réglementation de l’industrie du tabac, a été secrètement financé par British American Tobacco depuis 1963. Nous découvrons que Charles et David Koch, deux des hommes les plus riches du monde, ont fondé l’institut qui a monté le mouvement Tea Party [mouvement très conservateur aux Etats-Unis – NdT]. Nous constatons que Charles Koch, en créant un de ses think tanks, a noté que « pour éviter des critiques indésirables, il faut être discret sur comment l’organisation est contrôlée et dirigée ».

Les mots utilisés par le néolibéralisme cachent souvent plus qu’ils ne révèlent. ’Le marché’ ressemble à un système naturel qui s’imposerait à tous de manière identique, comme la gravité ou la pression atmosphérique. Mais le marché est traversé par des relations de pouvoir. « Ce que le marché veut » tend à désigner ce que veulent les entreprises et leurs patrons. « L’investissement », comme le dit Sayer, signifie deux choses très différentes. L’une est le financement d’activités productives et socialement utiles, l’autre est l’achat d’actifs existants pour en extraire des loyers, des intérêts, des dividendes et des revenus de capital. Utiliser le même mot pour désigner des activités distinctes « occulte les sources de richesse », ce qui nous conduit à confondre l’extraction de richesse avec la création de richesse.

Il y a un siècle, les nouveaux riches étaient dénigrés par ceux qui avaient hérité de leur argent. Les entrepreneurs cherchaient alors à se faire accepter en se faisant passer pour des rentiers. Aujourd’hui, la relation est inversée : les rentiers et les héritiers se font passer pour des entrepreneurs. Ils prétendent avoir mérité leur revenu par leur travail.

Ces anonymats et confusions se combinent avec l’anonymat et la dimension immatérielle du capitalisme moderne : un modèle qui fait en sorte que les travailleurs ne savent pas pour qui ils travaillent ; des sociétés enregistrées par des réseaux offshore si complexes que même la police ne parvient pas à découvrir les noms des véritables propriétaires ; des arrangements fiscaux qui spolient les Etats ; des produits financiers que personne ne comprend.

L’anonymat du néolibéralisme est soigneusement protégé. Ceux qui sont influencés par Hayek, Mises et Friedman ont tendance à rejeter le terme, en affirmant – et ce n’est que justice – que le terme est devenu péjoratif. Mais ils ne proposent aucun substitut. Certains se décrivent comme des libéraux classiques ou des libertariens, mais ces descriptions sont à la fois trompeuses et curieusement évasives, car elles suggèrent qu’il n’y a rien de nouveau depuis The Road to Serfdom, Bureaucracy ou l’oeuvre classique de Friedman, Capitalism and Freedom.

Pour autant, il y a quelque chose d’admirable dans le projet néolibéral, du moins à ses débuts. C’était une philosophie originale et innovante promue par un réseau cohérent de penseurs et d’activistes avec un plan d’action clair. Elle était patiente et persistante. Mais The Road to Serfdom (Le chemin du servage) se transforma en chemin vers le pouvoir.

Le triomphe du néolibéralisme souligne aussi l’échec de la gauche. Lorsque l’économie du laissez-faire mena à la catastrophe de 1929, Keynes conçut une théorie économique globale pour la remplacer. Lorsque la gestion de la demande keynésienne fut stoppée dans les années 70, il y avait une alternative déjà prête. Mais lorsque le néolibéralisme lui-même s’effondra en 2008, il n’y avait… rien. C’est pourquoi le zombie continue de marcher. La gauche et le centre n’ont produit aucune nouvelle pensée économique générale depuis 80 ans.

Chaque invocation de Lord Keynes est un aveu d’échec. Proposer des solutions keynésiennes aux crises du 21ème siècle, c’est ignorer trois problèmes évidents. Il est difficile de mobiliser les gens autour d’idées anciennes ; Les défauts exposés dans les années 70 n’ont pas disparu ; Et, surtout, ils n’ont rien à dire sur notre situation la plus grave : la crise environnementale. Le keynésianisme fonctionne en stimulant la demande des consommateurs pour entraîner la croissance économique. La demande des consommateurs et la croissance économique sont les moteurs de la destruction de l’environnement.

Ce que l’histoire du keynésianisme et du néolibéralisme montre, c’est qu’il ne suffit pas de s’opposer à un système brisé. Une alternative cohérente doit être proposée. Pour le Parti travailliste, les Démocrates et la gauche en général, la tâche centrale devrait être le développement d’un nouveau programme économique d’envergure et innovant, adapté aux exigences du 21ème siècle.

George Monbiot

Traduction « un parti de gauche qui adopte une politique de droite devient de facto un parti de droite, non ? » par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles.

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LES CHÔMEURS BRITANNIQUES DOIVENT PAYER !

Posté par 2ccr le 20 janvier 2017

 poupéeCe 3 janvier 2017 à 20 h, j’ai suivi, sur le journal télévisé de France 2, un reportage intitulé « Au Royaume-Uni, les chômeurs soumis à un régime drastique ». Sous titre : « France 2 a enquêté sur le système dénoncé par le réalisateur Ken Loach dans son film Moi, Daniel Blake, auréolé de la Palme d’or au festival de Cannes ».

Reportage :

Voix du journaliste : « Beaucoup disent y aller la peur au ventre, comme on répondrait à une convocation du commissariat de police. Le Job Centre, l’équivalent britannique de Pôle emploi, est interdit aux caméras. Ce chômeur est l’un des rares à avoir filmé en caméra cachée son évaluation bimensuelle. Il a écrit noir sur blanc toutes ses recherches d’emploi, mais visiblement cela ne suffit pas, d’autant qu’il a osé postuler à des offres en dehors de son champ de compétence. »

Voix de l’employée du Job Centre : « Vous n’avez même pas postulé. Vous avez regardé des offres d’emploi qui ne vous correspondant pas. Vous n’avez pas l’expérience nécessaire. »

Voix du chômeur : « Oui mais vous ne comprenez pas ce que je vous dit. Vous m’avez dit de faire ça… »

Voix de l’employée du Job Centre : « Vous n’avez pas utilisé les sites officiels… »

Voix du chômeur : « Non, mais, attendez, ce n’est même pas marqué sur le formulaire… »

Voix du journaliste : « Il y a 31 règles à respecter. La première d’entre elles : passer 35 heures par semaine sur ce site officiel à chercher du travail. Toutes les connexions et les clics sont enregistrés. Ce jeune chercheur d’emploi n’a pas pu atteindre le quota, ses allocations ont été coupées. « On a l’impression de n’être qu’un numéro. J’ai dû faire 35 heures de recherche d’emploi en ligne par semaine. C’est nettement impossible. Alors ils m’ont coupé les allocations. Je peux comprendre, mais si on me retire l’argent, comment fait-on pour vivre ? », demande-t-il. [Et je note même que le verbe employé, en anglais, est non pas vivre (to live) mais « survive », « survivre »…].

