La France croule sous le poids de ses 600 000 élus

La France n’a pas de pétrole, mais elle a des élus, beaucoup trop d’élus rappelle le Cri du Contribuable. Avec 600 000 élus en France, c’est quasiment 1% de la population qui est concernée (record mondial), mais l’ensemble de la population qui en paye les frais.

Source : La France croule sous le poids de ses 600 000 élus

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Un moment où tout peut basculer

Nous sommes à un moment critique. Soit le mouvement recule et la stratégie du pourrissement finalement marche. Macron aura perdu la prochaine élection mais il poursuivra son sale boulot. Soit le mouvement bascule et déferle. L’événement le plus important s’est produit hier au Puy en Velay. Le roi est nu et doit fuir entouré de sa garde rapprochée. Un déplacement officiel qui tourne à la déconfiture de l’exécutif, on n’en a pas beaucoup de souvenirs. Le 5 décembre 1980, en visite dans la Manche, à Valognes, dans un département qui lui est largement acquis, Giscard d’Estaing est accueilli par les pommes pourries que lui jettent les paysans. Les pommes de Valognes, c’était hier au Puy.

La question du régime est posée. Interrogé sur France-Inter, un gilet jaune résumait ainsi les revendications qui font le plus consensus (selon lui): baisse des taxes, restauration des services publics, augmentation du SMIC et des retraites et changement des institutions de telle sorte que le peuple soit enfin représenté. La dernière revendication est évidemment significative. C’est elle qu’on voit sur les carrefours et ronds-points sous le slogan « Macron démission ». Qu’est-ce qui peut permettre la satisfaction de cette revendication? Les Gilets Jaunes de Commercy appellent à des Assemblées populaires partout. Dresser le pouvoir du peuple face au pouvoir de la caste. Voilà le problème que le mouvement pourra peut-être résoudre en avançant. Les Français s’améliorent toujours à l’approche des grands événements et nous pouvons espérer le meilleur. En tout cas, la dissolution réclamée par certains n’est qu’une tentative parmi d’autres de sauver le régime à bout de souffle.
Par Denis Collin

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MACRON DEMISSION! Voila l’exigence répétée le 1er décembre…

La mobilisation des gilets jaunes samedi 1er décembre marque un tournant dans la situation politique du pays. Avec persévérance, voire obstination, sur tout le territoire national, des dizaines et des dizaines de milliers de travailleurs, salariés, retraités ou jeunes se sont rassemblés, ont tenu les barrages, occupé les rond-points, ont manifesté. Comme les samedis et les semaines précédentes, c’est la France du NON au référendum de 2005, la France opposée à Maastricht en 1992, qui relève la tête et fait entendre sa voix. Comme il avait déjà tenté de le faire la semaine précédente, le gouvernement a voulu réduire ces mobilisations à des affrontements qui ont eu lieu entre manifestants et forces de police à Paris, mais aussi à Toulouse, à Marseille, Nantes, Saint-Nazaire, Strasbourg… C’est ne rien comprendre, ou plus exactement ne rien sembler comprendre.

Ces affrontements bien réels ont émaillé toute la journée du samedi. Ils expriment une colère grandissante qui confine à la rage contre le gouvernement qui refuse de reconnaitre l’existence de millions et millions de français qui n’en peuvent plus, et qui pour seule réponse affiche orgueil, morgue, mépris, à l’image du Président de la République qui bat tous les records de détestation.

Le pourrissement que joue le pouvoir, dans sa surdité à la France réelle, est la principale source de violence qui met en lumière l’incapacité et la responsabilité directe du ministre de l’intérieur pour les troubles connus notamment dans la capitale.

De son QG d’où les rues de paris sont observables par caméras interposées, il annonçait la présence de 5000 policiers sur le terrain, soit selon ses propres chiffres 1 policier par manifestant. Et ses propres troupes auraient été débordées? Castaner incompétent, menteur ou les deux à la fois?
L’arc de triomphe dévasté… Mais comment le ministre a t’il pu décider de laisser ouvert le monument situé au centre de la manifestation? Provocation, recherche « d’images fortes » destinées aux chaines « d’info en continu » pour enrayer la lame de fond qui peut tout emporter?

Qu’il s’agisse d’incompétence, d’erreurs, de volonté délibérée, le ministre de l’intérieur est responsable politique de la situation sur le terrain et devrait être démissionné de ses fonctions.

