La France croule sous le poids de ses 600 000 élus

La France n’a pas de pétrole, mais elle a des élus, beaucoup trop d’élus rappelle le Cri du Contribuable. Avec 600 000 élus en France, c’est quasiment 1% de la population qui est concernée (record mondial), mais l’ensemble de la population qui en paye les frais.

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Macron serait censé réhabiliter la gauche…

La politique d’EM est tellement vouée à servir les riches et les premiers de cordée -contrairement à l’image que veut se donner l’Élysée- qu’elle organiserait la rupture avec ses soutiens les plus modérés et organiserait de fait le retour en grâce -malgré elle- d’une prétendue « gauche de gouvernement » en perdition. Telle est la vision de nombre d’’observateurs qui se veulent avertis. Mais qu’en est-il en réalité? Dans la foulée de son élection à la présidence de la République, Emmanuel Macron avait voulu endosser le traditionnel costume de la réforme. La réforme pour le bien collectif, ça va de soi! Ni de droite, ni de gauche, de droite et de gauche nous disait-on alors. Peu à peu, comme une seule plume, les éditorialistes et autres commentateurs se sont interrogés, prenant l’air incrédule, sur le sens exact des mesures annoncées. Puis par effet d’accumulation, l’interrogation a laissé place à la perplexité. Comme si quelque chose ne tournait pas rond. Pourtant, à bien y regarder, Emmanuel Macron et son gouvernement assument ce que le candidat avait promis, avec zèle, c’est le moindre que l’on puisse dire. Il ne s’agit pas de réformes à proprement parler, mais de contre-réformes qui touchent au fondement même de la république.
La contre réforme ou la révolution conservatrice jupitérienne
Le « nouveau monde » macronien se résume à l’application des « réformes libérales », dans le cadre spécifique de la nation française, qui ont été imposées ici et là depuis les années 80 avec l’offensive reaganienne au USA et thatchérienne en Grande Bretagne. L’actualité politico sociale a été occupée ces dernières semaines par l’offensive menée contre la SNCF. Dans la méthode, « Jupiter » a cherché une victoire politique en infligeant, comme Reagan l’avait fait en son temps avec les aiguilleurs du ciel, ou Thatcher avec les mineurs, une défaite cinglante, humiliante, définitive au camp adverse. En coulisse, même si les apparences sont sauves pour le gouvernement et s’il serait absurde de parler de victoire des cheminots comme le feront sans nul doute la CFDT et l’UNSA pour tenter de siffler la fin de la partie, des concessions ont été imposées au gouvernement, limitées mais réelles: en cas de transfert des cheminots de la compagnie nationale vers les compagnies privées dans l’hypothèse d’une cession du contrat d’exploitation sur certaines lignes, sont stipulés le maintien des avantages salariaux, le droit constitutionnel au retour, la priorité au volontariat. Le capital de l’entreprise est déclaré « incessible » ce qui n’arrange pas la volonté de privatiser. La reprise par l’état d’une partie de la dette est prévue, comme le droit des cheminots sécurisés par une convention collective négociée pour l’ensemble de la branche contrairement au principe de « l’inversion des normes » inscrite dans la réforme du code du travail.

Évidemment il ne s’agit en rien d’une victoire. Sur le statut et sur ce qui sous-tend le service public à proprement parlé, le gouvernement n’a pas reculé. A travers la SNCF, la démonstration est faite que tous les services publics peuvent se trouver menacés. Mais même si les stratégies mises en avant par les opposants à Macron n’ont pas été synonymes de succès, la convergence des luttes étant plus idéologique que réelle dés lors que le seul axe possible de la convergence, « Macron dehors », n’a pas été partagé, le gouvernement n’est pas parvenu à écraser la contestation sociale qui demain trouvera les moyens de ressurgir sur une question ou une autre. Les sujets ne manquent pas.

Dans tous les domaines le gouvernement ouvre en effet le front. A titre d’exemple, « la loi littoral » est jugée trop contraignante et donc libéralisée, sans doute au grand bénéfice de quelques spéculateurs immobiliers amis du pouvoir. « Les aides sociales » doivent être réformées puisqu’accusées d’être une trappe à chômage, les chômeurs étant dans une situation de pauvreté et de désœuvrement par plaisir, c’est bien connu, à cause des quelques indemnités qui leur permettent de ne pas totalement sombrer. Les règles de cession des HLM doivent être assouplies avec le projet de loi ELAN qui vise à la vente massive de HLM, cela au détriment évidemment des familles qui ne peuvent avoir accès au parc privé….
Un pouvoir autoritaire et une démocratie menacée
Toutes les réformes présentent la caractéristique d’un passage en force, dans la négation des corps intermédiaires et des rapports sociaux normalisés. Les textes ne sont pas discutés en amont, mais présentés une fois ficelés, pour approbation. Il en a été ainsi de la réforme du code du travail et de l’usage des ordonnances, de même pour la réforme de la justice, de l’enseignement, de la SNCF… Le mépris à l’encontre des organisations syndicales, et à travers elles des salariés et ouvriers concernés, est à la hauteur des mesures prises, de leur violence réelle ou symbolique. La réforme fiscale au profit des plus riches, la réduction annoncée de la dépense publique, la baisse du nombre de fonctionnaires, les projets concernant la protection sociale et les pensions, s’inscrivent dans une continuité historique et un souci permanent de privilégier le capital au détriment du travail. Les « premiers de cordée » et la théorie du « ruissellement » n’ont pas grand chose d’original. Jacques Attali, ancien conseiller et éminence grise de François Mitterrand dans les années 80-90, avait déjà mis à l’ordre du jour toutes ces fadaises dans la commission portant son nom, commission dont le secrétaire n’était autre que le jeune et prometteur inspecteur des finances, Emmanuel Macron.

La nature même du pouvoir d’Emmanuel Macron mérite discussion. Dans un article sur notre site « la sociale », « Macron et sa société du 10 décembre » qu’on trouvera à l’adresse suivante
http://la-sociale.viabloga.com/news/macron-et-sa-societe-du-10-decembre, j’indiquais notamment la tendance bonapartiste du pouvoir élyséen.

« Dans le Le 18 brumaire de L. Bonaparte, Marx indique, avec un sens de la formule qui a permis de traverser les siècles: « Hegel fait quelque part cette remarque que tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois. Il a oublié d’ajouter : la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce. Caussidière pour Danton, Louis Blanc pour Robespierre, la Montagne de 1848 à 1851 pour la Montagne de 1793 à 1795, le neveu pour l’oncle » .