« Il est obligatoire, sous peine de sanctions, d’accepter n’importe quel travail fourni par le Job Centre. Autre règle pointilleuse : si vous avez dix minutes de retard à un entretien, vos allocations pourront être coupées. Si, et seulement si, ils respectent toutes les conditions, les chômeurs seront indemnisés. Mais avec une allocation conçue pour les décourager de rester inactifs. L’allocation-chômage ou ARE, s’appelle au contraire allocation de chercheur d’emploi. Elle est limitée à 6 mois maximum. Son montant est de 73 livres maximum par semaine, soit 400 euros par mois. Elle n’est pas indexée sur l’ancien salaire. Peu importe que l’on sorte d’un métier de banquier, de pilote de ligne ou de cadre supérieur. Enfin, cette maigre allocation est encore réduite en fonction des revenus du conjoint. »

« Sur ce régime très strict, le cinéaste britannique engagé Ken Loach a réalisé un film, Moi, Daniel Blake, auréolé d’une palme d’or à Cannes, le film a suscité un léger débat au Royaume-Uni, vite balayé, quelques semaines plus tard, par le gouvernement britannique. Il croit dur comme fer en son modèle, conforté par le chiffre record de 4,8 % de chômage seulement. »

Vue d’une salle où parle le ministre du travail, Damian Green : « Il faut veiller à ce que les gens soient toujours mieux dans le marché du travail qu’en dehors. Notre approche de la réforme de l’État-Providence a transformé ce pays. C’est le travail qui doit rapporter et les aides doivent limitées à ceux qui en ont le plus besoin. Il y a aujourd’hui 2,7 millions de personnes de plus qui travaillent qu’en 2010. «

Voix du journaliste : « Et il n’y a pas que les politiques. Une bonne partie de la société et les journaux populaires pointent du doigt ces chômeurs qui ont osé partir en vacances après avoir épinglé leur photo sur les réseaux sociaux et parfois la justice s’en mêle, comme avec l’exemple de cette femme qui avait beaucoup voyagé et qui a écopé de trois ans de prison ferme ».

Remarques sur ce que n’ont pas dit les journalistes.

Remarque 1. Cette grande dureté (montrée de façon saisissante par Ken Loach dans son film), révèle la persistance de l’ancienne mentalité chrétienne (catholique comme protestante, d’ailleurs) qui considère le non-travail (baptisé oisiveté) comme le vice principal, comme le vice initial, comme le vice-matrice de tous les autres, et qui voit le travail comme le rachat, la rédemption de la faute originelle d’Adam : « Á la sueur de ton visage tu mangeras ton pain » (Genèse 3, 19). Dans cette perspective, ce que rapporte le travail importe peu – et il importe encore moins que sa rémunération permette de vivre : l’essentiel est qu’il y ait travail, et travail comme « punition », comme épreuve douloureuse. Cette notion se retrouvant à la fois dans le nom de la « trabicula » ou chevalet de torture, et l’expression « femme en travail », c’est-à-dire femme dans les douleurs de l’enfantement.

Remarque 2. Même si tous les pays tendent à adopter la même attitude à l’égard des chômeurs, il n’est pas anodin que ce reportage ait été effectué au Royaume-Uni, pays qui a mis au point, au XVIIIe siècle, les workhouses (ou, littéralement, les maisons de travail), où les pauvres, en échange d’une maigre pitance, et d’un « logis », étaient astreints à travailler dans des conditions très dures et humiliantes, 18 heures par jour, séparés entre hommes et femmes, et soumis à de dures punitions en cas d’indiscipline ou de manque de rendement. A cet égard, pastichant Lénine, qui disait : « Le communisme, c’est les Soviets plus l’électricité », on pourrait dire, les Job Centres à la britannique, « C’est les workhouses plus Internet ».

Remarque 3. Il est assez notable que dans l’Histoire de l’Angleterre dite « moderne » (c’est-à-dire à partir du début du XVIe siècle), certains des souverains les plus marquants, ou dont on s’est le plus souvenu, ont été des femmes : Marie Tudor, Élisabeth I, Victoria, et, depuis 1952, Élisabeth II, au point parfois que, de leur nom, a dérivé un adjectif : l’Angleterre élisabéthaine, l’Angleterre victorienne. Or, cette Angleterre victorienne traîne derrière elle des connotations négatives, à la fois du point de vue du social (les workhouses) mais aussi des mœurs (la pudibonderie, l’éducation stricte des femmes, les condamnations d’Oscar Wilde pour homosexualité).

 Peut-être, un jour, si le Royaume-Uni retrouve la voie du progressisme d’avant 1979, parlera-t-on de la seconde époque élisabéthaine (celle qui a débuté avec Élisabeth II) non plus comme celle du folklore royal célébré avec obséquiosité par les Léon Zitrone et Stéphane Bern, mais comme celle d’une ère particulièrement féroce pour les salariés, les pauvres, les malades et les chômeurs.

 Philippe Arnaud

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A propos des Dominants

En France et en Europe, l’idéologie dominante est le confusionnisme : on n’admet pas la structuration de classe, assimilée à une obscénité intellectuelle archaïque. Bourdieu a été l’objet de toutes les agressions pour avoir tenté d’établir une « anthropologie globale » de la classe dirigeante ! Il est en effet des sujets qu’il convient de ne pas aborder !

Les dominants entendent s’octroyer à eux-mêmes le droit de s’auto-analyser… avec l’indulgence qui s’impose. A défaut, la connaissance de ce phénomène essentiel qui est le consentement inconscient que les individus accordent au monde qui s’impose sans bénéfice pour eux, risque de conduire à la critique de la domination !