La crise politique qui a franchi un pas supplémentaire et qui approche du point de rupture s’est illustrée dans la visite de Macron avenue Kleber ce 2 décembre, au lendemain des manifestations.
Comme en 1968, le général De Gaulle entrant de l’étranger et s’exclamant à la vue des arbres coupés par « les katangais de la Sorbonne » boulevard Saint Germain, « même les allemands n’avaient pas laissé Paris dans cet état », voila Macron devant les devantures des restaurants dont les vitrines ont été brisées et devant quelques véhicules calcinés, jouant mal, l’air faussement stupéfait et horrifié. Cette répétition comme souvent dans l’histoire se termine en farce. Macron se retrouve hué, sifflé, pris à partie là où il pensait qu’il serait accueilli en sauveur… Le roitelet se trouve rejeté de tous côtés. De la France réelle, de la France profonde, de la France des gilets jaunes, mais aussi des « beaux quartiers » dont il s’avère incapable d’assurer la sécurité, là où quelques habitants apeurés l’invectivent tout en applaudissant les policiers qui l’entourent, comme les bourgeois de 1848 acclamaient l’armée bonapartiste contre les ouvriers.

Le pouvoir est de plus en plus acculé. Macron a annoncé qu’il ne céderait rien. Dans ce contexte, deux possibilités se présentent:
Trouver dans les formations politiques et les organisations syndicales des interlocuteurs qui lui permettraient une issue honorable par un recul de la rue. Tel est l’objectif d’une « grande concertation » dont nul ne peut d’ailleurs dire quel serait le sujet concerté…
se donner les moyens de sa politique à travers l’instauration de tous les outils autoritaires possibles, la réactivation de l’état d’urgence mis en place par François Hollande et Manuel Valls hier, officiellement pour combattre le terrorisme, dans les faits pour affronter le peuple français si nécessaire et faire passer les mesures anti sociales dictées pour l’essentiel par l’UE.

Toutes ces mesures souffrent de temps. Le gouvernement tétanisé est acculé. Sur les barrages, dans les villes et les campagnes, une situation insurrectionnelle s’installe, avec une détermination à la hauteur des revendications qui émergent. Le gasoil, motif initial de la fronde, est aujourd’hui supplanté par la vie chère, les salaires, le travail, les retraites, les services publics… Les modes de délibération et de décision font paraitre un exercice de la démocratie qui voit le peuple se prendre en charge de façon imaginative, responsable, subversive pour un système bloqué, aveugle, destiné à servir les intérêts du capital financier. Contre l’oligarchie qui veut imposer sa loi pour la défense de ses intérêts, la démocratie du mouvement fait face, résiste, se renforce.

C’est aujourd’hui une réponse politique qu’exigent la situation et le peuple mobilisé. Macron jouit de conseils qui convergent. Luc Ferry, Marine Le Pen, mais aussi Jean Luc Mélenchon demeurant dans le cadre institutionnel préconisent une dissolution de l’Assemblée Nationale. Mais ce qui est en cause dépasse de très loin de nouvelles élections législatives, une nouvelle majorité, une cohabitation sans doute avec un nouvel hémicycle. Ce qui se joue ne peut se limiter au cadre profondément anti démocratique de la 5ème république qui garantit la présence contre vents et marées et surtout contre le peuple du président Bonaparte. Ce qui est en cause, comme l’indique fort justement François Ruffin, c’est Macron lui-même. « Macron démission », mot d’ordre spontanément scandé dans toute la France, voila l’exigence! Le peuple veut le départ du monarque sachant que là est la clé de voute d’une politique rejetée, et non une nouvelle assemblée dont tout le monde sait -les partisans d’une 6ème république en tête- qu’elle n’est en réalité dans le cadre de nos institutions qu’une chambre d’enregistrement.

Tele est la voie empruntée par le peuple français. Elle passe par l’exigence de voir satisfaites les revendications concernant taxes et pouvoir d’achat. Elle passe par les cahiers de doléances qui commencent à émerger des rassemblements, barrages, rond-points, carrefours occupés. Elle passe par la constitution d’une assemblée des gilets jaunes qui pourraient ainsi renforcer le mouvement engagé et contraindre le Président à se soumettre, ou se démettre.

