La France croule sous le poids de ses 600 000 élus

La France n’a pas de pétrole, mais elle a des élus, beaucoup trop d’élus rappelle le Cri du Contribuable. Avec 600 000 élus en France, c’est quasiment 1% de la population qui est concernée (record mondial), mais l’ensemble de la population qui en paye les frais.

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Les luttes de classes en France

Ou comment ce qui était déjà pensé devient effectif

En 2001, dans L’Illusion plurielle, nous posions, Jacques Cotta et moi, la question « pourquoi la gauche n’est plus la gauche ? », prenant acte du fait que gouvernement de la « gauche plurielle » menait une politique inscrite dans entièrement dans la discipline européiste. Depuis cette époque, tous les événements ont confirmé ce diagnostic. Dans Après la gauche (2018), j’ai essayé de donner une explication générale, inscrite dans l’histoire à long terme, de ces profondes ruptures. Avec le mouvement des « Gilets Jaunes », ce qui était seulement pensé devient effectif.

C’est dans la vie, en effet, que tout est train de changer. On pouvait croire que tous les gens « de gauche » étaient dans le même camp. Aussi exaspérante que fût la « gauche bobo », la « gauche caviar », on pouvait penser qu’elle était un moindre mal face à la droite et à l’extrême-droite. On pouvait sans mal partager un repas avec un socialiste, un « hamoniste » voire pire et personne n’aurait mis sur le même plan « Les grosses têtes » de Philippe Bouvard et les distingués humoristes de France-Inter. On baignait dans une assez écœurante soupe de « buonismo », comme disent les Italiens pour qualifier cette idéologie qui depuis trente ans a envahi la gauche européenne et remplacer luttes et revendications sociales par la bienveillance et la commisération envers les malheureux, quelle que soit l’origine de leur malheur. De ce « buonismo », la « pensée SOS Racisme » et les divagations sur la « génération morale » avaient donné un bon exemple dans les années 1980/1990.

L’irruption de la révolte des GJ a mis à bas ce monde de faux semblants. La communion dans la pensée giscardienne d’une France centrale qui ne laisserait de côté que des marginaux vole en éclats. Les pauvres ne sont pas ou pas seulement des immigrés ou des homosexuels pourchassés par de terribles homophobes. Voilà que le « bloc élitaire » doit constater qu’il ne fédère même pas les 20% des mieux lotis et qu’il a en face de lui des gens qui n’ont rien à faire de ses bons sentiments, l’immense majorité de ce pays où le salaire médian est à 1800€ par mois (le revenu médian étant un peu inférieur), où l’on devient « riche » à 3000€ (une somme dérisoire pour les belles personnes qui officient dans les médias et dans la classe politique) et où l’on compte près de 9 millions de pauvres. Tous ces gens qui avaient disparu des écrans radars de la bien-pensance se manifestent. Les ouvriers, classe en voie de disparition, refont surface, mais aussi tous ces gens, relativement bien intégrés qui ont un travail plus ou moins stable, ont emprunté pour acheter leur maison ou leur appartement, loin des centres-villes aux coûts prohibitifs et qui voient leurs perspectives de vie très assombries, tirent le diable par la queue pour boucler les fins de mois et surtout pensent que la situation de leurs enfants sera bien pire que la leur. Toute cette « France périphérique » qui est en fait la vraie France centrale, avait valu à Christophe Guilluy, qui le premier l’avait analysée, de se faire cataloguée parmi les « nouveaux réactionnaires ». Mais c’est aujourd’hui l’heure de la revanche de Guilluy. Et les belles gens pour le dire simplement ont la pétoche ! Tous les gens « d’en bas » qui ne réclament pas la charité mais la justice, demandent l’augmentation des salaires, des minima sociaux et des pensions de retraites, tous ces gens qui réclament le retour de l’ISF, ne forment-ils pas la menaçante cohorte de « partageux » ?

Le déchaînement de la haine contre les GJ n’est pas nouveau : les classes laborieuses ont toujours été vues par les bourgeois comme des « classes dangereuses ». Les communards, c’était la canaille ! Et voilà que les grands orgues de la propagande du capital se sont mis en route : anti-écologistes, partisans de Marine Le Pen, racistes, antisémites, quand ce n’est pas alcooliques, tout le mépris de classe s’est donné libre cours. Les mensonges les plus éhontés et les pires manipulations. Un tag antisémite la veille d’une manifestation et ce sont les GJ qui sont coupables. Et si vous contestez cette accusation mensongère, la réponse des défenseurs patentés de « l’État de droit » tombe, aussi tranchante que celle du loup de la fable de La Fontaine : « si ce n’est toi, c’est donc ton frère ! »

Le déferlement de l’ordure venue d’en haut est à la mesure du séisme qui ébranle le pays, au moment où se prépare la 14e journée de manifestation des GJ. Il y a certes moins de monde qu’au début. À ça, une explication simple : de nombreux ronds-points ont été évacués à coups de bulldozers et de compagnies de CRS et les sympathisants GJ ne sont pas ni des héros, ni des militants prêts à affronter l’État, ils sont des citoyens ordinaires qui n’ont aucune envie de rentrer le samedi soir avec un œil ou une main en moins et pas plus d’être arrêtés, embastillés et condamnés pour port du gilet jaune ou détention d’une paire de lunettes de piscine. 1800 condamnations dont beaucoup de prison ferme, 1200 en attente de procès, plus de 9000 interpellations, ça refroidit les ardeurs. Et on le comprend. Dettinger doit servir d’exemple, ainsi en a décidé le pouvoir, ainsi obéit la magistrature couchée. Pour faire de la place en cabane aux GJ, on va en faire sortir des dizaines de sympathisants djihadistes. Voilà la réalité de l’orientation autoritaire de ce pouvoir, qui n’a vraiment rien à envier à Orban et se rapproche de plus en plus du modèle turc d’Erdogan.

Mais que la révolte soit contenue ne change rien à la réalité profonde du pays. Ceux qui ne votent plus, ceux qui ne sont même plus syndiqués, dégoûtés par les bureaucrates des syndicats et par la répression patronale, ceux qui se réfugient dans la colère tous azimuts, ceux qui souvent ont voté FN juste histoire de dire « merde » à tous les bien-pensants qui avaient fait du FN le diable en personne, tous ceux-là côtoient des vieux militants, fidèles aux principes de la lutte des classes et à l’impératif d’affronter le capital, si on veut seulement survivre. Les GJ créent des fractures profondes : d’un côté : des amitiés de brisent, des repas de famille finissent presque en pugilat et d’un autre côté des liens nouveaux se créent totalement inattendus, mais sur une nouvelle base. On a déjà connu ces reclassements dans d’autres périodes de l’histoire où celui qui croyait au ciel et celui qui n’y croyait pas ont ensemble combattus leurs amis respectifs d’hier devenus « collabos ». Les référendums de 1992 sur le traité de Maastricht et de 2005 sur le projet de traité constitutionnel de 2005 ont également produit des effets de reclassement importants. Mais l’union ne s’est faite qu’au moment exact de voter. Aujourd’hui, sur les ronds-points encore occupés, dans la rue le samedi, on ne demande pas à son voisin s’il était Le Pen, Macron ou Mélenchon en 2017. On se moque comme d’une guigne de savoir si on est pour ou contre le mariage homosexuel ou s’il faut manger du quinoa ou des merguez. On réclame ensemble, main dans la main, la justice sociale, l’arrêt de la répression, et souvent qu’on en finisse avec ce gouvernement.