L’air du temps conduit à s’apitoyer (sans faire grand chose pour autant) sur la pauvreté extrême. Une « classe moyenne » sans frontière engloberait la grande majorité de la population ; au mieux, on la subdivise en une « upper middle class » et une « lower middle class ». Elle est idéalisée : la « moyennisation » d’ensemble permettrait l’épanouissement de la démocratie, en dépit du constat que la démonstration contraire a été faite dans les années 1930-1940 avec le ralliement aux divers fascismes des classes moyennes. Malgré aussi l’appui qu’elles apportent dans les pays du Sud où elles sont apparues aux régimes autoritaires qui leur offrent quelques privilèges (dans la Tunisie de Ben Ali, dans l’Égypte de Moubarak et dans les diverses dictatures que l’Amérique du Sud a connu, au Chili, par exemple).

== Pour comprendre le fonctionnement et les contradiction de notre société, il est pourtant indispensable de savoir qui la dirige et qui en profite effectivement. L’approche de la classe dominante est prudente et discrète. Le simple fait de noter qu’elle est très restreinte et d’analyser ses composantes relève de la subversion ! Ce petit monde est constitué des milieux d’affaires, des hauts fonctionnaires et des politiciens des sommets de l’État et de quelques personnalités médiatisées de toutes disciplines. Ces dominants sont en osmose, proches d’une caste à la fois diverse et homogène. Cette petite communauté est opaque pour tout le reste de la population : on ne connaît pas ses revenus réels ; on n’imagine pas son mode de vie, on ignore les moyens qu’elle emploie pour se pérenniser. Vouloir la rendre transparente (ce qui est un désir rare, car on préfère ausculter avec moins de risque la pauvreté) est assimilé à une agression politique destructrice de l’ordre public et qualifié de populisme anti- élitiste ! Les relations public-privé, argent-pouvoir politique et médias, clés des « réussites » individuelles « doivent » échapper à la transparence et donc à tout contrôle. La corruption (de formes variées) qui y règne échappe souvent aux procédures judiciaires qui s’enlisent faute de détenir les clés probantes. Il est difficile d’en pénétrer la réalité profonde.

Ce petit « complexe politico-médiatico-affairiste » est en effet surarmé. Il a la maîtrise de l’argent, ce qui lui permet d’en acquérir toujours davantage (sauf accident) et d’acheter les hommes qui lui sont utiles ; il dirige les communications, ayant acquis les grands médias, ce qui lui permet de formater les esprits, de fabriquer les leaders, de fixer « l’ordre du jour » et le vocabulaire du débat politique et de faire pression sur leurs comparses au sein de leurs monde ; il produit le droit (sauf exception) et l’interprète à son gré, grâce à ses juristes de cour (les vrais « intellectuels de marché »), et malgré les juges qu’il ne cesse de dénoncer les qualifiant de « rouges », ce qu’ils sont pourtant si rarement !

Tout en ayant pris ses distances vis-à-vis du catholicisme, il conserve des relations solides avec les institutions religieuses. Si la foi est tiède (le laxisme dans le domaine du sexe et de tous les plaisirs est sans borne), le respect affiché vis-à-vis du Pape et de l’Église reste « utilisable », notamment en période de crise. La caste dirigeante veut conserver la capacité de se couvrir de quelques oripeaux de spiritualité.

== On s’étonne que le parcours de nombreuses personnalités soit un cheminement de gauche à droite et pratiquement jamais l’inverse ; on ne saisit pas pourquoi toute victoire progressiste soit rapidement suivie d’un échec et d’une régression générale (Front Populaire, Libération, 1981, etc.) ; on assimile difficilement le fait que toute pensée critique est ultra minoritaire, sauf en d’exceptionnelles périodes. On est surpris de la faiblesse des opposants à ce système pourtant oligarchique.

Le plus surprenant est ailleurs. Il est dans l’existence permanente, malgré tout, d’une action contestataire et d’une réflexion anti-système vivante, alors qu’il est même difficile de savoir quel est le véritable adversaire des droits et du bien-être de la grande majorité ! Cette survie, évidemment insatisfaisante, a toutefois d’autant plus de mérite que les forces de droite et celles de la « gauche » social-démocrate créent une confusion croissante, mêlant leur programme et leur pratique au point qu’ils deviennent indistincts. Ce « mixage » délibéré, résultat de leur échec respectif, vise à la fois à satisfaire le monde des affaires et de séduire le « petit peuple ». Le grand écart et la dissimulation du réel ainsi provoqués ne dérangent aucunement les « partis de gouvernement », même s’ils perdent en route de nombreux adhérents (dont souvent ils n’ont que faire). Le résultat est un brouillard profond jeté sur la vie sociale et politique, conduisant à un discrédit du politique, à un abstentionnisme massif et croissant et à l’extension d’un esprit néo-fasciste dans la population, comme en témoignent les succès du F.N. La progression du F.N dérange davantage la droite (qui tente de lui ressembler) que la social-démocratie. Obsédés d’élections, les socialistes espèrent faire du F.N le principal adversaire au détriment de la droite classique. Ils ne se privent pas cependant d’envisager la possibilité d’une coalition « droite-gauche », qui est d’ailleurs en voie de réalisation locale.

== Ce qui caractérise la pratique constante des dominants, c’est la concentration de tous leurs efforts sur la seule tactique. Qu’il s’agisse de rivalités personnelles, de concurrences claniques, de luttes de partis, les dominants n’ont pas pour arme une stratégie ou un système de valeurs, quoiqu’ils disent. Ils ont simplement la maîtrise de toutes les procédures concevables : leur seule fin, qui est de se pérenniser, se trouve dans le meilleur usage possible des manipulations de toutes natures. A tous les récits, à toutes les idéologies, aux croyances, ils opposent la tactique !