Jacques Cotta
Le 3 décembre 2018

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Lettre au nouveau secrétaire général de la confédération FORCE OUVRIERE

Nous publions ci dessous la lettre que vient d’envoyer Denis Langlet, syndiqué FO, ingénieur retraité de la métallurgie, Secrétaire de l’Union Locale Force Ouvrière de Trappes et environs dans les Yvelines, à Yves VEYRIER, Secrétaire général de la confédération FORCE OUVRIERE, et qu’il adresse en copie à Frédéric Homez, secrétaire de la Fédération des Métaux, Dominique Ruffié, secrétaire général de l’UD FO des Yvelines et à tous ses amis dont nous sommes. Dans la situation actuelle, cette lettre met l’accent sur la question essentielle de la place et de la position des organisations syndicales dans le mouvement actuelle qui agite le pays. Lettre à lire et à diffuser le plus largement possible…

​Cher camarade,

Il n’est pas dans nos traditions, ni dans le respect réciproque qui doit présider nos relations de « sauter » sur le secrétaire général nouvellement élu. Elu le 22 novembre dernier, il y a donc 7 jours maintenant, nous pourrions t’accorder un délai de prise de fonction, personne n’aurait à y redire d’autant que ton élection succède à des moments graves, sérieux et difficiles pour notre confédération.
Personne sauf nous, toi, moi, et tous nos camarades syndiqués.

Les anciens, et nous en sommes, le savent, les moins de 60 ans l’ont appris et les jeunes le portent ; je veux parler de nos idéaux de justice et de fraternité, de nos aspirations à construire ensemble un avenir, notre futur, sur le socle de l’égalité des droits, pour la Paix tout de suite et partout, condition indispensable à la sécurité de chacune, de chacun et de toutes les familles.
Ce sont ces idéaux et ces aspirations qui sont la source de notre adhésion syndicale, et dont le syndicalisme confédéré, dès sa naissance, est porteur.

Quel que soit notre parcours personnel, notre histoire et la date de notre engagement c’est à l’aune de ces valeurs et de ces idéaux que nous jaugeons et jugeons de la qualité de notre engagement personnel, creuset de l’action collective.

Aujourd’hui, dans ce pays, chacun sent, ressent une atmosphère de fin de quelque chose, pressent la venue de grands événements. La fierté regagnent les cœurs, les fronts se relèvent découvrant des regards décidés et graves, la prise de la parole par les taiseux génère la confiance en soi, nos idéaux raillés par les puissants sous le terme « utopies ce ne sont qu’utopies » et considérés comme hors d’atteinte, prennent la couleur du possible.

Nous sommes bien placés pour l’avoir vécu. Avec les vagues de licenciements massifs et de restructurations industrielles à partir des années 70, l’austérité salariale à partir du début des années 80, la précarisation et la perte de droits happés par la course à la marge, à la compétitivité des années 90, et depuis appliquée « sans état d’âme », la baisse des coûts avec son cortège d’injustices, la culpabilisation et la remise en cause de chacun jusqu’au burn-out et les suicides au travail, nos idéaux semblent s’éloigner et notre engagement apparaît lourd et vécu comme un témoignage nécessaire mais marqué par les reculs sociaux et affectant grandement nos rangs.

Au point que les rangs de notre génération se dégarnissent sans que les jeunes ne puissent, éparpillés, montrés du doigt, souvent non bénéficiaires des acquis que nous appelons à défendre, les remplacer. Pendant cette période, une conviction profonde s’est forgée dans la douleur et la contrainte, la priorité donnée à la finance et la réduction de toutes les activités humaines au seul chiffre de la rentabilité, telle est la source du basculement progressif de notre société vers l’inconnu et la déshumanisation.

Comme ses prédécesseurs, le gouvernement actuel de monsieur Macron oppose systématiquement une fin de non-recevoir à la revendication de l’augmentation du pouvoir d’achat portée en ce moment par le mouvement des gilets jaunes.

Appuyée par l’immense majorité du pays, cette demande est, tu le sais, réalisable tout de suite.
Elle rejoint d’ailleurs la nôtre que par expérience nous formulons par « demande d’augmentation générale des salaires pour tous».

Comme le dit l’un d’entre eux ce soir à la télé à une député du mouvement présidentiel : «vos mesures ont été les gouttes qui ont fait débordé le vase, mais le vase était déjà plein par les mêmes mesures prises par vos prédécesseurs, c’est pour ça que nous ne voulons pas de simples discussions mais que soit abordée la réorganisation nécessaire de note société ».

Aujourd’hui, répétons-le, ou un coup d’arrêt est porté aux exigences destructrices de ces gigantesques masses de capitaux appelées marché financier, ou leur puissance combinée à leur extériorité à tout ce qui est humain risque d’entraîner notre planète et ses habitants dans la spirale de la spéculation destructrice.