Car ce dont il s’agit, c’est de « la lutte des classes en France » comme le titre le Monde Diplomatique de février 2019 qui rappelle le propos d’un journaliste proche des milieux patronaux « Tous les grands groupes vont distribuer des primes, parce qu’ils ont vraiment eu peur à un moment d’avoir leurs têtes sur des piques. Ah oui, les grandes entreprises, quand il y avait le samedi terrible, là, avec toutes les dégradations, ils avaient appelé le patron du Medef [Mouvement des entreprises de France], Geoffroy Roux de Bézieux, en lui disant : “Tu lâches tout ! Tu lâches tout, parce que sinon…” Ils se sentaient menacés, physiquement. » Le même article du « Diplo » analyse clairement ce qui est en cause : « Le mouvement des « gilets jaunes » marque en effet le fiasco d’un projet né à la fin des années 1980 et porté depuis par les évangélistes du social-libéralisme : celui d’une « République du centre » qui en aurait fini avec les convulsions idéologiques en expulsant les classes populaires du débat public comme des institutions politiques. Encore majoritaires, mais trop remuantes, elles devaient céder la place — toute la place — à la bourgeoisie cultivée. »

L’opération d’enfumage giscardo-mitterrandienne (car Mitterrand après de brèves velléités d’une « autre politique » a finalement enfilé la tenue de Giscard) a échoué. Et nous retrouvons notre vieille amie la taupe qui creuse toujours opiniâtrement. Nous retrouvons face à face, les nantis et leurs laquais de plume et de matraque et les prolétaires, ceux qui doivent travailler pour ne même pas joindre les deux bouts et à leurs côtés quelques membres des classes moyennes supérieures qui n’ont pas oublié d’où ils sont sortis et qui savent combien est moralement insupportable le monde selon Macron.

Prendre la mesure du tournant, c’est évidemment rompre une fois pour toutes avec les rabibochages de la « gauche ». Comment pourrait-on se retrouver avec les partisans de M. Hamon et de la gauche bobo qui ont craché et crachent encore sur les Gilets jaunes ? Dans notre livre de 2001, nous montrions déjà l’impasse de toutes les tentatives de reconstruction de la gauche et nous ajoutions : « Reste une dernière solution. Que les hommes condamnés à une existence insignifiante par le système n’acceptent pas ce sort, que ceux que la “ nouvelle économie ” condamne à mort refusent de mourir, bref que les choses ne se passent pas tranquillement comme les experts l’ont prévu et planifié. On peut imaginer que dans la confusion, dans la dispersion, dans les contradictions, soit en train de germer un nouveau mouvement digne successeur du mouvement ouvrier du XIXe siècle et que, dans ce mouvement, les courants ou fractions à l’intérieur du PS ou au sein de la gauche plurielle qui déplorent le cours pris par la gauche dans son ensemble décident de mettre leurs efforts en commun pour reconstruire une force politique qui soit l’expression authentique des aspirations du peuple, de cette masses immense des “ petites gens ” qui ne bénéficient pas des “ stock options ”, qui attendent des fins de mois qui se font toujours trop attendre, qui n’appartiendront jamais au cercle distingué des “ élites mondialisées ”, comme dirait Chevènement. Bref, une force politique qui pourrait reprendre et prolonger l’effort émancipateur du mouvement ouvrier traditionnel. Un tel mouvement pourrait entraîner avec lui ceux des intellectuels qui refusent l’écrasement de la culture sous le poids de la marchandisation, ceux qui veulent défendre la souveraineté nationale sans tomber dans le nationalisme, une large part des classes moyennes laborieuses qui aujourd’hui servent de masse de manœuvre aux grandes firmes capitalistes. “ Populisme ” nous rétorquera-t-on. Mais la haine du “ populisme ” n’est plus aujourd’hui que l’expression de la révolte des élites autoproclamées contre le peuple. » (Denis Collin et Jacques Cotta, L’illusion plurielle, JC Lattès, 2001)

Denis Collin – 14 février 2019

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« Il nous faut un parti » réflexion entendue sur un barrage…

Sommaire

Vivre tout simplement !
Le capitalisme aujourd’hui, c’est ça le problème
Des mesures d’urgence…
…Pour bâtir quelle société ?
Souveraineté et démocratie
Un parti pour la souveraineté et la justice sociale

Depuis plus de 12 semaines des centaines de milliers de gilets jaunes déferlent. Paradoxe, ils tiennent partout à se présenter comme apolitiques pour ne pas poser les germes de divergences qu’ils redoutent pour la suite du mouvement, courant le risque de laisser la politique aux professionnels qui depuis 40 ans vont de déclaration en déclaration pour être élus et qui une fois en place appliquent en général le contraire des promesses faites avant l’élection. Pourtant, quoi de plus politique que le combat mené au grand jour par les Gilets jaunes. Le gouvernement d’Emmanuel Macron comme les défenseurs du système, relayés par la plupart des médias, ont tout fait pour limiter le soulèvement populaire à la seule question de l’essence, ce qui très vite est devenu le combat pour le pouvoir d’achat, le salaire, le travail, les services publics, bref, la volonté de pouvoir vivre simplement et normalement de son travail. Non seulement le mouvement des gilets jaunes aborde des sujets qui pour être satisfaits posent évidemment l’organisation sociale et politique de la société, la répartition des richesses, mais de plus il pose la question de l’organisation du mouvement lui-même dans le temps pour que les responsables politiques professionnels de tous bords ne puissent s’approprier et dénaturer ce qui constitue le plus fort mouvement social que le pays a connu depuis 1968.

Le mouvement des Gilets jaunes n’est pas apolitique mais plutôt, selon les vieilles classifications, « trans-politique ». On y trouve des citoyens dont les origines politiques sont différentes, dont les convictions sur telle ou telle question peuvent diverger. Mais ce qui le caractérise, c’est sa profonde unité sur l’essentiel, la nécessité de trouver une issue à la question sociale, le respect de la démocratie, l’opposition à la politique du président de la république, de LREM, et le rejet de ce qui est ressenti comme un profond mépris macronien au point de voir le mot d’ordre « Macron démission » faire l’unanimité aux quatre coins de l’hexagone. En cela, si on veut bien laisser de côté les vieilles caractérisations qui n’ont pas grand sens en l’espèce – « gauche », « droite », « extrême gauche », « extrême droite » – et si on rejoint le point de départ commun qui met au cœur de la situation les classes sociales, le combat du peuple d’en bas contre l’oligarchie du sommet, alors le mouvement des Gilets jaunes apparait assez homogène, porteur d’aspirations et de revendications communes.

Dans le cadre de l’association « devoir de résistance-La sociale », Denis Collin, Christophe Miqueu et moi-même avions rédigé en février 2017 un manifeste « pour un 21ème siècle plus heureux ». C’était à la veille des élections présidentielles et rien ne laissait alors prévoir le formidable mouvement social qui depuis a éclaté. Nous faisions un certain nombre de propositions qu’il m’a semblé urgent de revisiter à lumière de la situation actuelle, et d’en tirer quelques conséquences.

Comme point de départ, il nous faut donc aborder ce que les GJ révèlent de la situation dans laquelle nous nous trouvons.
Vivre tout simplement !
La grande régression contre laquelle les GJ se sont engagés au fil des jours affecte tous les domaines de la vie sociale. La volonté des capitalistes et de leurs représentants de détruire les conquêtes sociales là où elles sont nées, dans la « vieille Europe », et singulièrement en France, où elles ont été particulièrement développées, procède d’un double calcul qui correspond aux intérêts du capitalisme.

Tirer le maximum d’avantages au compte des intérêts privés et au détriment du bien collectif.

Gagner un calme durable si une défaite est infligée aux travailleurs, salariés, paysans, jeunes, retraités, aux GJ aujourd’hui.

Aussi la volonté du capital vise :

Les conditions élémentaires de la vie quotidienne, pouvoir d’achat, salaire, travail…

Les droits sociaux (assurance maladie, retraite, protection contre le chômage) qui sont en pleine régression. En 1945, une France à genoux se payait la sécurité sociale ; aujourd’hui elle deviendrait un luxe !

Les services publics et tout ce qui est gratuit et partagé entre les membres de la communauté politique qui sont bradés et privatisés.