Tout en nous gardant, à l’image de certains épigones de Marx, de chercher de façon dogmatique une vérité absolue dans des formules qui sonnent bien, nous pouvons constater que « la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce » trouve un vaste champ d’application sous nos yeux.

Ne pourrait-on en effet, par bien des aspects, évoquer par exemple Macron pour Louis Napoléon Bonaparte, le neveu par lequel Marx termine sa liste? N’est-ce pas dans cette lignée que le pouvoir actuel avance inlassablement, reproduisant sous la forme d’une farce -farce elle-même tragique par bien des aspects- des mesures politiques et un mode de domination qui rappellent le bonapartisme?

Emmanuel Macron, son gouvernement, sa majorité rejouent sans sans fard ni retenue l’autoritarisme, le mépris, la violence qu’ont toujours fait peser sur la collectivité les pouvoirs installés à la tête de la 5ème république, pouvoirs bonapartistes cherchant perpétuellement les mêmes recettes à travers les temps.

Le régime actuel, sous couvert de modernisme alimenté comme un mantra satanique par la presse main stream unanime, ne fait en réalité que répéter à sa manière les tares du passé ».
La gauche à la rescousse? Une foutaise!
Dans ce contexte, il ne faut pas moins d’un sondage pour permettre à la presse de spéculer sur un retour souhaité d’un affrontement classique droite gauche. L’institut Elabe pour « les Echos » et « Radio Classique » révèle en effet que si la popularité d’Emmanuel Macron reste globalement stable, elle s’accroit auprès des électeurs de François Fillon lorsqu’elle diminue sensiblement auprès de tous les autres. L’ancien électorat « socialiste » et « écologiste » notamment serait le plus enclin à montrer « une certaine déception » et à regretter le vote émis lors de la dernière présidentielle. Sondage qui semble logique tellement « le président des riches » apparait pour ce qu’il est, et qu’il ne cherche d’ailleurs pas à cacher.

Un an environ après l’élection présidentielle, quelle leçon en tirer?

D’abord le caractère profondément antidémocratique des institutions de la 5ème république qui font de l’élection présidentielle une formalité au deuxième tour dés lors que le Front National y est représenté. C’est de plus avec une infime partie du corps électoral sur son nom, au premier et au deuxième tour, que le président impose une politique de saccage à toute la société.

Ensuite, la faillite du système, précisément appelé de leurs vœux par les éditorialistes de la « gauche » BCBG, apparait au grand jour. Le clivage droite gauche est de plus en plus un attrape-couillons. N’est-ce pas la gauche représentée par le PS hier, cette fameuse gauche de gouvernement réclamée par tous les partisans d’une alternance au nom de la stabilité, qui a produit le désastre auquel nous assistons? Et n’est-ce pas toujours au nom de la gauche que les pires politiques contraires aux intérêts des salariés, des ouvriers, des retraités, des jeunes, sont inaugurées, laissant le terrain libre aux forces ouvertement à la solde du capital qui n’ont plus qu’a parachever l’œuvre entamée.

Enfin, la situation exige un appel à rassembler pour toute force qui se veut une solution d’alternance au pouvoir en place. Seul le programme peut prétendre avancer dans cette direction, un programme dont quelques points clés devraient constituer le socle d’un rassemblement majoritaire, permettant de regrouper tout autant les « cocus » déçus de la Macronie que les révoltés ou égarés qui hier votaient Le Pen pour faire entendre une voix trop longtemps ignorée. Les élections européennes qui s’annoncent ne devraient-elles pas constituer un tremplin permettant d’en appeler largement au plus grand rassemblement en tournant le dos à toutes les tambouilles appelées de leur vœu, tant par la gauche, harmonistes ou PCF, que la gauche de la gauche? Le programme pour s’adresser à tous, s’ouvrir à tous. Un appel au rassemblement qui exige de dire clairement où aller pour affronter la crise politique et économique qui après l’Italie, dernier pays en date à en connaitre les soubresauts, ne manquera pas d’atteindre l’ensemble du continent européen.

Depuis plus de 10 ans, à chaque occasion, sous des formes plus ou moins semblables -référendum, élections générales, élections européennes,…- les peuples expriment les mêmes exigences. Seul le terrain laissé libre à « l’extrême droite » ici, aux forces dites « nationalistes » ou « souverainistes » là, leur permet de capitaliser des aspirations populaires des plus légitimes.

L’aspiration à la souveraineté d’abord. La souveraineté populaire qui est indissociable de la Nation. Toute tentative de vouloir y substituer une prétendue souveraineté européenne est absurde car s’il existe des peuples en Europe, des histoires, des trajectoires, il n’existe pas de peuple européen, pas plus de nation européenne. La souveraineté nationale, que les italiens ont défendu dans les dernières élections avec les outils qui étaient à leur disposition, est contradictoire à tout morcellement ou abandon tels que le désirent l’UE et ses têtes d’affiche, Juncker, Macron ou Merkel.

L’aspiration à la paix et à la liberté ensuite. Alors que l’UE est constamment présentée comme l’Europe, elle n ‘est qu’une construction politique pour asseoir des intérêts et un pouvoir contradictoire aux intérêts des peuples. A l’UE il s’agit d’opposer l’union libre consentie librement par des peuples libres et souverains. L’union libre sur les principes de paix qui exigent donc la sortie de l’OTAN, l’abandon et la condamnation de toutes les variations sur le thème de l’Europe de la défense qui n’est autre que la préparation d’une Europe de la guerre.

L’aspiration à la liberté politique mais aussi économique qui passe par la rupture avec l’Euro, véritable carcan, et sa transformation de monnaie unique en monnaie commune, permettant donc à chaque nation de retrouver sa souveraineté monétaire et à chaque pays de retrouver une monnaie qui lui soit propre. La liberté économique qui à l’image d’Airbus hier devrait donner la possibilité de mettre en place des coopérations industrielles, agricoles ou écologiques entre nations qui décideraient librement de s’y engager.

L’aspiration à l’égalité dans les relations, dans les coopérations, dans la reconnaissance de la souveraineté des peuples, de leur droit à décider pour eux-mêmes de leur propre destinée…

Ce que disent les peuples, c’est une volonté que rien ne semble pouvoir entraver, de retrouver leur souveraineté et pour cela de rompre avec l’UE, la BCE, la commission européenne, les politiques contraires à leurs intérêts qui sont dictées… Telle est la trajectoire. Un large rassemblement n’a donc rien à voir avec la gauche ou la droite mais tout à voir avec les réponses politiques claires qu’il s’agit de formuler sur quelques préoccupations simples, en rupture avec des clivages « gauche-droite » plus artificiels que réels…

Jacques Cotta
Le 10 juin 2018

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Où en sommes-nous ?