Dès lors que la décision sera prise de cesser d’être gouvernés par des riches pour des riches, les moyens financiers seront là.
Par exemple, l’arrêt du remboursement des intérêts de la dette imposée par les banques et la BCE dégagerait plus de 140 milliards sur l’année et l’arrêt des exonérations fiscales et sociales pour les sociétés supra nationales économiserait 100 milliards en plus.

Il est clair, par la naissance du mouvement des gilets jaunes, que des milliers de jeunes, d’hommes et de femmes participent eux-mêmes à une lutte active. Cela ne peut que nous satisfaire.

Nous apprécions aussi l’obstination et l’intelligence collective dont ils font preuve depuis le début, cherchant le dialogue pacifique avec tous les autres citoyens, et indéniablement, faisant la démonstration de la nécessité rendue possible de réorganisation de la société avec la satisfaction des revendications.

Certains disent que les gilets jaunes redoutent les syndicats, c’est faux. Ce qu’ils redoutent, ce sont les discussions secrètes, les fausses négociations à huis clos, les pseudos délégués proclamés et l’expulsion des principaux concernés de la direction de cette lutte.
Comme nous, ils savent que cela est le paravent des trahisons. Comme nous, ils savent collectivement que seule la démocratie totale permettra le succès.

Reconnaissons que leur audace pose directement et publiquement une question jusqu’à ce jour murmurée et en sourdine dans la société, à savoir que rien de durable ni de pérenne ne peut être obtenu avec la domination de la finance privée sur toute la société, c’est pourquoi le retrait de la monnaie, de sa création, de sa gestion et de sa circulation des mains des banques et du privé va devenir urgente.

Persuadé que ton expérience te permettra de trouver les formes, dans ta nouvelle fonction, assurant à notre confédération la place qui doit être la sienne en s’engageant dès aujourd’hui et en participant dans les manifestations de samedi ainsi que sur les ronds-points aux côtés des gilets jaunes.

Je te prie de recevoir l’expression de mes convictions profondes et de mon attachement aux principes fondateurs du syndicalisme confédéré.

Denis Langlet,
syndiqué FO, ingénieur retraité de la métallurgie,
Secrétaire de l’Union Locale Force Ouvrière de Trappes et environs dans les Yvelines

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1968-2018

Le 17 novembre 2018, à 6 h 15 du matin, à un rond-point de Castelsarrasin, un homme s’active autour de sa camionnette où il a installé une sono. Sur le dos de son gilet jaune il a inscrit 1968-2018 et il lance le chant des partisans avant que ne s’exprime le responsable donnant les consignes de sécurité et achevant son bref discours par ces mots : «Macron démission».
La centaine de personnes déjà rassemblées, qui n’imaginent pas se retrouver là quinze jours après, n’a que peu à voir avec 1968 puisqu’après des décennies de discours dominant, opposant la jeunesse glorieuse et la vieillesse sénile, toutes les générations se réchauffent autour d’un feu réalisée avec des palettes de bois.
1968 se distingue en effet par le déclencheur international de la jeunesse en lutte qui, en France, et rarement ailleurs, sera rejointe par la bien pensance démocratique (le terme n’est pas péjoratif sous ma plume) dans une grande grève, et enfin suivi, comme nulle part ailleurs, par une opération électorale.
Cette chronologie a permis aux uns et aux autres de retenir le miracle du déclencher contre la sclérose syndicale, ou la grandeur de la grève contre la futilité étudiante des «gauchistes».

En 2018, dans une France bien différente, la bien pensance démocratique a décrété, en guise de gauchistes, que les gilets jaunes n’étaient rien d’autre que la main d’un Front national devenu en effet très ancré dans le paysage politique, la dite bien pensance démocratique n’étant pas sans responsabilité sur ce fait.