Le capitalisme répond à une loi qui conditionne son existence. C’est en se révolutionnant en permanence, en détruisant massivement pour engager des reconstructions, qu’il parvient à surmonter ses propres crises. Ainsi a-t-il fallu les destructions de la seconde guerre mondiale pour qu’il trouve un second souffle et sorte de la crise de 1929. Nous nous trouvons aujourd’hui dans une situation où pour survivre le capitalisme liquide les sources mêmes de la richesse, la terre, le travail, les travailleurs. Chômage, précarité, SDF en sont l’expression directe. C’est cette réalité que les Gilets jaunes font apparaitre au grand jour.

L’alternative est claire. D’un côté, égoïsme, individualisme, loi du plus fort et barbarie… De l’autre partage des biens communs, respect de l’autre et liberté, république démocratique, sociale et laïque.
Le capitalisme aujourd’hui, c’est ça le problème
Au lendemain de la dernière guerre, comme conséquence de la catastrophe qu’il a lui-même produite, le capitalisme à l’échelle internationale et en France singulièrement a été contraint de céder beaucoup, de crainte de tout perdre sous le coup de la lutte des classes et d’un rapport de force marqué par la montée de la volonté populaire. Peur du peuple, peur de sa détermination, peur de son engagement voilà ce qui dominait. C’est ainsi que les conquêtes ont pu se développer, que la société a pu progresser.

Aujourd’hui le mouvement est inverse. Chômeurs par millions en Europe et en France, précarité, destruction des emplois, désindustrialisation, conditions impossibles faites aux petits artisans et aux petits entrepreneurs, le capitalisme balaye tout sur son chemin. Nous assistons à une grande régression, à un terrible retour en arrière en France comme à l’échelle internationale, au développement de la pauvreté, manifestation entre autres des échecs à répétition de toutes les tentatives alternatives baptisées notamment alternative socialiste ou communiste. La remise en cause organisée par le capitalisme touche à la vie elle-même. Pour des millions en France, les difficultés se développent pour se nourrir, se loger, se soigner, se vêtir, garantir l’éducation de ses enfants…

Alors que la communauté politique devrait venir au secours de chacun, c’est à rebours de cette solidarité minimale que s’engage aujourd’hui la France avec la politique que revendiquent Emmanuel Macron, son gouvernement et LREM. Quatre questions centrales au cœur des préoccupations des Gilets jaunes viennent illustrer la réalité d’une politique anti sociale opposée aux intérêts des salariés et bénéfiques aux capital financier:

-Le SMIC.
Le débat en plein mouvement des Gilets jaunes sur l’augmentation du salaire et du SMIC est éclairant. Selon Emmanuel Macron, mais aussi Marine Le Pen en passant par des responsables du PS ou encore du PR qui n’ont d’opposition que le nom, la solution résiderait dans la baisse des « charges » transférées sur le salaire inscrit au bas de la feuille de paye. L’arnaque est grossière. Car ce qu’ils nomment les charges est un salaire différé, socialisé. Il s’agirait donc de prendre dans une poche pour le mettre dans une autre. Et le tour serait joué. Aucune augmentation de salaire en réalité, juste l’assèchement des sources de financement des retraites, de la sécurité sociale, des services publics.

-La sécurité sociale et l’assurance maladie.
Aujourd’hui régie par le principe « chacun paye selon ses moyens, chacun reçoit selon ses besoins », la sécurité sociale qui selon les responsables gouvernementaux d’aujourd’hui, comme ceux d’hier, couterait trop cher aux Français, se voit réduite régulièrement au point qu’à terme celui qui n’aurait plus les moyens de se soigner n’aurait plus qu’à se résigner et accepter la fatalité. Mais quel autre principe pourrait être juste dans la protection contre la maladie ? Les États-Unis avec le système d’assurances privées dépensent par habitant 50 % de plus que les Français … En réalité il s’agit d’offrir à quelques appétits amis et intérêts privés un marché qui pèse des milliards au détriment de l’intérêt général.

-Les retraites.
Le système incarne la société dans laquelle nous décidons ou pas de vivre les uns avec les autres, ou les uns contre les autres. Les actifs permettent aux plus anciens de vivre en cotisant. Ou à l’inverse, la capitalisation (au risque de tout perdre selon les aléas de la Bourse) permettrait à ceux qui ont les moyens d’épargner d’assurer leur fin de vie, et tant pis pour les autres. Là encore tout nouveau recul sur les droits à la retraite est en réalité une nouvelle baisse de salaire, plus facile à imposer car plus discrète que ne le serait la baisse du salaire direct touché en fin de mois. Les réformes de la retraite (Balladur, Fillon, Ayrault et autres) ne sont qu’un hold-up sur les salaires au profit du capital. L’abrogation de ces réformes est une exigence sociale et humanitaire.

Les sources de financement permettant de répondre sérieusement aux revendications populaires, au Gilets jaunes, existent. Elles ne dépendent que d’une volonté politique. En témoigne l’obstination du gouvernement, représentant des capitalistes, et défenseur de leurs intérêts. Il s’oppose aux Gilets jaunes qui mettent la solidarité et la justice sociale au coeur de leurs préoccupations, comme l’illustrent les principales revendications mises en avant. Le rétablissement de l’ISF que refuse Emmanuel Macron est éloquent.

Plus largement, c’est la question de la justice sociale dans son ensemble qui est posée:

-Le rétablissement du partage capital/travail des années passées. Le capital a en effet confisqué 10% supplémentaire de la richesse créée au travail en une trentaine d’années.

-La modification du travail, en faire un objet non subi mais choisi, et des millions voudront poursuivre une vie professionnelle destinée au bien être collectif.

-L’écologie qui remet directement en cause le mode de production existant lorsque la vie elle-même est en danger. La recherche du profit maximum et à court terme est en effet le moteur du mode de production capitaliste qui a que faire du gaspillage des ressources naturelles ou humaines.

Comme tous les sujets qui concernent l’organisation de la société et la vie en son sein,
l’écologie ne saurait être considérée comme une simple question individuelle, comme elle a été utilisée par le gouvernement d’Emmanuel Macron et Edouard Philippe contre les Gilets jaunes. Elle demande une intervention publique, une planification, qui exige que les intérêts privés n’aient pas le dernier mot quand il s’agit du bien commun, cela tant d’un point de vue industriel qu’agricole où la recherche systématique du profit détruit la nature, détruit les hommes, liquide les exploitations familiales à taille humaine pour remettre dans les mains d’industriels et financiers ce qui relève de l’agriculteur et du paysan. Là encore, c’est le capitalisme qui est en cause et non les victimes du système qu’on voudrait rendre responsable du mal subi.

C’est une conception globale de la vie sociale qui doit progressivement être impulsée, une vie en société qui encourage toutes les formes de la vie commune…
Des mesures d’urgence…
Le capitalisme est mortifère. Il développe ses effets sous nos yeux, d’abord dans les zones rurales, puis peu à peu dans les villes moyennes et les grandes métropoles avec la fermeture d’hôpitaux de proximité, de bureaux de postes, de classes, de gendarmeries, de lignes de transport…

Le mouvement des Gilets jaunes indique le refus de millions de nos concitoyens de devenir des citoyens de catégories inférieures qui n’ont plus les mêmes droits sur le territoire national. C’est la communauté nationale qui est atteinte, menacée de dislocation et d’explosion par une politique que les gouvernements successifs, de « droite » comme de « gauche », ont appliquée en relayant la volonté, lorsqu’ils ne la devançaient pas, des institutions supranationales, Union Européenne, banque centrale européenne ou encore FMI, au service du capitalisme financier. C’est le territoire lui-même, c’est-à-dire ses habitants, qui se trouve mis en danger. C’est ce mouvement qu’il s’agit non seulement de stopper mais d’inverser radicalement. Comme le montrent les Gilets jaunes, le rejet de la politique qui sert les intérêt du capital contre ceux du travail est majoritaire dans le pays car tous sentent bien qu’il s’agit en réalité d’une question de civilisation: assurer, préserver et développer une vie décente, digne d’être vécue, et où chacun est appelé à remplir ses devoirs sociaux et à faire valoir son mérite.