Pour mener une bataille, la première chose à faire est de procéder à une appréciation aussi exacte que possible des forces en présence, celle des adversaires autant que celles des nôtres. Faute de cette appréciation lucide, on risque fort de remplacer la stratégie par l’incantation, les espoirs insensés faisant souvent place aux désespoirs tout aussi insensés.

Rappelons tout d’abord que Macron et sa majorité ne sont pas les produits d’une vague de fond, d’un soulèvement centriste néolibéral, mais d’une série de carambolages dont certains ont su tirer avantage. On se souvient qu’il a fallu liquider Fillon pour que Macron commence à percer. Il a fallu mettre en scène la menace lepéniste et organiser le naufrage du PS. Sans doute n’y a-t-il pas derrière tout cela un grand complot, mais l’ensemble des coïncidences heureuses pour Macron est suffisant pour susciter la réflexion… d’autant que 90% de la presse a œuvré très vite pour la victoire de Macron – 90% des titres mais pas 90% de journalistes, lesquels ne doivent pas être assimilés outre-mesure à leurs patrons. La politique de Macron ressemble comme deux gouttes d’eau à celle que proposait Fillon, mais Macron a su agglomérer autour de lui les cheveaux de retour du centrisme, toutes baronnies socialistes corrompues, les traîtres de la droite qui sont venus à la gamelle au premier coup de sifflet et toute une armée d’idiots utiles, de stratèges en chambre et autres petits bourgeois apeurés. Tout cela, en prenant appui sur les institutions antidémocratiques de la Ve République a donné au président actuel les moyens institutionnels de gouverner. Mais cela ne fait pas une majorité, ni un bloc social cohérent. Sondage après sondage, il apparaît que Macron n’est pas populaire. Les bonnes opinions en faveur de Macron sont en gros proportionnels aux revenus, mais gros et très gros revenus ne sont pas majoritaires en France. Ses réformes suscitent l’hostilité, d’abord chez les citoyens concernés (94% d’agents de la SNCF contre la réforme) mais aussi plus largement dans la population. Taper dans les retraites pour financer les actifs (c’est-à-dire en fait les baisses de « charges » patronales) puis proposer une nouvelle journée de « solidarité » (cette raffarinade) pour aider les retraités et surtout alléger la terrible charge qui pèse sur les malheureux riches, rebaptisés « premiers de cordées », rien de tout cela ne susciter l’adhésion. C’est au contraire un rejet profond, une haine silencieuse qui se développe dans tout le pays contre l’arrogance et la suffisance de celui qui se prend pour Jupiter et de son armée de petits marquis si représentatifs de ceux qu’Emmanuel Todd nomme « crétins éduqués ».

Pour autant, il n’y a nulle vague populaire, pas de marée, par de tsunami… Macron a réussi à faire sa loi travail sans trop d’encombres. La réforme du lycée, une réforme de très grande ampleur, ne suscite que des mouvements très limité. La réforme de la SNCF risque fort de passer au fur et mesure que le nombre de grévistes diminue. Les lycéens n’ont pratiquement pas bougé faceà « parcoursup » et la mobilisation des étudiants est restée très limitée, les blocages n’étant rien d’autre que la manifestation de l’impuissance de « l’avant-garde » à convaincre la masse. Face à cette situation, que tout travailleur peut vérifier sur son lieu de travail, tout étudiant dans sa fac et tout cheminot qui fait le compte des grévistes et des non-grévistes, on entend des discours qui ne convainquent que les convaincus, des envolées lyriques annonçant le grand soir pendant que les gens de la moyenne, ceux qui vivent en dehors du monde des militants, retournent chaque petit matin travailler comme d’habitude…

Les initiatives de la France Insoumise depuis la rentrée 2017 ont été honorables. Mais elles n’ont jamais débordé le cadre restreint des militants, des militants de la FI, des militants de gauche fidèles à ceux que fut (dans leur esprit) la gauche, des militants syndicaux les plus engagés. On peut dénoncer les chiffrages de la police et des médias : quand on annonce 39700 manifestants, c’est un peu ridicule. Pourquoi pas 39721 ? ça manque de précision. Et sans doute les compteurs qui ne peuvent que fournir une fourchette fournissent-ils de préférence la fourchette basse. Mais tout de même : entre 30000 et 150000 annoncés le 23 septembre, la vérité est plus proche du premier chiffre que du second. Ainsi la place de république a une superficie de 3,4 ha. Si on place un manifestant au m², cela fait 34000 manifestants quand la place est pleine. Mais la place était loin d’être pleine et si on tient compte qu’une partie de la manifestation était encore sur les boulevards quand les discours ont commencé, on concédera qu’une fourchette située en 30.000 et 40.000 est raisonnable. Je suis prêt à concéder 50.000 aux plus enthousiastes mais on est très loin du chiffre annoncé par la direction de LFI. Avec la « fête à Macron », le 5 mai, à l’initiative de François Ruffin on est dans les mêmes ordres de grandeur. Pour les manifestations du 26 mai, on a de bonnes raisons de supputer que le chiffre de 280.000 est obtenu par les méthodes de gonflage et qu’un bon 100.000 dont 40.000 à Paris c’est une estimation correcte. Et il ne faut pas compter sur le CGT

Malheureusement, la très mauvaise habitude d’inventer des chiffres fantaisistes de manifestants est enracinée ! On avait l’habitude de dire dans les années 70 « Mutualité pleine : 5000 participants », mais il n’y avait que 1732 places assises (1789 à l’origine) et même en tassant des participants dans les allées on n’a jamais dépassé les 2500… Mais tout cela n’est pas sans importance politique : le gonflage des chiffres fait croire que la victoire est toute proche et certains d’exprimer les sentiments du peuple tout entier les militants s’enferment dans leurs discours triomphalistes et oublient la tâche qui est précisément de convaincre les non-convaincus qui sont de loin la grande masse. Deuxième effet pervers : on fait apparaître comme médiocres des mobilisations qui prises en elles-mêmes sont plutôt honorables et tout cela empêche de saisir la dynamique des forces réelles : après tout le 26 mai, à l’appel de 50 organisations, associations et syndicats ne font pas beaucoup plus que la France Insoumise seule… Il faudrait en tirer des leçons politiques.