Par respect pour le représentant de la CGT, Philippe Martinez, ou d’autres, je ne reprendrais pas ici les propos tenus avant le 17 novembre à ce sujet. Le fond de l’explication de cette position est simple : la bien pensance démocratique considère qu’avec des augmentations de salaires (la revendication juste) on peut payer toutes les taxes du monde car l’Etat redistribue, alors que le refus de payer des taxes (le déclencheur du mouvement avec l’aide de facebook) n’est rien d’autre que le refus égoïste de payer l’impôt, refus sur lequel s’appuie depuis longtemps l’idéologie dominante (quand il s’agit de l’impôt sur le revenu et on comprend vite pourquoi).
1968 se distingue par le lancement d’un capitalisme nouveau qui, pour des raisons de fond, s’opposait au discours conservateur afin de tenir son vrai discours révolutionnaire. Le capitalisme est né pour tout bouleverser, Marx en avait sur ce point fait une belle démonstration à une époque où personne ne pouvait imaginer qu’il serait un internationaliste économique, et le pire constructeur des murs de quelques sites sécurisés. Voilà comment, suivant des études savantes des pauvres se sont mis à voter à droite et des riches à voter à gauche ! En 2018, certains auraient préféré, y compris dans la bien pensance démocratique, que les gilets jaunes désignent comme coupables de leurs malheurs les immigrés, plutôt que les taxes, mais elle n’a plus le pouvoir qu’elle avait en 1968, et qui a eu son heure de gloire en 1995, quand les cheminots furent le fer de lance de leur dernier succès social. Les gilets jaunes sont interclassistes et englobent toute la diversité politique de l’extrême-droite aux anarchistes avec cette particularité : ils ont décidé de laisser leurs drapeaux dans leur proche, pour se montrer (ou se masquer suivant ce que l’on pense) sous un uniforme unique, en refusant fermement drapeaux syndicaux et politiques. Contrairement à 68 qui, sous diverses formes, représentait l’avenir ils seraient les témoins (ou les vestiges) du passé ! Des vestiges pour qui croit qu’ils sont des poujadistes.

Donc, comme indiqué au départ, le 68 français s’est terminé par une dissolution de l’Assemblée nationale. Mitterrand avait été le premier à afficher ce souhait en pensant que la quasi victoire de la gauche aux législatives de 67 allait mettre à terre le pouvoir gaulliste en 68. Pendant ce temps, le mouvement criait : «élections pièges à con». En 2018 les gilets jaunes qui transportent peu de pancartes, qui chantent peu de slogans se retrouvent d’accord sur ce souhait : Macron démission, Assemblée dissolution. Il y a trois jours J-J Bourdin posait la question à François Ruffin : est-ce que vous demandez la dissolution ? Ruffin, qui a été le premier député France insoumise à soutenir clairement les gilets jaunes, a préféré rester prudent. Mais le 1er décembre, J-L Mélenchon a constaté que face à la légitimité de Macron, et face à celle de la rue, la seule sortie possible était la dissolution. A-t-il repensé à la déclaration en 68 de son mentor François Mitterrand ? Or, depuis, nos institutions ont été bouleversées par le socialiste Lionel Jospin qui a décidé de mettre les législatives juste après les présidentielles. Si en 68 la gauche avait gagné, ce qui se produira ensuite, il y aurait eu la cohabitation. S’il y a dissolution aujourd’hui, nous aurions donc une nouvelle cohabitation, et vu que les législatives c’est tous les cinq ans, il faudrait alors après la prochaine présidentielle, une autre dissolution, comme en 1981, pour mettre en conformité le président et l’Assemblée. Cette dissolution de 2018, comme celle de 68 et que Chirac en gaullien amusant a mise en œuvre en 1997 est plus impossible que jamais. Par contre l’Assemblée actuelle dont on sait la fragilité à l’image du parti qui la porte, pourrait imposer un changement plus ou moins important de gouvernement.

En 68, une telle discussion faisait sens, que l’on soit du côté «d’élections trahisons» ou du côté «d’élections solutions» car l’heure était aux «leaders». En 2018 les gilets jaunes, même après deux semaines de luttes, reportent sans cesse toute idée de délégation de pouvoir, d’où la contradiction majeure face au slogan le plus entendu : Macron démission. En terme politique ce qui apparaît c’est l’appel flou à une Assemblée citoyenne. Ce qui me conduit à une dernière observation.

En 68 les médias ont pu «fabriquer» trois dirigeants du mouvement étudiant : deux étaient des représentants d’organisations historiques, UNEF, SNEsup, et l’autre un trublion dont peu imaginait qu’il durerait si longtemps avec un parcours aussi classique. Cette opération avait été facile car au départ le mouvement était fortement parisien.