== Cette classe dirigeante parce que dominante, vivant sur une autre planète que celle du reste de la population, a une haute considération pour elle-même et un grand mépris pour ceux qui n’appartiennent pas à cette « élite » autoproclamée. Tous ses membres se sentent les « meilleurs » et se considèrent « irremplaçables » : l’autorité leur appartient naturellement. Ces « Importants », de premier choix, se sont convaincus, comme l’était hier la noblesse d’Ancien Régime, qu’ils sont seuls à pouvoir manier le gouvernail dans tous les domaines, particulièrement dans l’économie. Mais ce ne sont pas tous des héritiers. Nombreux sont des aventuriers du système, style Tapie, qui ont « réussi » à se rapprocher des grands groupes, de type Bolloré ou Bouygues. Le petit monde politique néo-conservateur ou social-démocrate regorge de ces petits « prodiges » dont les sommets de la caste dirigeante ont besoin. Les « mal-nés » qui ont pour seule conviction de profiter à fond du système et qui ont le sens du vent dominant, s’ils savent donner des gages, sont distingués au milieu de la masse des dominés de la « France d’en-bas ». La politique professionnelle est aujourd’hui l’équivalent du rôle que jouaient l’armée et l’Église pour les cadets sans terre de l’aristocratie d’autrefois ! L’origine « populaire » peut être même un atout : ils peuvent « plaire » plus facilement, même s’ils font tout pour s’éloigner du peuple dont ils sont issus ! Ils ont le choix pour leur carrière d’opter pour les différentes droites ou pour la fausse gauche (ce qui n’engage à rien), en restant prêts à se reconvertir si nécessaire pour adhérer à la mouvance la plus rentable. L’opportunisme est leur boussole : elle indique les « valeurs » à la mode qu’il faut promouvoir et surtout les intérêts qu’il ne faut pas égratigner ! Demain, des éléments « frontistes » et « patriotes », évidemment, pourront aussi servir, s’ils n’ont pas d’exigences anti-néo-libérales !

L’aristocratie italienne, malgré son mépris pour les « chemises noires », a conclu un accord avec Mussolini ! Tout comme l’industrie lourde et l’essentiel de la bourgeoisie allemande se sont liées au nazisme hitlérien (après l’élimination du courant « national et socialiste » préoccupé réellement de social). Le patronat français n’était pas à Londres, durant les années 1940-1944, mais à Vichy : il ne s’est manifesté ni contre la Gestapo ni contre la Milice. Il faisait des affaires ! Rien n’exclut demain en France et ailleurs une « recomposition » politique, fédérant tous les courants encore divergents ayant pour trait commun de n’être pas contre le système, c’est-à-dire le capitalisme financier : les castes dirigeantes ont pour tradition de s’accommoder de tous les régimes pourvu qu’ils ne remettent pas en cause leurs privilèges et leur domination. Elles savent rendre la monnaie de la pièce !

== Les castes dominantes pour diriger ont aussi besoin d’ « experts » et d’ « intellectuels » qu’il s’agisse hier d’un « grand » comme Raymond Aron ou d’un « petit » style Zemour ! Aucun système ne peut en effet se passer de ces agents de légitimation.

La lecture de ce qui se produit dans la société ne peut être laissée à la spontanéité des consciences individuelles. Il convient de les « guider » vers les analyses ne remettant rien en cause, y compris en usant de la fausse monnaie intellectuelle sur le marché des idées ! C’est ainsi qu’il faut doctement expliquer que les Français ne sont ni racistes ni xénophobes, malgré les « apparences », à la différence de tous les autres peuples de la planète. Il faut persuader, par exemple encore, que la croissance permet de réduire le chômage quasi-mécaniquement et que la lourdeur du Code du Travail est un obstacle majeur à l’embauche, ce qui exige beaucoup de talent ! Il faut entretenir un « techno-optimisme » fondé sur la croyance que les nouvelles techniques règlent tous les problèmes, y compris sociaux, ce qui rend inutiles les révolutions. Il faut légitimer l’hostilité aux Russes qui sont mauvais par nature, communistes ou pas, incapables qu’ils sont de comprendre la bienfaisance de l’OTAN ! A la différence des États-Unis, champions du monde de la démocratie et de l’ingérence humanitaire, y compris en Irak, qu’il est convenable de toujours admirer, malgré Guantanamo et les trente mille crimes annuels (souvent racistes).

Nombre de journalistes, de juristes et surtout d’économistes (surtout ceux des organismes privés) se bousculent pour offrir une crédibilité au système moyennant leur médiatisation lorsqu’ils ont un peu de talent, donc un certain impact sur l’opinion.

La classe dirigeante n’a besoin en effet que d’une pensée « utile » à court terme, c’est-à-dire ajustée à la logique économique du système mais capable aussi de faire croire qu’il peut satisfaire tout le monde.

L’intellectuel de cour n’a qu’à se couler, en l’enrichissant, dans la pensée commune venant d’en-haut sans faire plus d’écart personnel qu’il n’en faut pour se démarquer des autres et manifester un « quant à soi », ayant la vertu de faire croire au pluralisme. Sa panoplie est standard dans le vide idéologique et l’infantilisme préfabriqués par les grands médias :

Il doit toujours se placer à l’intérieur du système, évalué comme indépassable. Il doit écarter toute recherche des causes aux problèmes qui se posent et se satisfaire d’une analyse descriptive des faits, car toute cause profonde révélée est subversive. Par exemple, l’approche de la pauvreté et du sous-développement doit éviter la recherche de leurs origines.

En tant qu’ « expert », il n’a pas besoin de penser si ce n’est à ce qu’il a intérêt à penser s’il veut rester « expert ». Il n’est chargé que d’expliciter à posteriori les décisions prises « en haut », quitte à renouveler son argumentaire, compte tenu de « l’usure » des explications précédentes. C’est d’ailleurs ce savoir-faire qu’on lui enseigne essentiellement à l’ENA, dans les écoles de commerce et les facultés de droit, chargées de la reproduction de la pensée unique.

Il doit être aussi « moralisateur » : à défaut de pouvoir invoquer la légalité et le droit « trop objectifs » (sauf le droit des affaires concocté par les intéressés eux-mêmes). L’intellectuel de service doit user à fond de « l’humanitarisme-mode ». Il permet de tout justifier, y compris la guerre (« juste », évidemment) et la politique de force, selon les opportunités. Cela offre de la « dignité » aux pratiques les plus « voyous » !