Dans l’appréciation de la réalité, il faut aussi prendre en compte d’autres données plus importantes encore. On sait que Macron n’est pas très bien élu : 24% au premier tour et 66% d’une faible participation au second tour. Et LREM remporte les législatives avec une abstention record. Mais cette abstention indique aussi que les citoyens ne font confiance à personne et pas plus à « l’opposition ». Les bons résultats électoraux de Mélenchon ne peuvent faire oublier qu’il est arrivé en quatrième position et que les candidats de la FI n’ont obtenu aux législatives que des réussites mitigées. Les partielles ont d’ailleurs confirmé cette analyse : nulle part, sauf en Guyane, la FI n’a été en mesure d’inquiéter les sortants et ce sont LR et le PS qui ont profité de la déconvenue des LREM.

L’évolution du « paysage » syndicale ajoute à ce tableau en demi-teintes. Les syndicats semblent de plus en plus loin de la « base ». La position de la CGT s’est singulièrement érodée. Elle n’a guère plus de 400.000 adhérents et se situe dorénavant derrière la CFDT dans les élections professionnelles. Si FO a progressé dans la fonction publique, c’est plus par l’adhésion à FO de certains syndicats autonomes (comme le SNETAA dans l’enseignement technique ou le syndicat de la police) que par la progression propre du mouvement syndical. À l’Université, l’UNEF, discréditée par ses liens avec le PS, travaillée par les islamistes, est à l’agonie.

Tenir lucidement compte de l’état des forces, ce n’est pas sombrer dans le pessimisme. Personne n’a besoin de contes rassurants pour combattre. En revanche, prendre en compte l’état réel des forces oblige à réfléchir à deux questions :

1) Quelle stratégie pour prendre le pouvoir et opérer cette révolution citoyenne appelée de ses vœux par le candidat Mélenchon ? Une stratégie, c’est à la fois un objectif politique et des alliances.

2) Quelle force politique construire, qu’on la nomme parti, mouvement, ligue, rassemblement ou tout ce que l’on voudra, cela ne change rien. Faut-il ou non développer des organisations de base qui vont permettre d’élaborer une vision commune de l’avenir, de coordonner systématiquement l’action en vue de reconquérir l’hégémonie au sens de Gramsci.

Tant qu’on ne cherche pas à répondre à ces questions, on est plus ou moins condamné à des discours incantatoires, mais la magie du verbe n’a qu’un temps, ou à flotter entre des stratégies contradictoires, soit le retour au bloc des gauches, à la gauche vraiment à gauche et autres formules confusionnistes de la même farine, soit la construction d’une force indépendante, un bloc social transcendant les clivages droite-gauche. Bref l’alternative entre une stratégie « populiste » et une union de la gauche nouvelle manière, il va falloir choisir. Pour moi, il est clair que la première hypothèse est la seule praticable. Le retour à l’union de la gauche étant la certitude d’un retour aux formules qui ont immanquablement échoué au cours des dernières décennies.
Au début 2016, nous avons publié un manifeste de La Sociale qui se concluait ainsi :

Quelle organisation ?

Il y a de nombreux militants et plusieurs organisations qui partagent tout ou partie des analyses et orientations qui sont les nôtres. Il est assez facile de s’accorder sur la nécessité d’une organisation politique apte à lutter directement, sur le plan électoral comme sur celui de la mobilisation populaire par les moyens classiques (manifestations, meetings, pétitions). Mais pour l’heure nous devons plutôt faire le constat d’une dispersion et d’un émiettement de toutes les forces qui devraient s’unir dans le combat contre le capital, pour la république sociale. « La Sociale – Devoir de résistance » n’est pas un nouveau parti, ni un nouveau groupe politique ambitionnant de devenir un parti. Elle est ouverte à tous ceux qui partagent nos préoccupations quels que soient par ailleurs leurs engagements politiques ou syndicaux. Lieu de débat et, chaque fois que c’est possible, lieu d’action. Le débat, en soi, ne fait pas une association. Le cadre que nous proposons permet d’orienter le débat pour le rendre réellement utile. Débattre pour nourrir l’action de chacun, agir pour nourrir le débat nécessaire, et débattre pour préparer l’action commune, voilà le cadre de regroupement que constitue « Devoir de résistance-La sociale ».

1) Des enseignements de Marx nous conservons le cœur, l’analyse du capital comme rapport social, l’analyse de l’exploitation et de l’aliénation du travail et le rôle central du conflit social et politique. Nous mettons en question le prétendu clivage droite-gauche qui n’est de plus en plus qu’un leurre visant à camoufler l’antagonisme de fond entre le capital et le travail. Droite et gauche apparaissent de plus en plus comme de simples variantes des politiques des classes dominantes. Nous revendiquons ainsi la liberté de réfléchir et d’agir en nous plaçant toujours du côté des classes et couches sociales opprimées par le capital, en combattant pour l’émancipation humaine, sans être cadenassés par l’attachement au système ou à des intérêts partisans qui viendraient faire obstacle à cette lutte.

2) Partant du constat que l’alternative formulée par Rosa Luxemburg, « socialisme ou barbarie » est plus urgente que jamais, nous pensons que l’horizon de toute pensée de l’émancipation est le renversement du système capitaliste, c’est-à-dire l’expropriation des expropriateurs, la restauration de la propriété individuelle sur la base des acquis de la coopération sociale. Mais une révolution aussi gigantesque suppose une longue période de transformations progressives, de réformes structurelles anticapitalistes permettant que mûrissent les forces sociales aptes à accomplir cette tâche. L’opposition réforme/révolution est sans objet. Une révolution sociale n’est jamais un heureux coup de main imposant à la société tout entière les visées d’une avant-garde prétendument éclairée. Une révolution sociale est un long processus, graduel, même si parfois des ruptures s’imposent, qui trouve son chemin en avançant et non en essayant de suivre les doctrines et les solutions clé en main des « experts ».

3) Notre perspective n’est ni la dictature du prolétariat ni le dépérissement de l’État, mais l’instauration d’une nouvelle république, une république sociale, apte à assurer la protection des citoyens contre toutes les formes de domination. Politiquement donc, nous nous situons dans la tradition déjà très ancienne qui vise à la synthèse entre les revendications sociales les plus larges et la forme républicaine de gouvernement (garantie des libertés publiques et individuelles, séparation des pouvoirs, etc.).