En 2018 le mouvement est né sur des milliers de rond-point en même temps partout à travers le pays (et si peu à Paris et la petite couronne), et s’est révélé très français. D’ailleurs la bien pensance démocratique a été et reste surprise par la présence de drapeaux tricolores et de La Marseillaise elle qui, même dans les congrès socialistes penche plutôt vers le rouge et vers l’Internationale. Contre l’idéologie dominante qui fabrique depuis longtemps une honte de la France au sein du peuple (ailleurs c’est toujours mieux), les gilets jaunes ont affirmé une fierté française que le FN, c’est vrai, a pu manipuler. Pendant l’élection présidentielle La France insoumise a sorti aussi le drapeau tricolore unifiant des foules rassemblées qui, en 2012, se faisaient une concurrence en cherchant à mettre en avant son propre drapeau, dans la galaxie du Front de Gauche.

Donc, avec les gilets nous avons une atomisation propre au monde moderne, et une unification par le gilet, d’où il est difficile d’extraire des «leaders» ! Les médias s’y emploient pour venir au secours du gouvernement qui subitement cherche la négociation impossible à ce jour, car les gilets jaunes pratiquent le grand écart en refusant le politique, la délégation, et en demandant en même temps une solution politique par la démission du pouvoir en place. Certains pensent aujourd’hui que ce mouvement peut devenir un mouvement politique organisé ce qui ajoute encore au mystère quant aux suites, des mystères qui horripilent ceux qui savent déjà tout ! Jean-Paul Damaggio.

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Quelle sortie de crise ?

Marine Le Pen propose que le président rencontre les chefs des partis politiques. Autant dire, sans le moindre esprit polémique, qu’elle démontre ainsi sa méconnaissance du mouvement car je doute qu’une telle réunion apporte un peu de lumière.

Jean-Luc Mélenchon propose la dissolution de l’assemblée mais pour aboutir à de nouvelles élections dans la foulée ? Et pour quel résultat ? La proposition me semble peu adaptée à la situation.

Des gilets jaunes proposent des assemblées citoyennes qu’ils organiseraient, et pour moi là est une possible sortie de crise, mais je suis sans illusion, Macron n’en fera rien puisqu’il propose ses propres assemblées, aussi les gilets jaunes doivent-ils eux-mêmes, en lancer rapidement leur mise en place nationale.

Des assemblées citoyennes qui auraient à répondre aux classiques trois questions de l’abbé Siéyès :

«Qu’est-ce que le peuple [il disait le Tiers-Etat] ? Tout.

Qu’a-t-il été jusqu’à présent dans l’ordre politique ? Rien.

Que demande-t-il ? A y devenir quelque chose.»

1 ) Qu’est-ce que le peuple ? Tout

Le même jour, de telles assemblées pourraient se tenir, pour un département comme le notre en cinq lieux : Caussade, Montauban, Castelsarrasin-Moissac, Montech et Valence (je prends la référence des lieux avec lycées généraux). Elles se devraient de retenir après débat et vote quatre doléances majeures qui ne seraient pas le Tout du peuple mais son essentiel.

2 ) Qu’a-t-il été jusqu’à présent dans l’ordre politique ? Rien.

Après la détermination des doléances majeures, quatre délégués seraient désignés par vote, pour les porter à l’échelon supérieur à savoir le département, et ensuite le national. Le département aurait pour fonction de synthétiser, dans la mesure du possible, les vingt doléances apportées mais sans en rejeter aucune, et l’ensemble des délégués seraient parti prenante de l’assemblée citoyenne nationale. Nous en aurions donc 20 pour le Tarn-et-Garonne ; comme il y a environ 2800 lycées en France, nous aurions 10 000 délégués. Je mesure l’importance de ce nombre mais il est indispensable si on veut garder le lien direct entre l’élu de base et l’acteur du sommet. Comme il y aurait quatre grands thèmes les délégués pourraient se regrouper en quatre assemblées d’environ 2500 personnes et là suivant l’organisation retenue, il y a moyen de travailler.

3 ) Que demande-t-il ? A y devenir quelque chose.

Par cette assemblée citoyenne nationale le peuple pourrait devenir quelque chose et à ce moment là seulement, le pouvoir pourrait laisser sa place.

Ceci peut faire penser à l’assemblée constituante que demande La France insoumise or il n’en est rien. La première question n’est pas de débattre d’une abstraction comme une constitution, dont nous savons que les articles les plus généreux ne reçoivent pas la moindre application, mais bien des mesures concrètes à mettre en avant. D’un tel effort pourrait surgir le besoin d’en arriver à une nouvelle constitution mais le processus est ici inversé. Le point de départ n’est pas la Constitution, qui, par contre, peut devenir un point d’arrivée.
Dans l’ordre pratique :

Le calendrier devrait être fixé clairement et nationalement :

– Les dates des assemblées locales, départementales et nationales

– Les moyens financiers pour faire fonctionner ces assemblées
– Les rémunérations pour les délégués.