Pour cela quelques mesures d’urgence devraient être prise sans tarder:

restauration et développement de l’école publique mise à mal par les réformes des ministres successifs, d’Allègre sous Jospin à Blanquer sous Macron.
réappropriation des biens communs de première nécessité, l’eau, l’électricité, l’assainissement, les transports publics, leurs infrastructures, ou encore tout ce qui permet de se protéger des nuisances, la lutte contre la pollution par exemple, etc. Tout cela doit être, rester ou revenir dans la sphère du contrôle politique des citoyens. Ce qui est à l’ordre du jour, ce n’est donc pas la privatisation des services publics, mais bien leur mise en commun, par exemple par la nationalisation ou leur re nationalisation.
rétablissement et développement de la protection sociale, et des services publics.
Priorité au travail alors que le chômage, qui n’est que le produit d’une organisation délibérée de la société, est perçu comme une fatalité. Outre le dumping social, la baisse des rémunérations, l’organisation de la concurrence mortifère au sein du monde du travail, le chômage organisé et entretenu sert les intérêts privés incarnés par les fonds de pension, fonds financiers, ou autres grandes compagnies d’assurance.

Il s’agit, dans les mesures d’urgence, de réaffirmer un choix de société dans laquelle la dimension humaine est supérieure à l’intérêt financier. Il s’agit de réaffirmer une détermination collective contre la volonté du capital, exprimée clairement par l’ancien vice-président du Medef, Denis Kessler, qui en octobre 2007 déclarait dans le journal Challenges , « Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde ! » et proposait la liquidation de toutes les réalisations sociales qui datent du conseil national de la résistance, « le statut de la fonction publique », « les régimes spéciaux de retraite », « la refonte de la Sécurité sociale », « le paritarisme »…

Alors que le capitalisme désire détruire ce qui a été le cœur de notre reconstruction républicaine au lendemain de la seconde guerre mondiale, au motif que trop de réformes « partageuses » auraient alors été mises en œuvre, alors qu’il ne s’agit de rien d’autre que de reprendre au peuple ses droits sociaux fondamentaux et briser son aspiration démocratique essentielle, alors que le capitalisme interdit de vivre dignement en imposant la mise en compétition permanente des uns avec les autres, les premières mesures qui devraient être prises auraient pour but de faire prévaloir l’intérêt général sur les égoïsmes particuliers.
…Pour bâtir quelle société ?
Le communisme du siècle passé prônait l’abolition de la propriété. Si l’échec a été patent, il n’en demeure pas moins que la question des rapports entre propriété privée, propriété collective (coopérative) et propriété de l’État demeure la question centrale. La réponse à cette question sur la propriété doit correspondre à la diversité des Gilets jaunes qui rassemblent salariés, chômeurs, jeunes, retraités, petits patrons, artisans, commerçants…

La propriété privée doit concerner les biens de consommation et d’usage de chaque individu, acquis par le travail.

Il existe une aspiration répandue à « se mettre à son compte » ou « créer sa boite ». Mais à grande échelle, le rêve confronté à la division du travail et au développement technique rencontre des barrières infranchissables. La protection du petit producteur indépendant, notamment sur le plan financier par un système bancaire adéquat, ne saurait suffire. Le modèle des coopératives mérite d’être développé et adapté aux secteurs concernés.

Les secteurs stratégiques structurant (communications, défense, etc.) doivent être nationalisés. Parmi ces derniers, le système bancaire a une place centrale. Ce sont les banques qui créent la monnaie et directement et indirectement orientent une large partie de l’économie. Une large nationalisation et une rationalisation du système bancaire mis au service de la Nation est donc un impératif.

Les moyens de production indispensables aux besoins de la collectivité doivent être ôtés des mains du privé pour être remis dans celles de l’Etat pour permettre à l’intérêt général de primer sur la satisfaction de quelques intérêts particuliers.

De manière générale, il s’agit de développer par tous les moyens possibles les formes de la coopération au détriment de la mise en concurrence généralisée. On sait qu’en 2005 la question de la « concurrence libre et non faussée » a constitué un élément déterminant dans la décision du peuple français de rejeter le traité constitutionnel européen.

L’économie n’est pas une science naturelle et ne relève en rien de la vérité révélée. Ce qui s’impose depuis plusieurs décennies en matière d’économie sous une forme si dogmatique n’est qu’une manière parmi d’autres d’assurer la domination d’une oligarchie -possesseurs des grandes entreprises, actionnaires, fonds financiers, banques…- sur toute la société.

Le renversement des valeurs qu’il s’agit d’opérer pose la question centrale de la souveraineté du peuple, son droit à décider lui-même de ses propres affaires pour expérimenter les alternatives au capitalisme, et la concurrence entre un secteur capitaliste et un secteur qu’on pourrait dire « socialiste », permettant de dire lequel est le meilleur.
Souveraineté et démocratie
La Souveraineté du peuple et le respect de la démocratie sont toujours, dans toute situation révolutionnaire, les conditions du succès. Sans peuple souverain, sans respect de la démocratie, ce sont toujours des intérêts étrangers qui s’immiscent et finissent par s’imposer. L’exercice de la discussion, les prises de décision, la détermination qui domine depuis des semaines dans les groupes de Gilets jaunes témoignent d’un degré de conscience élevé sur ces questions essentielles.
Démocratie en tout et pour tout, telle est la règle, encore résumée dans l’exigence affirmée dans toute la France d’un « gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple », formule revendiquée aujourd’hui par le mouvement populaire des Gilets jaunes qui se mobilise contre Emmanuel Macron et sa politique. C’est pourquoi la condamnation de la 5ème république au sein du mouvement des Gilets jaunes est sans ambiguïté, comme la volonté de voir la mise en place d’une constituante non pour amender la 5ème république anti-démocratique, mais pour lui substituer une autre république donnant naissance au « gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ».
Un tel gouvernement doit interdire la confiscation du pouvoir de décision par quiconque se situerait au-dessus, à côté ou contre le peuple. La Nation doit ainsi pouvoir préserver son bien le plus précieux, décider par elle-même et pour elle-même en toute circonstance.
C’est au contraire que nous assistons avec l’union européenne. Le mouvement des Gilets jaunes vient à nouveau en faire la démonstration imparable : toutes les revendications trouvent sur leur chemin l’obstacle de l’union européenne qui en interdit la satisfaction, et derrière laquelle au nom de l’Europe vient se retrancher le gouvernement français. L’union européenne n’est pas l’Europe. Elle ne défend en rien les intérêts des peuples.

Selon l’article 3 du Traité sur l’Union européenne imposé en 2008 au peuple français après le vote Non au référendum de 2005, l’Union dispose en effet d’une compétence exclusive dans les domaines essentiels que sont l’établissement des règles douanières, des règles de concurrence relatives au fonctionnement du marché intérieur, dans le domaine de la politique monétaire pour les Etats membres dont la monnaie est l’Euro, véritable outil de domination, de la conservation des ressources biologiques de la mer dans le cadre de la politique commune de la pèche, de la politique commerciale commune…Qu’il s’agisse de politique économique, monétaire, sociale, ou diplomatique, les peuples ne sont plus maitres de leur destin. L’appartenance à l’Union européenne, dans son état d’existence actuel, condamne à appliquer les décisions de Bruxelles. Dans le domaine militaire, c’est directement Washington qui tient le poste de commande, la politique de défense de l’UE étant soumise à l’OTAN.

Les traités européens enchaînent les peuples aux intérêts exclusifs du capitalisme financier. Travail, salaires, services publics, santé, éducation, sécurité, etc., sont soumis aux intérêts exclusifs d’une poignée au détriment de l’intérêt général. L’article 48 du « traité sur l’Union l’européenne » stipule que toute modification de ces traités exige l’unanimité des Etats membres de l’Union européenne. En d’autres termes, dans le cadre actuel de l’Union européenne, il est impossible de faire entendre la voix libre des peuples. En conséquence, y a-t-il d’autres possibilité pour s’opposer aux traités européens que de quitter l’Union européenne, sortir de l’euro afin de redonner aux peuples la souveraineté qui aujourd’hui leur est confisquée ? Le rapport de force politique interne à l’Union européenne peut-il ouvrir une voie de négociation pour modifier les traités ? Est-il envisageable que la voix de chaque peuple ne soit plus réprimée ? Poser ces questions à la lumière des faits, c’est y répondre.