4) Au niveau international, nous sommes résolument internationalistes, c’est-à-dire que nous luttons pour la paix entre les peuples et le respect de la souveraineté des nations, seule possibilité de construire un ordre mondial juste. Si nous nous opposons à l’UE, instrument au service du capital, nous sommes en revanche pour une confédération européenne des nations souveraines liées entre elles par un traité de paix perpétuel.

5) Nous faisons de la liberté notre principe cardinal, la liberté sous toutes ses formes, libertés individuelles, liberté politique, liberté de choisir sa propre vie, liberté de ne pas vivre sous la menace du chômage, de la maladie, de la vieillesse, liberté de développement développer pleinement toutes les potentialités qui sont en chacun. L’égalité et la justice sociale sont les conditions de cette liberté dans toutes ses dimensions. De ce point de vue nous faisons nôtre ce qu’il y a de meilleur dans la tradition du libéralisme politique hérité des Lumières.

6) La défense de la culture et les questions morales ne peuvent rester étrangères à la politique. La corruption, le mensonge, la « langue de bois » politicienne et les abus de pouvoir font partie des facteurs qui éloignent les citoyens de la vie publique et nourrissent la colère. Nous refusons l’amoralisme cynique d’une large partie de la gauche aussi bien que le « politiquement correct » qui en est le revers. Dire la vérité, quelque amère qu’elle soit, défendre des principes de justice, alerter la conscience de nos concitoyens, cela fait partie de nos tâches.

Par Denis Collin • Actualités • Mardi 29/05/2018

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Encore une fois sur la situation italienne: sortir des vieux schémas

Le peuple italien calomnié n’a pas voté pour des fascistes mais contre la ruineuse politique d’austérité de l’Union Européenne.

Dans Libération, le principal représentant de l’opposition à Macron est interrogé, à la veille de la journée dite de « marée populaire » du samedi 26 mai. Au détour d’un long entretien sur lequel il faudrait revenir en détail, on lui pose cette question : « Comment analysez-vous l’alliance entre la Ligue et le Mouvement Cinq Etoiles, en train de prendre le pouvoir à Rome ? » Réponse du président du groupe LFI : « C’est une catastrophe. Cette calamité porte de forts relents d’extrême droite, comme le montre l’interdiction faite aux francs-maçons d’entrer au gouvernement. Le contenu de leur ligne économique est clairement de droite : réduire l’impôt sur le revenu à une flat-tax à 10 % ou à 20 %. La mauvaise nouvelle, c’est qu’ils ont pris le pouvoir. La bonne, c’est qu’on va pouvoir les affronter mieux qu’auparavant ». On reste interdit devant cette réponse qui voit l’insoumis en chef prendre sa place dans le concert des forces qui veulent empêcher à tout prix que soit respectée la volonté du peuple italien. Mélenchon veut donc affronter cette « catastrophe », cette « calamité » qui « porte de forts relents d’extrême droite ». Dans cette bataille contre l’alliance Salvini-Di Maio, il y a déjà beaucoup de monde : Bruno Le Maire, Pierre Moscovici, les dirigeants allemands et français, la presse du capital et quelques autres encore. Et Mélenchon, de façon tout à fait incompréhensible vient brouiller les cartes et apporter un soutien indirect aux dirigeants européistes de la caste en Italie et en Europe.

Voyons ce qu’il en est. Les élections italiennes, comme nous l’avons expliqué dans un article récent de La Sociale ont exprimé une vague de révolte contre l’Union Européenne, contre la politique d’austérité menée par le gouvernement du PD, contre les mesures anti-ouvrières comme le « Job Act » de Renzi et contre la mise en pièces du système des retraites. Voilà le sens du vote de la majorité du peuple italien et notamment de ses couches les plus pauvres. Les « forts relents » qui incommodent les narines du chef de LFI sont ceux du « dégagisme », qu’il met ordinairement à toutes les sauces mais qui est parfaitement bienvenu ici : les principaux partis de la classe dominante, le PD (« centre gauche ») et Forza Italia de Berlusconi sont défaits. Voilà l’essentiel ! D’ailleurs, eux, l’ont bien compris. Renzi et Berlusconi sont prêts à s’allier pour mener la vie dure à la nouvelle alliance que la presse qualifie, méprisante, de « populiste ».

Chose importante : le « centre droit » a explosé et Salvini, le chef de la Lega, a engagé des négociations avec Di Maio du M5S. Et cela débouche sur un programme de gouvernement qui réclame la renégociation des traités européens, l’annulation de la réforme des retraites, le desserrement de la discipline maastrichtienne, et toute une série de mesures de relance pour améliorer le niveau de vie des Italiens. Bien que ce ne soit pas dans le programme on parle même, ô horreur, de nationaliser la compagnie aérienne Alitalia en difficultés sérieuses.

Certes, la fin de la progressivité de l’impôt sur le revenu réclamée par Salvini est une fort mauvaise idée, contradictoire avec l’inspiration keynésienne générale du programme de gouvernement. La restriction de l’immigration et l’expulsion des clandestins est sans doute discutable, mais les donneurs de leçons français devraient se mettre un peu à la place des Italiens qui accueillent les réfugiés que la police française empêche vigoureusement de passer la frontière. On doit aussi savoir que dans certaines régions, notamment en Campanie, se sont installées de nouvelles mafias, nigérianes par exemple, qui colonisent complètement certaines villes, choses que l’on ignore complètement si on ne lit que la presse « bobo » et fréquente uniquement les belles âmes… Salvini a d’ailleurs modéré ses propos sur l’immigration déclarant qu’il voulait expulser les voyous (ce qui est assez normal !) mais souhaitant « bienvenue aux braves gens ».

Bref, un gouvernement critiquable, mais en rien fasciste ! Les « hordes leghistes » ne déferlent pas pour détruire les locaux syndicaux. Normal : voilà déjà un moment que bien des militants syndicaux sont passés à la Lega délaissant ce parti monstrueux qu’est le PD. Quand le président italien Mattarella (PD, démocrate-chrétien) fait de l’obstruction à la nomination du nouveau gouvernement, quand il s’oppose à la nomination à l’économie de Savona, notoire opposant à l’euro, c’est lui qui met la démocratie en danger, et non Salvini ou Di Maio.

La principale crainte concernant la coalition M5S/Lega, ce n’est pas qu’elle applique son programme mais bien qu’elle ne l’applique pas pour complaire à la caste. On peut aussi lui reprocher quelques contradictions et quelques inconséquences, mais sûrement pas d’en faire l’ennemi principal. Il serait temps, grandement temps d’en finir avec les réflexes conditionnés de la gauche qui préfère un riche bourgeois européiste libéral à un « populiste » un peu rugueux.