A tous les niveaux les débats étant publics leur accès doit être facile sur internet. A Montauban les délégués gilets jaunes qui ont rencontré le préfet ont démontré qu’il était possible de filmer en direct les rencontres ce qui doit être un point basique pour toutes les échanges en préparation.

Il appartient aux gilets jaunes de garder l’initiative et une telle démarche n’est pas incompatible avec le désir de bloquer économiquement le pays pour se faire entendre. Mais sans les moyens mis en place pour avancer démocratiquement des solutions, le risque est de faire émerger l’idée que face à cette «chienlit» seule la méthode forte peut sauver la situation, et comme toujours, il n’est pas impossible que des gilets jaunes viennent apporter leur contribution à une telle opération, étant entendu que la méthode forte serait employée… à de bonnes fins !
J-P Damaggio

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1968-2018

Le 17 novembre 2018, à 6 h 15 du matin, à un rond-point de Castelsarrasin, un homme s’active autour de sa camionnette où il a installé une sono. Sur le dos de son gilet jaune il a inscrit 1968-2018 et il lance le chant des partisans avant que ne s’exprime le responsable donnant les consignes de sécurité et achevant son bref discours par ces mots : «Macron démission».

La centaine de personnes déjà rassemblées, qui n’imaginent pas se retrouver là quinze jours après, n’a que peu à voir avec 1968 puisqu’après des décennies de discours dominant, opposant la jeunesse glorieuse et la vieillesse sénile, toutes les générations se réchauffent autour d’un feu réalisée avec des palettes de bois.

1968 se distingue en effet par le déclencheur international de la jeunesse en lutte qui, en France, et rarement ailleurs, sera rejointe par la bien pensance démocratique (le terme n’est pas péjoratif sous ma plume) dans une grande grève, et enfin suivi, comme nulle part ailleurs, par une opération électorale.

Cette chronologie a permis aux uns et aux autres de retenir le miracle du déclencher contre la sclérose syndicale, ou la grandeur de la grève contre la futilité étudiante des «gauchistes».

En 2018, dans une France bien différente, la bien pensance démocratique a décrété, en guise de gauchistes, que les gilets jaunes n’étaient rien d’autre que la main d’un Front national devenu en effet très ancré dans le paysage politique, la dite bien pensance démocratique n’étant pas sans responsabilité sur ce fait.

Par respect pour le représentant de la CGT, Philippe Martinez, ou d’autres, je ne reprendrais pas ici les propos tenus avant le 17 novembre à ce sujet. Le fond de l’explication de cette position est simple : la bien pensance démocratique considère qu’avec des augmentations de salaires (la revendication juste) on peut payer toutes les taxes du monde car l’Etat redistribue, alors que le refus de payer des taxes (le déclencheur du mouvement avec l’aide de facebook) n’est rien d’autre que le refus égoïste de payer l’impôt, refus sur lequel s’appuie depuis longtemps l’idéologie dominante (quand il s’agit de l’impôt sur le revenu et on comprend vite pourquoi).

1968 se distingue par le lancement d’un capitalisme nouveau qui, pour des raisons de fond, s’opposait au discours conservateur afin de tenir son vrai discours révolutionnaire. Le capitalisme est né pour tout bouleverser, Marx en avait sur ce point fait une belle démonstration à une époque où personne ne pouvait imaginer qu’il serait un internationaliste économique, et le pire constructeur des murs de quelques sites sécurisés. Voilà comment, suivant des études savantes des pauvres se sont mis à voter à droite et des riches à voter à gauche !

 

En 2018, certains auraient préféré, y compris dans la bien pensance démocratique, que les gilets jaunes désignent comme coupables de leurs malheurs les immigrés, plutôt que les taxes, mais elle n’a plus le pouvoir qu’elle avait en 1968, et qui a eu son heure de gloire en 1995, quand les cheminots furent le fer de lance de leur dernier succès social. Les gilets jaunes sont interclassistes et englobent toute la diversité politique de l’extrême-droite aux anarchistes avec cette particularité : ils ont décidé de laisser leurs drapeaux dans leur proche, pour se montrer (ou se masquer suivant ce que l’on pense) sous un uniforme unique, en refusant fermement drapeaux syndicaux et politiques. Contrairement à 68 qui, sous diverses formes, représentait l’avenir ils seraient les témoins (ou les vestiges) du passé ! Des vestiges pour qui croit qu’ils sont des poujadistes.