Le mouvement des Gilets jaunes s’inscrit dans les leçons récentes qui au niveau européen indiquent que toute réforme de l’union européenne, toute tentative d’humanisation, est impossible.

En Grèce, l’union européenne a dicté la liquidation des moyens de subsistance les plus élémentaires– (travail, salaires, retraites, santé, éducation…) en privatisant tous les biens communs.

En Grande Bretagne, les citoyens, et en premier lieu les plus pauvres, ceux qui n’appartiennent pas au monde de la City, ont clairement manifesté leur opposition à l’UE en adoptant le « Brexit » que l’oligarchie tente de remettre en cause en niant le vote des britanniques.

On peut imaginer que de nombreux peuples suivraient sans doute la même voie… si l’on leur donnait la parole. Et quand ils prennent la parole, on sait que les gouvernements ne respectent pas la volonté populaire, et la trahissent, comme en France lorsqu’a été adopté par le Congrès ce que le peuple avait refusé dans les urnes en 2005.

L’Europe contre l’union européenne suppose trois choses :

que les peuples établissent entre eux une véritable société des nations d’Europe où chacun compte pour une voix, qui se fixe comme objectif essentiel la paix, au lieu de veiller jour après jour à maintenir la guerre économique ;

que chacun reste maître chez lui et que personne ne songe à imposer à une nation des orientations qui n’entrent pas dans le champ des clauses du traité de paix ;

que soient reconnus des droits communs à tous les citoyens de toutes les nations de ce pacte européen.

Une telle union politique des nations libres n’empêcherait nullement les coopérations économiques, scientifiques, culturelles impliquant tous les volontaires. Au contraire, une telle union permettant à chacun de décider librement faciliterait toutes les coopérations dans l’intérêt réciproque des nations et des peuples.

La sortie de l’Euro pose sans nul doute des questions d’ordre technique qui méritent réflexion. Mais dans ce cadre pourrait être mise en place une monnaie commune dont la valeur serait fixée sur un panier de monnaies nationales, contrairement à l’euro, monnaie unique, dont la valeur est fixée sur le niveau des économies les plus fortes et qui donc asphyxie la plupart des nations et des peuples.

La souveraineté nationale n’est pas le nationalisme ; elle est une manière de faire vivre la volonté populaire des citoyens, sans jamais exacerber les particularismes, mais au contraire en mettant toujours en valeur ce qui nous unit et nous est commun.

Au contraire, la compétition économique généralisée au sein de l’UE satisfait l’exacerbation de tous les particularismes au détriment d’une vision de l’intérêt général, et conduit au développement de plus en plus marqué des formations d’extrême droite qui se complaisent dans ce système au plus haut point inégalitaire où elles peuvent jouer le double rôle d’alliés objectifs et d’idiots utiles des bureaucrates de Bruxelles. Le FN sert l’UE et réciproquement ! Comme la servent toutes les formations qui présentent des listes aux élections européennes, même si cela se fait avec les meilleures intentions, évidemment.

Souveraineté et démocratie sont les conditions de l’émancipation. Cette aspiration qui domine à petite échelle sur les barrages, les blocages, les manifestations de Gilets jaunes doit être généralisée en interdisant à toute autorité supranationale de décider en lieu et place des peuples de ce qui les concerne. Cela au niveau européen mais plus généralement vis à vis de l’OMC, du FMI, ou encore de l’OTAN sur le plan militaire, qui avec les institutions de l’union européenne et de la banque centrale sont les prototypes des instances contre lesquelles s’imposerait une action concertée des différents gouvernements de nations libres, décidant de coopérer librement entre elles.
Un parti pour la souveraineté et la justice sociale
Le mouvement des Gilets jaunes ne faiblit pas. Fait absolument unique dans les grandes mobilisations sociales qui posent ouvertement la question du pouvoir, de semaine en semaine des dizaines de milliers dans toute la France continuent de descendre dans la rue, au risque de subir une violence policière et une vindicte judiciaire sans retenue, au service du pouvoir aux abois.

Une question est posée par cette détermination populaire : comment et par quels moyens préserver la force qui s’exprime et ne pas voir s’étioler ce mouvement comme le voudrait le pouvoir en place ?

Le gouvernement, représentant des intérêts financiers dictés par l’union européenne, bénéficie de l’absence de solution de rechange. Emmanuel Macron, héritier direct de la « gauche », est parvenu à rassembler ce qui reste de la « droite ». Il réalise une synthèse que le peuple a bien comprise. Entre la « gauche » et la « droite » qui depuis les années 1980 ont joué l’alternance, aucune divergence de fond ne permet d’offrir la moindre alternative à la politique contre laquelle se mobilisent les citoyens dans toute la France. Réclamer la « gauche » contre la « droite » n’a aujourd’hui pas de sens. « Gauche » et « droite » sont interchangeables, ou plus exactement superposables dans la politique que mène le gouvernement macronien contre le peuple. « Gauche » et « droite » sont aujourd’hui au pouvoir.

« Un gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple » telle est l’exigence qui passe par la réalisation du mot d’ordre qui fait l’unanimité, « Macron démission ». Mais nul ne sait si cette volonté sera réalisée et nul ne connait les rythmes et les voies qui seront utilisées pour atteindre cet objectif.

Dans ce cadre, la question de l’organisation est posée pour durer, pour assurer les bases arrières d’un mouvement permettant d’assurer l’avenir.

Toute organisation doit se définir par son programme et ses règles.

Le programme, recension des exigences exprimées par le mouvement des Gilets jaunes, exprimé ici même rapidement, met au centre les questions sociales qui unissent des citoyens d’origines et d’expériences différentes, mais aux intérêts communs.

Les règles, conditions de l’application du programme, sont résumées par la double exigence de souveraineté et de démocratie exprimée dans tout le pays par les Gilets jaunes. Elles définissent l’action de la France et sa place dans les relations internationales.

Plusieurs tentatives se sont soldées par un échec patent. La plus récente est celle de la France Insoumise dont le programme en bien des points est à géométrie variable, dépendant de l’humeur du moment et dont les règles ne respectent ni les principes de souveraineté – voir la question européenne – ni de démocratie – voir les prises de décisions – pourtant centrales dans toute tentative sérieuse.

C’est un parti qu’il faut au peuple pour unir et préserver les forces nécessaires au combat qui se mène et qui sans nul doute est appelé à se poursuivre. Un parti qui notamment permettra d’affronter les échéances futures, sociales, politiques et électorales au niveau national en fonction du développement de la situation.

Un nouveau parti pour la souveraineté, pour la sociale, pour la république… C’est cette discussion qui devrait être ouverte, sans faux semblant, sans retenue avec comme seule volonté celle d’aboutir.

Jacques Cotta
Le 11 février 2019

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Affaire Benalla : ce qu’il faut retenir des enregistrements révélés par Mediapart

L’ancien chargé de mission de l’Elysée, Alexandre Benalla, après son audition par la commission d’enquête du Sénat, à Paris, le 21 janvier 2019. (ALAIN JOCARD / AFP)
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Mis à jour le 31/01/2019 | 18:27
publié le 31/01/2019 | 18:27 Par France Info

https://www.francetvinfo.fr/politique/emmanuel-macron/agression-d-un-manifestant-par-un-collaborateur-de-l-elysee/affaire-benalla-ce-qu-il-faut-retenir-des-enregistrements-reveles-par-mediapart_3169697.html#xtor=EPR-51-%5Baffaire-benalla-ce-qu-il-faut-retenir-des-enregistrements-reveles-par-mediapart_3169895%5D-20190131-%5Bbouton%5D

Le site d’information a authentifié les enregistrements d’une rencontre entre Alexandre Benalla et Vincent Crase, tous deux mis en examen dans les violences du 1er-Mai à Paris.