Par Denis Collin • Internationale • Dimanche 27/05/2018

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La France est un des pays les plus antidémocratiques d’Europe

Un an après l’élection d’Emmanuel Macron, plusieurs dizaines de milliers de citoyens ont défilé dans Paris, le 5 mai, pour « faire la fête à Macron ». L’incontestable succès de cette manifestation appelée par un collectif de personnalités et d’associations, et soutenue très activement par la France Insoumise témoigne du fait que la politique mise en œuvre par le pouvoir exécutif et sa majorité « godillot » n’a pas de soutien réel dans la plus grande partie du peuple. La droite s’est massivement ralliée à Macron et l’opinion perçoit sans ambiguïté le président, son parti et sa majorité comme de droite. Les classes moyennes supérieures, les « crétins éduqués » si justement épinglés par Emmanuel Todd apportent un soutien assez massif à un président qui est à leur image : morgue des parvenus, absence totale de « surmoi », cynisme de ceux qui, cinquante ans après mai 68, veulent vraiment « jouir sans entraves ». Mais le peuple, le « petit peuple », le « popolo minuto » et non le « popolo grasso » pour parler comme Machiavel, continue de faire sécession. Cela se traduit dans les mouvements sociaux que le rouleau compresseur médiatique ne parvient pas à rendre impopulaires.

Ainsi, l’événement clé de ces derniers jours, c’est la démission du PDG d’Air France-KLM, Jean-Marc Janaillac battu à son propre jeu par les salariés. Depuis plusieurs semaines, les syndicats réclamaient une augmentation de salaire de 6% pour tous. Comme ultime concession, Janaillac proposait 2% … et une rallonge à la Saint-Glinglin. C’était à prendre ou à laisser. Spéculant sur le caractère prétendument minoritaire du mouvement social, Janaillac organisait un référendum pour demander l’accord des salariés contre le mouvement syndical. L’objectif était de briser une fois de plus les syndicats de la compagnie. Patatras, au grand dam du PDG, de ses pairs, de ses laquais gouvernementaux et des sicaires plumitifs des médias, les salariés votent contre le PDG à plus de 55% avec un taux de participation de 80%. Verdict sans appel,indicateur exact de l’état d’esprit de ce pays.

Et pourtant rien, apparemment ne peut empêcher Macron de mettre en œuvre son programme de liquidation des conquêtes sociales et de vente à l’encan des biens de la nation. Serviteur zélé de l’impérialisme US et de ses comparses arabes (Arabie Saoudite en tête), l’actuel locataire de l’Élysée concentre tous les pouvoirs et bénéficie de l’appui sans faille du capital financier et des grands opérant dans les médias et les télécommunications (Niels, Drahi, Pigasse, etc.). L’assemblée composée en majorité de demi-décervelés issus du monde du management et du commerce, recrutés par les DRH de la Macron Inc. n’est qu’une chambre d’enregistrement semblable à la douma d’Empire sous Nicolas II ou au Reichstag sous Bismarck. Avec 23% des suffrages exprimés au premier tour et grâce à la présence bénie des riches de cette Mme Le Pen, parfait épouvantail à moineaux pour effrayer les petits bourgeois, s’est opéré quelque chose qu’on peut appeler un coup d’État constitutionnel, c’est-à-dire un coup d’État légal et conforme à la lettre et à l’esprit de cette constitution.

Première phase : lancement par une série de grands patrons et d’agents d’influence pour faire un tour de table permettant de récolter fonds et soutiens pour l’opération Macron, soutenue plus ou moins ouvertement par les principaux dirigeants du PS dès lors qu’ils sont certains que Hollande serait battu.

Deuxième phase : mise en route de la machine médiatique. Toutes les astuces du « marketing » sont utilisées pour vendre ce nouveau produit qu’est Macron.

Troisième phase : éliminer la vieille droite que les capitalistes jugent à la fois trop ringarde culturellement et incapable de faire passer ses « réformes », ainsi que l’expérience l’avait prouvé. Très vite, le problème va être : comment éliminer le candidat LR ? Fillon a le vent en poupe et se mène dès lors une double campagne : 1° terroriser l’électeur de gauche en lui faisant croire qu’il va se retrouver à choisir au second tour entre Fillon et Le Pen ; 2° dézinguer Fillon. Juste après la désignation de Fillon sortent opportunément de vieilles affaires concernant Mme Fillon et les emplois plus ou moins fictifs de ses enfants. Ils auraient pu sortir avant la primaire, ce qui eût certainement favorisé le pâle Juppé. Mais non ! Opportunément, ils sortent juste après. « Cabinet noir » ? Inutile. Les maîtres des médias sont assez grands pour monter l’opération tout seuls. Tout cela rappelle furieusement la manière dont l’opération Berlusconi a été menée dans la suite de Mani Pulite …

Quatrième phase : les « barons » (noirs ?) du PS rejoignent ouvertement Macron et torpillent leur propre candidat, sans la moindre honte, sans éprouver une seule fois le remords du traître, de l’homme sans foi ni loi. De Collomb à Le Foll, de Cazeneuve à Le Drian, tous sont des politiciens corrompus moralement, sans espoir de retour. Quant au candidat socialiste, devenu par hasard le héros de la primaire, même en sachant qu’il n’avait plus aucune chance, s’est maintenu jusqu’au bout pour assurer le coup et faire en sorte que Macron soit bien face à Marine Le Pen au second tour.

Les institutions font le reste. Malgré ses très bons résultats, Mélenchon ne peut forcer le barrage qu’ont dressé contre lui toutes les forces de la droite et de la « gauche » (y compris le fantôme du PCF dont les dirigeants n’ont cessé de louvoyer, le NPA et LO qui se contrefichent comme de coutume des conséquences de leurs actes). Et pour le second tour, nous avons un matraquage épouvantable pour inciter l’électeur à « faire barrage » au danger fasciste inexistant représenté par une Mme Le Pen qui n’est sans doute pas vraiment plus à droite que Macron. Assommé, l’électeur en trainant les pieds (voir l’abstention massive) n’a plus qu’à subir la suite.