Il doit convaincre que la démocratie se résume à la désignation élective des dirigeants soigneusement pré-sélectionnés par « l’élite » et que toute autre interprétation de ce système politique est d’inspiration marxiste, ce qui est jugé évidemment totalement dépassé.

Enfin et surtout, il doit pratiquer le culte de l’Entreprise, « source de toutes les richesses », agent vertueux de la concurrence « libre et non faussée », au service de l’intérêt général, en particulier des salariés.

Le discours dominant est ainsi globalement affabulateur ; il n’a qu’une visée tactique : séduire, faire diversion, faire patienter, diviser, rassembler, selon les circonstances. Il n’aide pas à comprendre. Il manipule. Il y réussit. Grâce à ses capacités à rebondir sans cesse en sachant prendre le vent.

Dans l’histoire contemporaine, la « pensée » conservatrice a été anti-républicaine avant d’être éminemment républicaine ; elle a été belliciste avant d’être pacifiste et collaborationniste (avec les nazis) puis interventionniste aujourd’hui ; elle a été férocement antisémite avant de devenir pro-israélienne et anti-arabe ; elle a été colonialiste puis promotrice du droit des peuples (contre l’URSS) mais anti-souverainiste (avec l’Europe).

Les néo-conservateurs et la social-démocratie d’aujourd’hui font mieux encore. Ils révèrent les États-Unis (surtout les « Sarkozistes » et les « Hollandais »), comme puissances tutélaires, championnes du renseignement contre leurs alliés ; ils dénoncent Daech, mais pactisent avec ses financiers (argent et pétrole obligent !) et ses inspirateurs (Arabie Saoudite, Qatar) ; ils transfigurent l’Europe des affaires en un vaste projet de paix et de prospérité (malgré ses 20 millions de chômeurs). Dans l’ordre interne, ils applaudissent Charlie et dans le même temps, licencient des humoristes et les journalistes « dangereux » de leurs médias ; ils donnent toujours raison au Médef et toujours tort à la CGT. Ils dénoncent le FN mais lui font une publicité constante. Ils sont pour la démocratie et les libertés, mais tout autant pour un « État fort », comme l’écrit Juppée, capable de les réduire ! Grâce au terrorisme imbécile, ils peuvent instrumentaliser la peur pour leur seul profit !

En dépit du simplisme chaotique de ces positions, les victoires idéologiques s’accumulent. Les dominants subissent parfois des défaites (comme celle du référendum sur le projet de « Constitution » européenne de 2005), mais elles sont rares. Pour les néo-socialo-conservateurs, perdre la guerre contre les dominés est impensable. Tout le jeu est de « s’arranger » entre soi et tous les moyens sont bons !

Le « modèle » étasunien s’impose, qui combine conformisme et diversité, esprit libéral (à New-York) et autoritarisme raciste (au Texas), laxisme et rigorisme, obscurantisme (avec les sectes) et culte de l’innovation, etc.

Les dominants, à quelques cas particuliers près, en réalité, ne font pas de politique ; ils font des affaires et ils font carrière. Il peuvent être tout à la fois, parce que tout ce qui ne relève pas de leur petit monde leur est indifférent:ils peuvent faire dans le « démocratisme » ou dans la violence et la torture (comme durant la guerre d’Algérie). Indifféremment.

Neuilly et le « tout Paris », mobilisés par la course à l’argent, par l’auto-congratulation permanente et les « renvois d’ascenseur » nécessaires, sont loin de toute réalité concrète qui fait le quotidien du plus grand nombre. Comme l’écrit Tomaso de Lampedusa, ils sont prêts à tout, la liberté ou le fascisme, afin que « tout change pour que rien ne change » d’essentiel : leur propre fortune et leur place dans la société.

Ils mêlent dans la société tous les archaïsmes mâtinés de pseudo-modernité : ils font la promotion du « risque » qu’ils ne courent pas, de la peur dont ils ont les moyens de se protéger, du refuge identitaire, dont ils se moquent par esprit cosmopolite, du repli sur la vie privée et l’individualisme, dont ils sont les seuls à pouvoir réellement jouir.

== Nul ne sait l’heure et les modalités de « l’atterrissage » de cette « France d’en-haut ». La prise de conscience de l’échec global de cette oligarchie est une perspective très vraisemblable, tant leur système est à la fois absurde, inéquitable et intellectuellement pitoyable. Mais, disposant de tous les moyens face à ceux qui n’ont pratiquement rien, les dominants peuvent encore prospérer un temps indéterminé, mais en usant de plus en plus de la force brutale. Dans l’attente active que les peuples tournent la page en se mettant au clair sur leur propre volonté, Victor Hugo revient en mémoire : « l’Histoire a pour égout des temps comme les nôtres ».

Janvier 2016

Robert Charvin

Source : Investig’Action

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L’ABSURDITÉ DU SYSTÈME

Posté par 2ccr le 16 janvier 2017

fonctionnaireLe chômage et la précarité est le lot de tous les pays. C’est le système capitaliste qui veut cela. Tant que nous serons assujettis à l’économie de la marchandise, il n’y aura aucun moyen de s’en sortir. D’un côté, la relance dite keynésienne et la redistribution permettrait de limiter les dégâts pour les peuples, mais nous enfoncera dans le désastre écologique; de l’autre côté, la politique monétariste sape nos conditions d’existence matérielle et sociale. Il est préférable, bien évidemment, de prôner une politique économique qui ne détruise pas nos conditions d’existence réelle.

Cependant, le capitalisme est arrivé à ses points de rupture. Les gains de productivité énormes liés à la révolution micro-électronique font que pour produire nous avons besoin de moins de travail humain vivant, ce qui exclut de plus en plus de personnes du procès de production et rend donc un nombre supérieur de personnes non solvables donc ne pouvant acheter les marchandises produites; celles-ci étant plus nombreuses car la productivité, lié à la concurrence, diminue la valeur économique moyenne de chaque marchandise.

 Nous avons donc diminution de la valeur générale de la marchandise car celle-ci contient moins de travail humain vivant, donc production qui augmente pour pallier cette baisse de valeur, mais surproduction ne pouvant être réalisée sur le marché car l’élimination du travail humain vivant diminue la solvabilité d’une grande partie de la population.