Une discussion interdite, des liens avec un oligarque russe, le soutien de l’Elysée à Alexandre Benalla… Dans une longue enquête publiée jeudi 31 janvier, Mediapart diffuse des « enregistrements qui changent tout ». Le site d’investigations affirme avoir authentifié les enregistrements sonores d’une rencontre entre Alexandre Benalla, l’ancien chargé de mission de l’Elysée, et Vincent Crase, ancien chargé de sécurité de La République en marche. La scène se déroule le 26 juillet 2018 et les deux hommes y abordent des sujets sensibles, de l’enquête sur les violences du 1er-Mai à un contrat de sécurité passé avec un sulfureux oligarque russe.
Benalla a enfreint son contrôle judiciaire

Le 22 juillet 2018, Alexandre Benalla et Vincent Crase ont été mis en examen, notamment pour « violences en réunion », après les événements du 1er-Mai, point de départ de l’affaire. Les deux hommes avaient été filmés en train d’interpeller violemment un couple, à Paris.

Ce que révèle Mediapart. Le site affirme qu’Alexandre Benalla et Vincent Crase se sont rencontrés « en petit comité », le 26 juillet, quelques jours après leur mise en examen. On ignore où le rendez-vous s’est déroulé et si quelqu’un d’autre était présent, mais la rencontre a été enregistrée et l’on entend les deux hommes échanger des informations sur l’enquête et les perquisitions en cours. Vincent Crase dit même avoir envisagé de se rendre au siège de LREM, une nuit « mais le problème, c’est qu’il y a les flics devant ».

Pourquoi c’est embarrassant. Comme l’explique Mediapart, cette rencontre est illégale puisqu’elle viole les termes de leur contrôle judiciaire, qui interdit « tout contact » entre les deux mis en examen. Une mesure destinée à ne pas entraver l’enquête en cours.
Benalla revendique le soutien du « patron »

Au cours de cette rencontre, Alexandre Benalla assure à Vincent Crase qu’Emmanuel Macron, qu’il appelle « le patron », « fait plus que (les) soutenir ».

Ce que révèle Médiapart. Dans l’enregistrement de la rencontre, on entend Alexandre Benalla se vanter du soutien de la présidence, citant notamment un SMS d’Emmanuel Macron. « Truc de dingue, le ‘patron’, hier soir il m’envoie un message, il me dit : ‘Tu vas les bouffer. Tu es plus fort qu’eux, c’est pour ça que je t’avais auprès de moi. Je suis avec Isma [Ismaël Emelien, conseiller spécial du président], etc., on attend Le Monde, machin, etc.' » Relancé par Vincent Crase, il ajoute : « Il fait plus que nous soutenir (…) Il est comme un fou (…) C’est énorme quand même. » Alexandre Benalla assure en outre avoir le soutien de « Madame », à savoir Brigitte Macron, ainsi que celui d’Ismaël Emelien, conseiller spécial du président de la République, qui le « conseille sur les médias et compagnie », assure-t-il.

Pourquoi c’est embarrassant. Le soutien d’Emmanuel Macron à Alexandre Benalla n’est pas exactement une surprise. Le chef de l’Etat l’avait affirmé quelques jours plus tôt devant des élus LREM, en affirmant être le « seul responsable », avant de lancer « qu’ils viennent me chercher ! ». Mais Mediapart rappelle que l’enquête judiciaire en cours met « en grande difficulté » Ismaël Emelien, qui aurait pu recevoir, des mains d’Alexandre Benalla, « des images obtenues illégalement de la préfecture de police, qui vont être diffusées dans les heures qui suivent sur les réseaux sociaux par des comptes En Marche ! en défense de Benalla ». Ismaël Emelien apparaît donc comme un « point de contact important de Benalla à l’Elysée », explique Mediapart.

Ce que répond l’Elysée. Contacté par Mediapart, « l’Elysée dément l’existence de ce SMS » d’Emmanuel Macron à son ancien chargé de mission, ainsi que l’idée selon laquelle Ismaël Emelien aurait pu conseiller Alexandre Benalla. Ce très proche d’Emmanuel Macron n’a pas répondu aux sollicitations de la rédaction.
Benalla serait « impliqué dans un contrat » avec un sulfureux oligarque russe

Selon l’enquête de Mediapart, c’est « un sujet qui inquiète le tandem Benalla-Crase ». Le site d’informations avait révélé, au mois de décembre, l’existence d’un « contrat de sécurité » entre l’oligarque russe Iskander Makhmudov et la société Mars, qui appartient à Vincent Crase, « à une date où ce dernier était encore chargé de la sécurité du parti LREM, tandis qu’Alexandre Benalla travaillait encore à l’Elysée ».

Ce que révèle Mediapart. « Benalla est personnellement impliqué dans ce contrat, y compris dans ses montages financiers », affirme l’enquête de Mediapart. L’ancien chargé de mission de l’Elysée a « rencontré à plusieurs reprises le représentant de l’oligarque en France, l’homme d’affaires Jean-Louis Hagenauer », ajoute le site, photo de Benalla et Hagenauer jouant au babyfoot à l’appui. Les discussions remonteraient à l’hiver 2017, alors qu’Alexandre Benalla est en fonction à l’Elysée, et Benalla aurait touché de l’argent en lien avec ce contrat.

Pourquoi c’est embarrassant. D’abord, parce que Iskander Makhmudov, proche de Vladimir Poutine, a un profil « sulfureux ». Il est « soupçonné par plusieurs magistrats européens d’accointances avec l’un des pires groupes criminels moscovites » et « la justice française s’intéresse à lui », écrit Mediapart. Ce lien entre un proche d’Emmanuel Macron, alors habilité « secret défense », et un « milliardaire proche du pouvoir poutinien », « interroge pour le moins », estime Mediapart.

En outre, Alexandre Benalla, interrogé à plusieurs reprises sur ce contrat, a toujours nié être impliqué, notamment lorsqu’il témoignait, sous serment, devant la commission d’enquête du Sénat.

Mis à jour le 31/01/2019 | 18:27
publié le 31/01/2019 | 18:27 Par France Info

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L’appel de Commercy

Gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple : c’est le résumé de l’appel de Commercy lancé par les GJ qui se sont réunis ce week-end. Rien de plus juste. La démocratie, c’est le pouvoir du peuple, exercé par le peuple et en vue du bien du peuple. Et tout se concentre là-dedans. Si le peuple veut gouverner, il ne peut pas en même temps être gouverné par une instance supranationale comme l’UE. Si le peuple veut gouverner, il ne peut pas laisser des oligarques accaparer le pouvoir et les moyens du pouvoir et donc il faut instaurer une démocratie radicale, une véritable république. Et gouverner pour le peuple, cela signifie que les intérêts prépondérants qui doivent diriger l’action gouvernementale ne peuvent être ceux de la minorité de riches et de gras laquais des riches, mais ceux de la masse des travailleurs, des retraités, de tous ces honnêtes gens qui, toute leur vie, ont travaillé pour tenter de vivre décemment et ne peuvent plus joindre les deux bouts, et craignent encore plus pour leurs enfants.

L’appel de Commercy porte au plus cette conscience politique du mouvement. Il doit être lu et diffusé.
APPEL DE LA PREMIÈRE « ASSEMBLÉE DES ASSEMBLÉES » DES GILETSJAUNES

Nous, Gilets Jaunes des ronds-points, des parkings, des places, des assemblées, des manifs, nous sommes réunis ces 26 et 27 janvier 2019 en « Assemblée des assemblées », réunissant une centaine de délégations, répondant à l’appel des Gilets Jaunes de Commercy.

Depuis le 17 novembre, du plus petit village, du monde rural à la plus grande ville, nous nous sommes soulevés contre cette société profondément violente, injuste et insupportable. Nous ne nous laisserons plus faire ! Nous nous révoltons contre la vie chère, la précarité et la misère. Nous voulons, pour nos proches, nos familles et nos enfants, vivre dans la dignité. 26 milliardaires possèdent autant que la moitié de l’humanité, c’est inacceptable. Partageons la richesse et pas la misère ! Finissons-en avec les inégalités sociales ! Nous exigeons l’augmentation immédiate des salaires, des minimas sociaux, des allocations et des pensions, le droit inconditionnel au logement et à la santé, à l’éducation, des services publics gratuits et pour tous.