Comment donc une petite minorité (moins d’un quart du corps électoral) peut-elle imposer sa loi ? Grâce à l’élection du président de la république au suffrage universel qui peut exclure de la représentation la majorité du peuple. Élection antidémocratique donc, faux nez de l’oligarchie. Et pour perfectionner le système, pour être certain qu’en tout temps l’assemblée nationale soutiendra perinde ac cadaver le président, Chirac et Jospin (le diable les emporte !) ont coinventé la réforme constitutionnelle qui réduit à cinq ans le mandat présidentiel et inverse le calendrier électoral, faisant des législatives un simple appendice de la présidentielle. Fini le cauchemar de la cohabitation, seul moment où les restes du parlementarisme pouvaient s’exprimer dans la Ve république. Le Premier Ministre qui est censé conduire la politique de la nation, n’est plus qu’un « collaborateur » du président. Tout cela nous a donné les trois pires politiciens que nous ayons jamais eus, dans l’ordre du « moins pire » au « plus pire » : Sarkozy, Hollande, Macron !

Ailleurs en Europe, dans les démocraties libérales, rien de tout cela ne pourrait se passer ainsi. En Grande Bretagne, Mrs May a dû négocier pour avoir une majorité au Parlement, alors que son parti a une assise électorale forte. Mme Merkel a mis des mois à former un gouvernement avec pourtant un bon tiers des suffrages. En Italie, la coalition de « centre-droit » bien qu’arrivée en tête ne peut gouverner. Ici, la majorité des commentateurs voit dans cette situation la faiblesse du régime parlementaire. Ces gens, dressés au fouet bonapartiste, trouvent la démocratie représentative « faible ». En effet, le gouvernement n’y est pas tout-puissant et une grosse minorité ne peut imposer sa loi. À tous ces gens qui n’ont à la bouche que le mot « démocratie » et critiquent les « démocraties illibérales » comme la Hongrie ou la Pologne, il faudrait rappeler que la première démocratie illibérale en Europe, c’est la France de la Ve République.

Il suffit de voir comment le pouvoir exécutif distribue généreusement à ses amis sinécures et prébendes pour savoir dans quel régime nous sommes. Telle éphémère ministre se retrouve bombardée à la présidence de la Banque de France (300.000 euros par an), telle jeune dame[MF1] inexpérimentée est propulsée conseiller référendaire à Cour des Comptes. Jadis Ladislas Poniatowski parlait du gouvernement « des copains et des coquins ». Nous sommes en plein dedans. Le « nouveau monde » ressemble comme deux gouttes d’eau à l’ancien. Mais il faut ajouter que dans l’ancien monde existaient encore quelques contrepoids : une « gauche » et des syndicats puissants. La gauche s’est autodétruite et les syndicats se sont recroquevillés, incapables d’arrêter l’offensive de Macron contre le code du travail. Reste sur le plan politique la faible force de « La France insoumise », capable de rassembler des dizaines de milliers de citoyens, certes, mais encore si loin de ce qu’il faudrait faire en mobilisant des millions.

La puissance des tendances antidémocratiques dans le monde des affaires et au cœur même de l’appareil d’État oblige à reposer dans toute leur ampleur les revendications d’un changement de régime, de la marche vers une nouvelle république parlementaire, de la défense des droits démocratiques et sociaux.

Par Denis Collin • Actualités • Mardi 08/05/2018

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La dictature de la minorité

A l’occasion du premier anniversaire de l’élection d’Emmanuel Macron (ah, ce goût pour les commémorations stupides !), on entend se développer en boucle un refrain selon lequel le Président respecte le programme pour lequel il a été élu.

Il n’est pas inutile de rappeler que, si l’actuel titulaire de l’Elysée a bien été constitutionnellement élu, ce n’est pas son programme que les citoyens ont avalisé. Au premier tour, qui caractérise justement le soutien à un programme, Emmanuel Macron a obtenu à peine plus de 18% des inscrits. Le deuxième tour exprimait surtout le refus du Front national, non un appui à un projet et, même dans ce contexte, l’heureux élu n’a pas atteint 44% des inscrits. Prétendre qu’un tel résultat engageait un programme n’est qu’une triste plaisanterie.

Il revient à l’esprit, à l’occasion de ces déclarations, une thèse très à la mode dans les milieux philosophico politiques depuis des décennies. Tocqueville aidant, on nous met en garde quant à une présumée « dictature de la majorité ». Certes, la nécessité de contrepouvoirs ne fait aucun doute, et notre Constitution en manque cruellement, mais l’idée d’une « dictature de la majorité » est plus que douteuse. Imagine-t-on qu’une dictature de la minorité soit préférable ? Et n’est-ce pas le danger qui nous guette ? Car il n’est pas acceptable qu’un pouvoir aussi absolu que celui du Président de la République procède d’une légitimité électorale aussi faible.

La question des institutions est depuis longtemps au cœur de la crise politique et sociale. Elle devient encore plus dramatique lorsqu’un pouvoir aussi faible veut imposer des mesures fort minoritaires, renforcer le pouvoir présidentiel, aussi bien sur le territoire national en écrasant les collectivités locales que dans une vision européenne bien éloignée de la volonté du peuple.

Cette situation engendre des tentatives tout aussi minoritaires, certaines prônant la violence, d’autres contestant les principes mêmes de la souveraineté populaire, du citoyen et de son droit au vote, attaquant l’essence même du suffrage universel. Rien de malheureusement plus logique, ces tentatives condamnables trouvant naissance dans la forme de dictature engendrée par le système.

Une telle situation nous mène à des affrontements graves et des phénomènes de violence de plus en plus manifestes. La solution se trouve dans le retour aux principes fondamentaux de la démocratie, à partir des citoyens, dans les communes comme dans les quartiers. Ce travail permettra la redéfinition d’un contrat social, fondement nécessaire à l’équilibre national comme à la réaffirmation de saines relations internationales. Tel est le sens du processus menant à l’élection d’une Constituante en France qui, loin des solutions clefs en mains de tous les pouvoirs autoproclamés, est la seule solution pacifique, démocratique et rassembleuse aux défis du moment que nous traversons.

Par André Bellon • Actualités • Mardi 08/05/2018 •

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Macron et sa « société du 10 décembre »…

Dans le Le 18 brumaire de L. Bonaparte, Marx indique, avec un sens de la formule qui a permis de traverser les siècles: « Hegel fait quelque part cette remarque que tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois. Il a oublié d’ajouter : la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce. Caussidière pour Danton, Louis Blanc pour Robespierre, la Montagne de 1848 à 1851 pour la Montagne de 1793 à 1795, le neveu pour l’oncle » .
Tout en nous gardant, à l’image de certains épigones de Marx, de chercher de façon dogmatique une vérité absolue dans des formules qui sonnent bien, nous pouvons constater que « la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce » trouve un vaste champ d’application sous nos yeux.