C’est pour cela que l’industrie financière a pris le relais il y a 40 ans afin de pallier ces contradictions via la consommation par le crédit et l’endettement et la création de marchandises d’ordre 2 pour « placer » le capital ne pouvant plus être valorisé dans l’économie productive.

 Cette échappatoire arrive à son terme et la contradiction ne peut que se renforcer car les avancées technologiques dans le procès de production détruisent de plus en plus de travail humain vivant ce qui diminue encore plus la valeur économique produite dans la marchandise. Les innovations dans le procès de production ne sont plus compensées par les innovations dans les produits.

 De plus en plus de capital trouve refuge dans l’industrie financière faute de pouvoir se valoriser dans l’économie de production de marchandises. Cette contradiction couplée avec la limite des ressources naturelles et leur destruction fait que ce système apparaît dorénavant pour ce qu’il est: une absurdité.

Avec toutes les forces productives que nous possédons aujourd’hui, il serait facile de fournir les biens et services que chaque être humain est en droit de recevoir à sa naissance et durant toute sa vie. Mais, le capitalisme étant ce qu’il est, c’est à dire faire plus d’argent avec de ‘argent, nous constatons une augmentation des inégalités, de la pauvreté, de la misère, des exclus, des superflus. Ce système ne doit croître exponentiellement s’il veut perdurer, mais en se faisant, il détruit les ressources naturelles, les liens sociaux, fait la guerre au Vivant engendre guerres et conflits, chauvinisme, sexisme, racisme, etc…

Le capitalisme dans sa logique absurde doit conquérir de nouveaux marchés d’où destruction des services publics, transformation en marchandise de tout ce qui peut l’être dont l’être humain, exclusion (non financement) de tout ce qui n’est pas rentable. Nous produisons sous le joug de la valeur travail capitaliste. Ce système est mortifère et nous emmène droit au mur des limites de ce que peut supporter la planète, de l’artificialisation de notre vie par le numérique, de la marchandisation de tout et de tous et du désastre sanitaire qui résulte.

 Est-ce que l’on se pose du pourquoi de telle ou telle industrie? Jamais! Nous sommes soumis, asservis au système techno- scientiste. Il est urgent de revoir le partage des richesses; seulement, la plupart de ces dites richesses sont issues de l’exploitation des plus pauvres et de l’aliénation générale à la marchandise et de la destruction de nos milieux de vie.

 Plus de voitures, plus de bio technologies, plus d’avions, plus de nucléaire, etc… Et ce ne sont pas les prétendues nouvelles technologies qui règleront quoi que ce soit, no le développement durable, ni la croissance verte. Tout cela est bon pour l’attrape-nigaud. Le prétendu progrès n’est jamais questionné! Sommes-nous plus heureux avec plus de gadgets électroniques nous transformant en hommes-machines?

Les partis, quels qu’ils soient, vouent un culte au progrès, à la croissance, à l’innovation au détriment du vivre en tant qu’être humain responsable, autonome. Là est la question fondamentale! Voulons-nous rester des producteurs consommateurs réclamant notre dose de marchandises quotidiennes qui nous permet de survivre dans un monde inhumain?

CYRIL, Voir ses articles

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FILLON ET LE SERVICE PUBLIC : quand la logique comptable cache l’acharnement politique

cerveau

Le 19 décembre, l’Institut Paul Delouvrier publiait son baromètre annuel rendant compte de la satisfaction des usagers des services publics. Où il apparaît qu’une part croissante de français refuse que soient altérées les prestations et est prête pour cela à un effort commun et partagé. Au même moment, François Fillon et les siens s’avéraient bien en peine d’expliciter leur volonté de supprimer 500.000 emplois publics sauf à mettre à terre l’édifice républicain et social issu du Conseil National de la Résistance. De Delouvrier à Fillon, l’héritage gaulliste fait décidément le grand écart.

Le baromètre de l’Institut Paul Delouvrier est une mine pour qui accepte d’en déchiffrer les codes. Ainsi, il est saisissant de constater qu’une fois encore, un fossé existe entre la satisfaction des usagers des différents services publics en 2016 (69% !) et l’opinion positive (37%) qu’ils peuvent en avoir, soit une différence de 32points ! De l’objectif au subjectif, du concret au discours dominant, il existe un canyon que la veine libérale s’est attelée à creuser et qu’elle entend continuer à emprunter nonobstant les attentes de nos concitoyens. François Fillon en est l’exemple éclatant avec sa proposition dogmatique de supprimer 500.000 emplois publics à l’échelle du quinquennat.

Avant même que d’examiner les modalités concrètes d’application et leurs conséquences sur le service public, il faut prendre cette annonce pour ce qu’elle représente, un phare dans la bataille culturelle engagée par les libéraux. En dépit des signaux envoyés par les français, ou plutôt justement contre eux, François Fillon se raccroche de manière assumée au processus contraint de construction d’une volonté collective, c’est-à-dire de transformation profonde du sens commun et des formes de subjectivité. Alors que cette bataille pour l’hégémonie culturelle est en train de basculer après 30 ans de déferlante libérale, François Fillon s’accroche et se pose en gardien du temple pour préserver l’ancien monde. Sa légitimation par la primaire de la droite était à ce prix. Il est pourtant déjà trop tard : les usagers non seulement se rendent compte mais donnent acte que les services publics fonctionnent, et même plutôt bien. Ce qui ne fonctionne pas, c’est le jeu politique normal, celui qui cherche à occulter le réel pour le faire passer dans l’entonnoir de la pensée unique. La crise de régime n’est pas la crise de l’Etat.

Car la demande de service public s’est accrue en 2016. Les français sont de moins en moins nombreux à souhaiter que leurs impôts baissent si cela doit se traduire par une altération des prestations nous indique le baromètre : -10% en un an, à 55% contre 65% l’année précédente. Le besoin de service public augmente tandis que baisse la demande d’économies solitaires. Pourtant, le service public sera frappé indistinctement. Selon Serge Grouard, chargé du programme de François Fillon, les suppressions de postes  « seront réparties de manière à peu près homogène. » C’est sûrement cela qu’ils appellent l’égalité à droite…

Il faut dire que supprimer 500.000 emplois publics, fonctionnaires et contractuels, « cela représente une baisse des effectifs de 9% » (entre 5,4 millions et 5,6 millions d’agents en comptant les contrats aidés) de l’aveu même d’Eric Woerth qui a depuis la primaire intégré l’équipe Fillon. Ceux-ci sont répartis entre  2,4  millions d’agents pour la fonction publique d’Etat, 1,9 millions pour la fonction publique territoriale et 1,1 millions pour la fonction publique hospitalière. François Fillon annonce vouloir jouer sur deux leviers pour parvenir à de telles coupes claires : le non remplacement des agents partant à la retraite et l’augmentation de la durée du travail. Examinons l’un et l’autre.