C’est pour tous ces droits que nous occupons quotidiennement des ronds-points, que nous organisons des actions, des manifestations et que nous débattons partout. Avec nos gilets jaunes, nous reprenons la parole, nous qui ne l’avons jamais.

Et quelle est la réponse du gouvernement ? La répression, le mépris, le dénigrement. Des morts et des milliers de blessés, l’utilisation massive d’armes par tirs tendus qui mutilent, éborgnent, blessent et traumatisent. Plus de 1.000 personnes ont été arbitrairement condamnées et emprisonnées. Et maintenant la nouvelle loi dite « anti-casseur » vise tout simplement à nous empêcher de manifester. Nous condamnons toutes les violences contre les manifestants qu’elles viennent des forces de l’ordre ou des groupuscules violents. Rien de tout cela ne nous arrêtera ! Manifester est un droit fondamental. Fin de l’impunité pour les forces de l’ordre ! Amnistie pour toutes les victimes de la répression !

Et quelle entourloupe que ce grand débat national qui est en fait une campagne de communication du gouvernement, qui instrumentalise nos volontés de débattre et décider ! La vraie démocratie, nous la pratiquons dans nos assemblées, sur nos ronds-points, elle n’est ni sur les plateaux télé ni dans les pseudos tables rondes organisées par Macron.

Après nous avoir insultés et traités de moins que rien, voilà maintenant qu’il nous présente comme une foule haineuse fascisante et xénophobe. Mais nous, nous sommes tout le contraire : ni racistes, ni sexistes, ni homophobes, nous sommes fiers d’être ensemble avec nos différences pour construire une société solidaire.

Nous sommes forts de la diversité de nos discussions, en ce moment même des centaines d’assemblées élaborent et proposent leurs propres revendications. Elles touchent à la démocratie réelle, à la justice sociale et fiscale, aux conditions de travail, à la justice écologique et climatique, à la fin des discriminations. Parmi les revendications et propositions stratégiques les plus débattues, nous trouvons : l’éradication de la misère sous toutes ses formes, la transformation des institutions (RIC, constituante, fin des privilèges des élus…), la transition écologique (précarité énergétique, pollutions industrielles…), l’égalité et la prise en compte de toutes et tous quelle que soit sa nationalité (personnes en situation de handicap, égalité hommes-femmes, fin de l’abandon des quartiers populaires, du monde rural et des outres-mers…).

Nous, Gilets Jaunes, invitons chacun avec ses moyens, à sa mesure, à nous rejoindre. Nous appelons à poursuivre les actes (acte 12 contre les violences policières devant les commissariats, actes 13, 14…), à continuer les occupations des ronds-points et le blocage de l’économie, à construire une grève massive et reconductible à partir du 5 février. Nous appelons à former des comités sur les lieux de travail, d’études et partout ailleurs pour que cette grève puisse être construite à la base par les grévistes eux-mêmes. Prenons nos affaires en main ! Ne restez pas seuls, rejoignez-nous !

Organisons-nous de façon démocratique, autonome et indépendante ! Cette assemblée des assemblées est une étape importante qui nous permet de discuter de nos revendications et de nos moyens d’actions. Fédérons-nous pour transformer la société !

Nous proposons à l’ensemble des Gilets Jaunes de faire circuler cet appel. Si, en tant que groupe gilets jaunes, il vous convient, envoyez votre signature à Commercy (assembleedesassemblees@gmail.com). N’hésitez pas à discuter et formuler des propositions pour les prochaines « Assemblées des assemblées », que nous préparons d’ores et déjà.

Macron Démission ! Vive le pouvoir au peuple, pour le peuple et par le peuple.
Appel proposé par l’Assemblée des Assemblées de Commercy.

Il sera ensuite proposé pour adoption dans chacune des assemblées locales.

Par Denis Collin

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Sociétal contre social et autres question

L’extrême-gauche, les partisans de l’intersectionnalité des luttes et autres balivernes de la même farine ont promu l’idée que les revendications sociales et les revendications étaient solidaires, l’idée que la petite et moyenne bourgeoisie chic seraient des alliés des ouvriers. Ce qui se passe démontre l’inanité de cette « stratégie ». Les revendications sociétales sont une arme de guerre contre les revendications sociales, une nouvelle occasion pour les pseudo-intellectuels d’étaler leur mépris des ouvriers, leur mépris de classe et d’essayer d’assommer intellectuellement la grande majorité de nos concitoyens qui essaient seulement de vivre décemment, d’élever leurs enfants et d’entretenir un petit chez-soi, un refuge contre la violence du monde. L’importance du mouvement des GJ, c’est justement d’avoir rassemblé ceux qui ont décidé de ne plus avoir peur, de ne plus avoir honte d’être ceux qu’ils sont, et de le faire eux-mêmes et non en suivant les conseils des « intellectuels » dominants. Rien que pour ça, on se doit d’en être.

Communautarismes sexuels ?

Que chacun prenne son plaisir comme il l’entend (tant qu’on est entre adultes consentants) cela devrait être absolument évident. Et cela vaut au premier chef pour le plaisir sexuel (le plaisir genré, ça ne va pas). Ce que devrait garantir le droit c’est justement la séparation la plus étanche possible entre commun et intime. Mais n’y a-t-il pas problème quand les « orientations sexuelles » (quelle drôle d’expression !) deviennent des drapeaux politiques ?
Droit au retour ?

Le problème du droit des djihadistes français à revenir en France est facile à régler. Ils doivent pouvoir revenir en France 1) s’ils en font la demande, au cas où ils seraient en liberté ou 2) si l’Etat qui les a emprisonnés use de la peine de mort. La souveraineté de l’Etat suppose qu’il soit apte à protéger ses ressortissants, quelque criminels qu’ils soient.
Ce qui est plus problématique, c’est que ce monsieur Castaner paraisse si sourcilleux du droit des criminels islamiques et si peu du droit des honnêtes gens GJ. L’Etat devrait tout de même faire un effort pour protéger ses citoyens des tirs des fanas du LBD.

Sortir de l’OTAN

Ici et là on critique (justement) l’intervention des USA au Venezuela. Mais ils n’y font que de l’ingérence humanitaire et démocratique, non??? Une bonne partie de la « gauche » est pour le prétendu « droit d’ingérence ». Et c’est un gouvernement de gauche (Mitterrand en l’occurrence) qui a entraîné la France dans la première guerre d’Irak (1991) derrière Bush (le père). Ce sont des intellectuels « de gauche » qui ont soutenu l’opération Sarkozy contre la Libye. On doit aussi rappeler que tous ceux qui ont voté le traité de Maastricht (et les précédents) ont confié les clés de la politique de défense à l’OTAN, c’est-à-dire à l’oncle Sam. Ceux qui acceptent aujourd’hui le cadre de l’UE et se précipitent pour en toucher les prébendes, acceptent de facto cette tutelle de l’OTAN et si l’on veut sortir de l’OTAN, il faut sortir de l’UE. Il n’y a pas d’autre solution.

Par Denis Collin

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Le traité d’Aix la Chapelle, la négation de la Nation et de notre souveraineté…

Ou comment Emmanuel Macron et Angela Merkel tentent de résister à leur déclin annoncé.