Ne pourrait-on en effet, par bien des aspects, évoquer par exemple Macron pour Louis Napoléon Bonaparte, le neveu par lequel Marx termine sa liste? N’est-ce pas dans cette lignée que le pouvoir actuel avance inlassablement, reproduisant sous la forme d’une farce -farce elle-même tragique par bien des aspects- des mesures politiques et un mode de domination qui rappellent le bonapartisme?

Emmanuel Macron, son gouvernement, sa majorité rejouent sans sans fard ni retenue l’autoritarisme, le mépris, la violence qu’ont toujours fait peser sur la collectivité les pouvoirs installés à la tête de la 5ème république, pouvoirs bonapartistes cherchant perpétuellement les mêmes recettes à travers les temps.

Le régime actuel, sous couvert de modernisme alimenté comme un mantra satanique par la presse main stream unanime, ne fait en réalité que répéter à sa manière les tares du passé.

La farce?

« La réforme institutionnelle de 2018 pour la constitution de 1958 », pourrait-on ajouter à la liste dressée par Marx.

Les mesures annoncées ne chambouleront rien de la 5ème république. La réduction du nombre de députés et sénateurs, mesure populaire à la mesure du rejet que suscite le monde politique et qui est perceptible dans le taux d’abstention qui marque chaque élection, ne changera strictement rien au pouvoir, sinon en concentrant un peu plus celui dont bénéficie le petit Bonaparte Macron à la tête de l’état. La dose de 15% d’élus désignés à la proportionnelle pourra sans doute satisfaire les prétendants au strapontin électoral, mais ne modifiera strictement rien non plus à la logique du scrutin majoritaire. Comme la limite du cumul des mandats dans le temps à trois, là encore mesure populaire dans l’opinion, ne changera rien à l’exercice du pouvoir.

Le pouvoir risque de devoir politiquement passer par voie référendaire pour tenter de trouver une légitimation de toute sa politique qui ne cesse aujourd’hui de créer remous sur remous. C’est donc dans ce but que le leurre institutionnel est mis en avant, pour tenter d’amadouer une opinion publique qui sur le fond rejette une politique de casse généralisée, de l’emploi, des SP, des salaires, etc…

La farce?

C’est sans doute dans l’exercice du pouvoir même que l’analogie est la plus criante. Macron pour Louis Napoléon Bonaparte, son entourage pour la société du 10 décembre. Car sur quoi repose donc la majorité actuelle. L’exercice du pouvoir le démontre chaque jour, et l’apparition des jeunes macronistes dans les médias à l’occasion de la grève des cheminots a quelque chose de pathétique.

Le pouvoir repose d’abord sur une poignée de décideurs, la garde rapprochée du président qui fixe la feuille de route en relation avec l’union européenne. Ce sont eux qui ont nourri la « jeune pousse » pour lui permettre d’accéder au pouvoir. Les Jouyet, les Attali, les amis de la banque, les relations entretenues dans les cabinets ministériels comme dans les bureaux d’affaire, de Hollande à Rothschild…

Le pouvoir repose ensuite sur cette catégorie de « traitres » issus des deux bords qui offrent leur expérience à un régime qui assure leur survie. Un régime qui peut donc tout attendre d’eux, sans état d’âme. La liste est longue et en dresser un inventaire exhaustif serait peine perdue. Il y a les Collomb, les Le Drian, les Ferrand, les Castaner, les Caresche, les Delanoë, ou encore les Valls et les autres, tous ces anciens caciques du PS qui ont fait Macron tout en détruisant le parti socialiste. Il y a aussi les Hue, les De Rugy, les Pompili, ou encore les Cohn-Bendit… Et en écho les rescapés de la débâcle Fillon qui hier n’avaient de mots assez durs pour leur patron d’aujourd’hui, les Édouard Philippe, les Darmanin, ou autres Le Maire… Autant de traitres serviles par nature, par définition…

Le pouvoir repose enfin sur cette bande d’arrivistes issue du monde des affaires, jeunes chefs d’entreprise, jeunes DRH, jeunes aux dents longues dont la qualité première réside dans la capacité à applaudir à tout rompre la parole de leurs mentors. Ils donnent le spectacle exact de ce qu’ils représentent dans les travées de l’assemblée nationale, ne comprenant d’ailleurs rien aux écarts involontaires de tel ou tel ministre qu’ils acclament toujours sans état d’âme, sans réflexion, sans recul. Ainsi lorsque Christophe Castaner indique que « certains sans abris » sont à la rue car « ils refusent d’être logés », bref parce qu’ils le veulent bien. Ou lorsqu’un autre évoque « 50 SDF en ile-de-France », ni plus ni moins… Spectacle étonnant de voir comme un seul automate la troupe macronienne nourrir de salves d’applaudissement l’ignorance qui confine à la stupidité…

La mobilisation sociale est cruelle. Lorsque les nouveaux venus de la Macronie tentent de justifier la politique gouvernementale, ils se succèdent sur les plateaux de télévision complaisants, pour livrer des éléments de langage identiques, opérant par dénégation de façon plus grotesque les uns que les autres. Leurs propos « Nous ne voulons pas privatiser », « nous ne fermerons pas de lignes », « nous ne pensons qu’aux usagers », « nous voulons la qualité », etc… sonnent comme des aveux de culpabilité.

En fait, le pouvoir de Macron repose sur un entourage qui rappelle bien la société du 10 décembre de Louis Napoléon Bonaparte, que le peintre caricaturiste Honoré Daumier avait immortalisé avec son personnage « Ratapoil », militaire nostalgique de Napoléon 1er et militant forcené pour l’avènement de son neveu Louis-Napoléon Bonaparte à la dignité impériale. Un des Dessins les plus célèbres représente la « Prestation de serment d’un nouveau membre de la société philanthropique du dix décembre. »

Ratapoil, au centre du trio, pointant son gourdin vers le bas, tandis qu’à gauche, un militant à casquette hurle au nouveau membre la formule de son serment : « Je jure d’assommer tous les Parisiens qui ne crieront pas avec moi : vive l’empereur ! ». Les trois vont ensuite lever leur verre en répétant la formule.

« La première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce » ! Nous y sommes.
Car dans la rue, ce n’est pas vive l’empereur qu’on entend à la criée, pas « vive Macron » que scandent les milliers de cheminots, d’étudiants, de fonctionnaires, d’employés de Carrefour, et autres travailleurs, salariés, ouvriers, jeunes ou retraités…

Jacques Cotta
Le 7 avril 2018

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