Pour ce qui est du départ à la retraite des fonctionnaires, on peut l’estimer au regard des chiffres des dernières années à environ 120.000 départs par an. Faisons le compte. Si sur la durée du quinquennat François Fillon s’engage à supprimer 500.000 postes, cela signifie qu’il entend ne remplacer qu’un fonctionnaire sur six partants à la retraite. Vous avez aimé le duo Sarkozy-Fillon qui ne remplaçait qu’un fonctionnaire sur deux partants à la retraite ? Fillon tout seul c’est trois fois pire !

Mais le détail entre les fonctions publiques mérite aussi qu’on s’y arrête. Car là où Nicolas Sarkozy avait concentré le feu sur la fonction publique d’Etat, François Fillon entend s’en prendre pareillement eux trois fonctions publiques. Là où le baromètre de l’Institut Paul Delouvrier fait apparaître clairement le souhait de voir préservé le budget de la santé, on constate que c’est pourtant par-là que François Fillon a annoncé vouloir commencer, en mettant à mal la sécurité sociale, et désormais en poursuivant la saignée des effectifs dans la fonction publique hospitalière. Le pro rata « homogène » de Serge Grouard conduirait à environ 100.000 suppressions de postes au sein de celle-ci alors même que les activités de l’Hôpital progressent de manière mécanique de 1,5 à 2% l’an. Comment y parvenir alors sinon en fermant carrément des établissements ? C’est bien ce que François Fillon suggère, lui qui parle dans son programme de « rationnalisation de la carte hospitalière » et de « reconversion d’établissements ». Moins de fonctionnaires, c’est donc une carte du service public plus diffuse et de fait l’abandon de l’ambition d’égalité entre les territoires.

La fonction publique territoriale ne sera d’ailleurs pas en reste. Avec ses 1,87 million d’agents elle représente 35% des effectifs de la fonction publique. François Fillon entend s’inspirer de François Hollande qui, en réduisant année après année les dotations des collectivités, a conduit à infléchir leurs effectifs. Le voilà qui de son côté entend poursuivre dans cette voie en passant avec elles un « contrat territorial » : l’Etat contractualiserait l’austérité contre moins d’emploi public, moins de droits et des traitements à la baisse pour les agents et le recul du service public comme l’énonçait François Fillon au Mans le 1er décembre : « On peut faire beaucoup d’économies, y compris sur l’emploi public (…) Je veux passer avec les collectivités locales des contrats de cinq ans, dès le début du quinquennat. On met tout : les économies qu’on va continuer à vous demander, la baisse des normes et des contraintes administratives qui pèsent, les charges insupportables (…) On met de la liberté sur la gestion des personnels, on met de la liberté sur votre organisation (…) ». Un modèle perdant-perdant pour les collectivités, les usagers et les administrés. Et au final la démocratie, les économies escomptées devant se faire par des mutualisations imposées à coup d’intercommunalité au détriment de la souveraineté communale.

L’autre levier concerne le travail des agents et donc le service rendu. Dans son programme, François Fillon ne s’en cache pas : « Porter à 39 heures le temps de travail des fonctions publiques qui devront montrer l’exemple, avec une compensation financière partielle et de meilleures perspectives de carrières. J’ai évoqué l’objectif de réduire de 500 000 les effectifs de la fonction publique en 5 ans. Ce chiffre correspond à l’augmentation du temps de travail. Il est aussi en ligne avec les réformes conduites au Royaume-Uni et en Allemagne qui ont permis le retour au plein emploi ». Laissons aller la comparaison dépourvue de sens avec les autres pays européens qui témoigne simplement de l’alignement filloniste avec la doxa bruxelloise. Selon l’économiste Olivier Passet interrogé par le peu marxiste journal La Tribune : « On se leurre sur le sureffectif public. Certes le poids de nos rémunérations publiques est important. Mais lorsqu’il ne l’est pas chez les autres, il faut alors s’interroger sur le poids de la sous-traitance, qui n’est rien moins qu’une embauche indirecte, comptabilisée en consommation intermédiaire, dont on aurait tort de penser qu’elle est systématiquement plus efficace et moins coûteuse pour le citoyen. D’emblée, la position française paraît bien moins atypique. Cela n’interdit pas de s’interroger sur l’écart considérable qui nous distingue de l’Allemagne, par exemple. Ensuite, il faut rapporter le nombre d’agents à la population. Ce que l’on ne sait pas bien faire, car les statuts sont très variables d’un pays  à l’autre. Néanmoins l’extravagance française paraît bien moins extravagante. Surtout si au lieu de se centrer sur les fonctionnaires, on se focalise sur l’emploi que mobilisent les différents pays sur les grandes fonctions de l’État, indépendamment de du statut privé ou public : dans l’administration, la santé, l’éducation, l’action sociale notamment, il apparaît immédiatement que la France n’est pas mieux dotée  en ressources humaines que les autres, et même plutôt moins bien loties que beaucoup d’autres grands pays ». Concentrons-nous plutôt sur la « compensation financière » dont le plus important est le terme « partielle » qui y est accolé. Car François Fillon entend en parallèle réaliser 15 milliards « d’économies » ce qui signifie clairement que les 39h ne sauraient être payées 39h. C’est donc le salaire horaire des fonctionnaires qui va baisser, sans doute pour gage de leur meilleur taux de productivité dans les études européennes que François Fillon aime tant vanter !