Les élections présidentielles ont démontré le caractère profondément antidémocratique de la Ve République permettant au gagnant du premier tour avec un nombre très minoritaire de voix d’être assuré de la victoire au second, dès lors que son adversaire est la candidate du Front National. Ainsi, avec seulement un quart des votes exprimés sur son nom -soit seulement un cinquième des inscrits- Emmanuel Macron s’est retrouvé porté à la tête de l’état face à Marine Le Pen, dont la présence assurait de fait son élection. Les plus optimistes pensaient que les élections passées, la démocratie reprendrait le dessus. Mais c’est aujourd’hui la vie politique dont le caractère démocratique est bafoué, dénié, refoulé, dès lors que la présidente du Rassemblement National a pris la parole. Le traité d’Aix-la-Chapelle vient confirmer cette terrible réalité. Il suffit en effet que Marine Le Pen dénonce « l’abandon de l’Alsace Lorraine » ou que son acolyte Nicolas Dupont-Aignan affirme que « la France laisse sa souveraineté à l’ONU au profit de l’Allemagne » pour qu’une levée de boucliers politico-journalistique viennent évoquer les « fake news » et en appellent sur un ton terroriste à l’arrêt de toute interrogation sur le sujet. La moindre critique du traité d’Aix-la-Chapelle reviendrait à endosser les positions des leaders du RN ou de DLF.
De Bruno Le Maire…
Sur un plan directement politique, c’est Bruno Le Maire qui se fait le remarquable relayeur de la parole macronienne. Sur les ondes, il n’a pas manqué de fustiger les paroles mettant en cause le traité, sans toutefois revenir sur quelques affirmations étayées qui y sont opposées. Sans non plus entrer dans une explication sans doute difficile sur la méthode qui a présidé à la signature de ce nouveau traité.

Le traité d’Aix la Chapelle entre l’Allemagne et la France a été ratifié sans qu’aucune présentation n’ait été faite devant le peuple. Ce n’est qu’à quelques jours de sa ratification que l’évènement a été évoqué. Et c’est pratiquement clandestinement, dans la fastueuse salle du couronnement de l’hôtel de ville, sous sa superbe croisée d’ogives, que cinquante-six ans jour pour jour après le traité de l’Élysée ratifié par De Gaulle et Adenauer en 1963, qu’Emmanuel Macron et Angela Merkel sont venus ratifier sans mot dire un texte qui avait été annoncé depuis longtemps, sans jamais que son contenu n’ait été révélé.

Sans doute est-ce le contexte politique difficile dans lequel se débat le président de la République, dont les scores d’impopularité face aux mobilisations populaires qui se répètent de semaine en semaine bat tous les records, qui a empêché l’exécutif de plastronner comme il est d’usage sur ce genre de sujets. En septembre 2017 dans son discours sur l’Europe à la Sorbonne, Emmanuel Macron plaidait déjà pour « une impulsion franco-allemande décisive et concrète » et proposait de ratifier un nouveau traité le 22 janvier 2018. Manque d’originalité et alignement discipliné sur les intérêts politiques et économiques qui dominent la « construction européenne », Emmanuel Macron reprenait les idées déjà énoncées par l’ex chancelier allemand Gerhard Schröder -grand pourfendeur des acquis sociaux en Allemagne dont le régime des retraites, la flexibilité, la précarité, etc…- et par Alain Minc -dont on connait les propositions « progressistes » qui l’animent- qui dans une tribune en 2016 en appelaient à un élargissement du texte signé en 1963.
…A Laurent Joffrin
Et dans la presse, c’est Joffrin qui signale la fin de la discussion avant même qu’elle n’ait été ouverte. La méthode est subtile. Dans une première et longue partie du papier qu’il consacre le 22 janvier au sujet, il reprend une série d’assertions qui sonnent juste. Il est question de « trahison consommée », de « forfaiture », de camouflage par « les médias officiels aux mains de l’oligarchie », de réalisation du « rêve du grand Reich » … Laurent Joffrin aurait-il changé?

Il grossit le trait pour mieux dévaloriser toute interrogation légitime. « Strasbourg sous le feu des canons allemands », « les provinces de l’est qui ont coûté à la France tant de millions de morts » qui « reviennent vers le Boche sans qu’on ait même tiré un coup de fusil, sous la férule de l’empire germano-européen », « la Marseillaise sera-t-elle bientôt, dans les écoles de l’est, remplacée par Deutschland Uber Alles, et des menus alternatifs, équivalents germaniques des menus halal déjà imposés dans les territoires perdus de la République, seront proposés aux enfants, avec saucisse de Francfort et choucroute obligatoire ». Pour aboutir à « la dictature germanique » dénoncée par Jean-Luc Mélenchon.

Laurent Joffrin se saisit du traité d’Aix-la-Chapelle pour ramener « les valeureux souverainistes » et les « vigilants patriotes » au rang du Rassemblement National. Dans le débat, il opère comme les institutions dans les élections. Toute interrogation, toute critique serait donc d’office discréditées. Et comme nul n’est jamais mieux servi que par soi-même, l’éditorialiste de Libération utiliser le traité d’Aix-la-Chapelle pour tenter, en plein mouvement des Gilets Jaunes, de réhabiliter « les médias tenus en laisse par l’oligarchie cosmopolite des Drahi, des Dassault et des Niel, justement dénoncée jusque dans les rangs de La France insoumise ou encore par Natacha Polony… ». Le « cosmopolite » accolé à « l’oligarchie » indique bien l’intention de l’auteur.
Mais que veulent-ils cacher ?
Dans l’article 8 du traité il est indiqué que « l’admission de l’Allemagne au conseil de sécurité de l’ONU est une priorité de la diplomatie franco-allemande » et que la France et l’Allemagne « agiront de concert afin de promouvoir aux Nations Unies les positions et les engagements de l’UE face aux défis et menaces de portée mondiale ».
Il faut donc considérer que les diplomaties française et allemande sont liées, scellées par l’Union Européenne. Quel aveu ! Mais quel est donc le sens d’une telle volonté, dans une union européenne rejetée par les peuples, contradictoire avec l’exercice de la souveraineté des nations? Et quels sont les « défis et menaces de portée mondiale » qui permettraient à la France et à l’Allemagne de faire prévaloir les positions de l’UE qui se définit précisément pour n’avoir aucune position, sinon celles qui sont favorables aux intérêts du capital financier ?

Dans son article 13, le traité prévoit de donner aux euro-districts, de grandes entités administratives européennes, des « compétences appropriées » et des « ressources dédiées ». Il est question de « bilinguisme », de « comité de coopération transfrontalière » … Mais concrètement, de quoi s’agit-il sinon d’avancer dans le projet d’une Europe des régions qui passe par le démantèlement des nations au nom évidemment de l’efficacité, de la coopération ?

La volonté affichée dans ce traité est l’instauration d’une zone économique franco-allemande dotée de règles communes et une harmonisation du droit des affaires entre les deux pays comme une étape décisive pour l’espace économique européen. Mais quid alors des autres nations dans et hors l’espace européen avec lesquelles la France peut et doit coopérer librement ? Le lien au capital financier qui ordonne l’Union Européenne est réaffirmé dans les détails. Ainsi l’article 24 du traité indique qu’un « membre du gouvernement d’un des deux États prend part, une fois par trimestre au moins et en alternance, au conseil des ministres de l’autre État », et l’article 20 engage les deux États à « favoriser la convergence entre les deux États et à améliorer la compétitivité de leurs économies », via le Conseil économique et financier franco-allemand.
Le traité des estropiés
Ce traité d’Aix la Chapelle veut approfondir la politique de destruction de notre souveraineté. Il constitue une agression contre les nations et les peuples. Il subordonne notre politique et note diplomatie aux intérêts allemands. Paradoxalement ce sont deux chefs d’états très fragilisés qui s’y risquent. En France, Emmanuel Macron malgré toutes les gesticulations, ne peut échapper aux Gilets jaunes qui tranquillement l’observent dans un grand débat qui n’a de taille que le mot. En Allemagne, la chancelière n’est plus qu’une dirigeante en fin de règne dans un pays également confronté à une véritable crise politique. Le tout sur toile de fond du Brexit qui n’en finit plus…
On comprend mieux les raisons pour lesquelles les tenants du pouvoir et les éditorialistes en vue tentent tout pour décrédibiliser questions, oppositions et discussions sur les frasques gouvernementales qui menacent la nation en niant sa souveraineté.

Jacques Cotta
Le 25 janvier 2019

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