Donc, comme indiqué au départ, le 68 français s’est terminé par une dissolution de l’Assemblée nationale. Mitterrand avait été le premier à afficher ce souhait en pensant que la quasi victoire de la gauche aux législatives de 67 allait mettre à terre le pouvoir gaulliste en 68. Pendant ce temps, le mouvement criait : «élections pièges à con».

En 2018 les gilets jaunes qui transportent peu de pancartes, qui chantent peu de slogans se retrouvent d’accord sur ce souhait : Macron démission, Assemblée dissolution. Il y a trois jours J-J Bourdin posait la question à François Ruffin : est-ce que vous demandez la dissolution ? Ruffin, qui a été le premier député France insoumise à soutenir clairement les gilets jaunes, a préféré rester prudent. Mais le 1er décembre, J-L Mélenchon a constaté que face à la légitimité de Macron, et face à celle de la rue, la seule sortie possible était la dissolution. A-t-il repensé à la déclaration en 68 de son mentor François Mitterrand ? Or, depuis, nos institutions ont été bouleversées par le socialiste Lionel Jospin qui a décidé de mettre les législatives juste après les présidentielles. Si en 68 la gauche avait gagné, ce qui se produira ensuite, il y aurait eu la cohabitation. S’il y a dissolution aujourd’hui, nous aurions donc une nouvelle cohabitation, et vu que les législatives c’est tous les cinq ans, il faudrait alors après la prochaine présidentielle, une autre dissolution, comme en 1981, pour mettre en conformité le président et l’Assemblée. Cette dissolution de 2018, comme celle de 68 et que Chirac en gaullien amusant a mise en œuvre en 1997 est plus impossible que jamais. Par contre l’Assemblée actuelle dont on sait la fragilité à l’image du parti qui la porte, pourrait imposer un changement plus ou moins important de gouvernement.

En 68, une telle discussion faisait sens, que l’on soit du côté «d’élections trahisons» ou du côté «d’élections solutions» car l’heure était aux «leaders».

En 2018 les gilets jaunes, même après deux semaines de luttes, reportent sans cesse toute idée de délégation de pouvoir, d’où la contradiction majeure face au slogan le plus entendu : Macron démission. En terme politique ce qui apparaît c’est l’appel flou à une Assemblée citoyenne. Ce qui me conduit à une dernière observation.

En 68 les médias ont pu «fabriquer» trois dirigeants du mouvement étudiant : deux étaient des représentants d’organisations historiques, UNEF, SNEsup, et l’autre un trublion dont peu imaginait qu’il durerait si longtemps avec un parcours aussi classique. Cette opération avait été facile car au départ le mouvement était fortement parisien.

En 2018 le mouvement est né sur des milliers de rond-point en même temps partout à travers le pays (et si peu à Paris et la petite couronne), et s’est révélé très français. D’ailleurs la bien pensance démocratique a été et reste surprise par la présence de drapeaux tricolores et de La Marseillaise elle qui, même dans les congrès socialistes penche plutôt vers le rouge et vers l’Internationale. Contre l’idéologie dominante qui fabrique depuis longtemps une honte de la France au sein du peuple (ailleurs c’est toujours mieux), les gilets jaunes ont affirmé une fierté française que le FN, c’est vrai, a pu manipuler. Pendant l’élection présidentielle La France insoumise a sorti aussi le drapeau tricolore unifiant des foules rassemblées qui, en 2012, se faisaient une concurrence en cherchant à mettre en avant son propre drapeau, dans la galaxie du Front de Gauche.

Donc, avec les gilets nous avons une atomisation propre au monde moderne, et une unification par le gilet, d’où il est difficile d’extraire des «leaders» ! Les médias s’y emploient pour venir au secours du gouvernement qui subitement cherche la négociation impossible à ce jour, car les gilets jaunes pratiquent le grand écart en refusant le politique, la délégation, et en demandant en même temps une solution politique par la démission du pouvoir en place. Certains pensent aujourd’hui que ce mouvement peut devenir un mouvement politique organisé ce qui ajoute encore au mystère quant aux suites, des mystères qui horripilent ceux qui savent déjà tout ! Jean-Paul Damaggio.

Par Denis Collin

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