Là où François Fillon veut détruire l’Etat comme l’analyse Jean-Luc Mélenchon, c’est le baromètre publié par l’Institut qui entend mettre ses pas dans ceux du gaulliste Paul Delouvrier, ancien résistant et chef de la division financière du commissariat au Plan (la planification, le méchant mot que voilà !), qui vient contredire le bien-fondé de son programme. Celui-ci ne correspond ni à une attente des français, ni à un besoin de notre pays. Son annonce comme sa mise en œuvre se réduiraient à une démonstration idéologique pour continuer à laisser s’abattre la chape libérale, maintenir les esprits à terre sous le poids du mensonge des dominants et empêcher le peuple de relever la tête. L’affaire n’est pas que comptable. Elle est d’abord politique. Et n’en déplaise aux politiciens qui ressassent les idées de la fin du XXème siècle comme François Fillon, c’est désormais d’Un avenir en commun auquel notre pays aspire.

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REVENU DE BASE OU SALAIRE JUSTE ?

Posté par 2ccr le 12 janvier 2017

 afin6793985Le débat sur le revenu de base a au moins un mérite : celui de rappeler qu’il existe un certain consensus en France sur le fait que chacun doit disposer d’un revenu minimum. Les désaccords existent sur le montant : 530 euros par mois actuellement pour le RSA accordé aux personnes seules sans enfant, somme que certains trouvent suffisante, et que d’autres voudraient porter à 800 euros.

Mais chacun à droite et à gauche semble s’accorder sur l’existence d’un revenu minimum autour de ce niveau, en France comme d’ailleurs dans de nombreux pays européens. Aux Etats-Unis, les pauvres sans enfant doivent se contenter de bons alimentaires (les « food stamps »), et l’Etat social prend souvent la figure de l’Etat tutélaire voire carcéral. Il faut se féliciter de ce consensus, et en même temps on ne peut pas s’en contenter.

Le problème du débat sur le revenu de base, c’est qu’il passe le plus souvent à côté des vrais enjeux, et exprime à dire vrai une conception au rabais de la justice sociale. La question de la justice ne s’arrête pas à 530 euros ou 800 euros par mois. Si nous voulons vivre dans une société juste, alors il faut formuler des objectifs plus ambitieux, concernant l’ensemble de la répartition des revenus et de la propriété, et par là même la répartition du pouvoir et des opportunités.

Notre ambition doit être celle d’une société fondée sur la juste rémunération du travail, autrement dit le salaire juste, et pas simplement le revenu de base. Pour aller vers le salaire juste, il faut repenser tout un ensemble d’institutions et de politiques complémentaires les unes des autres : les services publics, et notamment l’éducation ; le droit du travail et des organisations ; le système fiscal.

 Il faut d’abord s’en prendre aux hypocrisies de notre système éducatif, qui trop souvent reproduit voire amplifie les inégalités. C’est vrai dans l’enseignement supérieur. Les filières universitaires les plus fréquentées par les étudiants défavorisés sont massivement sous-dotées par comparaison aux filières élitistes. La situation n’a fait que s’aggraver, si bien que des générations entières s’entassent aujourd’hui dans des amphis saturés.

C’est vrai aussi dans les écoles et collèges. Les établissements défavorisés ont en pratique bien plus d’enseignants contractuels et peu expérimentés que les autres, si bien que la dépense publique effective par élève y est en réalité plus faible qu’ailleurs. Faute d’une politique transparente et vérifiable d’allocation des moyens, on s’est contenté de stigmatiser des établissements en les classant en ZEP, sans augmenter leurs moyens, alors qu’il faudrait faire l’inverse.

Si l’on ajoute à cela que rien n’est fait pour promouvoir la mixité sociale, et qu’on laisse le privé recruter qui bon lui semble tout en bénéficiant des fonds publics, on est très loin de l’égalité d’opportunité vantée dans les slogans publicitaires des programmes électoraux.

 Pour aller vers le salaire juste, il faut également cesser de dénigrer le rôle des syndicats, du salaire minimum, des échelles de salaire. Il faut repenser le rôle donné aux représentants des salariés.

Dans les pays où ils jouent un rôle actif dans les conseils d’administration – entre un tiers et la moitié des voix en Suède et en Allemagne – on observe des échelles salariales plus resserrées, un plus grand investissement des salariés dans la stratégie des entreprises, et pour finir une plus forte efficacité productive.

Et rien n’interdit de penser des formes inédites de partage du pouvoir, en faisant élire les administrateurs par des assemblées mixtes de salariés et d’actionnaires (pour aller au-delà du jeu de rôle entre administrateurs salariés et actionnaires et de la majorité automatique de ces derniers).

Pour limiter le pouvoir du capital et sa perpétuation, le système fiscal doit lui aussi jouer tout son rôle, notamment au travers de l’impôt progressif sur la propriété, qui permet de transformer le droit de propriété en simple droit temporaire, au moins pour les plus fortes détentions patrimoniales, de même que les droits de successions mais à l’intérieur de la vie. Au lieu de cela, la droite veut supprimer notre maigre ISF, qu’il faudrait au contraire rapprocher de la taxe foncière, afin de réduire cette dernière pour les petits propriétaires.

 Enfin, l’impôt progressif sur le revenu doit contribuer au salaire juste en réduisant les écarts de revenus au strict minimum. L’expérience historique montre que les taux marginaux élevés sur les très hauts revenus – 82% en moyenne de 1930 à 1980 aux Etats-Unis – ont permis de mettre fin aux rémunérations astronomiques, au plus grand bénéfice des salaires moins élevés et de l’efficacité économique.

Dernier point : avec le prélèvement à la source, l’impôt progressif permet de verser directement sur le bulletin de paie le revenu de base dû aux bas salaires. Actuellement, un salarié employé au SMIC à plein temps touche un salaire net de 1150 euros, après déduction de 310 euros de CSG et cotisations de son salaire brut de 1460 euros. S’il en fait la demande, il peut plusieurs mois plus tard toucher l’équivalent de 130 euros par mois de prime d’activité. Il serait hautement préférable de réduire le prélèvement à la source et d’augmenter d’autant le salaire net.

Pour la même raison, je comprends mal ceux qui s’obstinent à vouloir verser un revenu de base de 500 euros par mois aux personnes touchant 2 000 euros de salaire, pour ensuite reprendre la même somme en augmentant leurs impôts prélevés à la source.

 Il est temps que le débat sur la justice s’intéresse aux bonnes questions.

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