La France croule sous le poids de ses 600 000 élus

La France n’a pas de pétrole, mais elle a des élus, beaucoup trop d’élus rappelle le Cri du Contribuable. Avec 600 000 élus en France, c’est quasiment 1% de la population qui est concernée (record mondial), mais l’ensemble de la population qui en paye les frais.

Source : La France croule sous le poids de ses 600 000 élus

Publicités
Publié dans Société | Tagué , | Laisser un commentaire

EHPADS: Une déflagration nationale…

Le jeudi 27 juillet 2017 à 17 heures s’est achevée à Foucherans dans le Jura l’une des plus longues grèves que la France ait connue . Une dizaine d’aides-soignantes et de salariées d’un des 43 « Ehpads » privés appartenant au groupe des Opalines luttaient depuis 117 jours pour de meilleures conditions de travail, contre les 3minutes 41 autorisées pour le coucher des pensionnaires …Embauches, prime symbolique et nomination d’un médiateur sont obtenues …

Des dizaines d’autres grèves se sont déroulées dans les « Ehpads » devenues usines d’abattage de personnes âgées et machines à broyer leurs soignants: en Picardie, à Elbeuf, Niort, Nîmes … En septembre tombent, implacables, les résultats de la mission « flash » confiée à la députée de Haute-Garonne Monique Iborra: les accidents du travail de soignants des « Ehpads » explosent, plus nombreux que dans le secteur pourtant à risque des Bâtiments et Travaux Publics: 9,4°/° contre 6°/°…Les lombalgies, les troubles musculo-squelettiques concernent un nombre croissant d’aides-soignants de ces structures… Un médecin coordonnateur particulièrement précieux dans les situations d’urgences, infarctus ou accidents vasculaires cérébraux entre autres, n’est présent que dans un tiers des structures .

Faute de réponse adéquate d’un gouvernement n’ayant pas pris la mesure d’une situation de monstrueuse maltraitance et opposant une fin de non-recevoir, une mobilisation nationale massive, d’une ampleur inédite de plus de 30°/° des salariés des 7752 « Ehpads » va se déployer sur tout le territoire, au cœur des grandes métropoles comme dans les petites agglomérations. Ils répondent à l’appel de sept syndicats : CGT, CFDT, FO, Unsa, CFTC, CFE-CGC et SUD soutenus par l’association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA). Cette intersyndicale exceptionnelle demande l’abrogation des dispositions législatives relatives à la réforme de la tarification des « EHPADS » en application depuis 2017, et l’application d’un ratio d’un agent pour un résident contre celui actuel de 0,57… contrastant honteusement avec celui des pays du Nord de l’Europe …et de la Suisse où il est de 1,2 .

Comment s’étonner de cette unanimité alors que des témoignages de soignants si concordants convergent de tout le pays… relayés tant par les médias officiels que par les réseaux sociaux ?
La cadence infernale des soins, des repas confinant au gavage, la douche au mieux hebdomadaire, parfois mensuelle, la disparition du relationnel si indispensable pour des êtres humains confrontés au naufrage de la dépendance, les restrictions sur le nombre de couches, les sommes dérisoires consacrées à l’alimentation des pensionnaires sont dévoilées à la population. De Moselle, de Bretagne, d’Ardèche, de la région PACA, du Nord, les témoignages de salariés des « Ehpads » anonymes ou non se multiplient . Si « EHPADS » publiques, privées et associatives se mobilisent ensemble, les profits engrangés par ces structures privées, pays de l’or gris sont particulièrement impressionnants: ce business plus rentable que les hypermarchés garantit un rendement de 5 à 6°/°. Le coût médian d’une chambre dans ce secteur est de 2620 euros alors que le montant moyen des retraites en France s’élève à 1376 euros… Le groupe Korian et ses 24158 lits a multiplié par 2,4 entre 2012 et 2015 le montant des dividendes versés à ses actionnaires. Ce groupe, comme Orpea ou Domus Vi va bénéficier de la baisse des cotisations salariales et convoque la santé connectée.

L’entrée en application depuis janvier 2017 d’une tarification kafkaïenne, reposant pour le calcul de la partie dépendance du budget sur « un point unique départemental », basé sur une moyenne des dépenses historiques du département, et un « point GIR » censé traduire le niveau de dépendance des résidents d’un établissement, n’a pu que contribuer à mettre le feu aux poudres après dix années de dégradation progressive des conditions de travail .

Selon la Fédération Hospitalière de France 200 millions d’euros vont être retirés aux établissements publics qui ne réalisent pas de gains financiers. En Midi-Pyrénées, l’ « Ehpad » Saint-Jacques de Grenade-sur-Garonne accueillant 225 personnes âgées dépendantes pourrait perdre 260 000 euros, soit 8 postes chaque année. Mais la révélation de la double maltraitance dans de si nombreux « Ehpads » ne conduit pas seulement à évoquer des enjeux financiers et les difficultés potentielles que rencontreront les classes moyennes, elle contraint à s‘interroger sur la prise en charge du vieillissement de la population alors qu’un français sur 4 a actuellement plus de 60ans .

Pendant combien de temps pourra-t-on tolérer une gestion purement comptable de la dépendance déconnectée de son vécu quotidien, la souffrance humaine poussée à son paroxysme devenant une gigantesque source de profits dans une société vouée au seul culte de la rentabilité? S’il parait aussi illusoire dans le contexte de marchandisation de la santé d’espérer éveiller les consciences des actionnaires ayant investi dans un business à l’abri des ralentissements économiques que d’ un président et une ministre de la santé pourtant médecin, que se passera-t-il si la coordination exemplaire des « Ehpads » mobilisées contre la maltraitance s’étend aux hôpitaux publics? Les résidents dépendants des « Ehpads » en lutte se retrouvent également sur les brancards des couloirs des services d’urgences …

Et en ce soir du 13 février 2018, la pétition lancée par le médecin qui restera le courageux urgentiste ayant révélé en 2003 le désastre sanitaire engendré par la canicule ainsi que le docteur Christophe Prudhomme et Sabrina Alibenali, « Dignité des personnes âgées, des moyens pour nos Ehpads » a déjà recueilli 543 487 signatures… Une magnifique raison d’espérer qu’un débat de société s’installe sur le sort réservé à « nos aînés ». Chaque personne âgée, précieuse sentinelle de notre mémoire collective, recèle un parcours privé et professionnel, des souvenirs lumineux ou pesants, et en cas de dépendance le maintien à domicile ne pourra pas obligatoirement être envisagé dans le contexte de paupérisation, d’isolement croissant et de désertification médicale .

C’est dire si un tel débat de société s’impose et ce dans les plus brefs délais .

Elisabeth Des

Publié dans Politique Francaise, Société | Tagué | Laisser un commentaire

Sommes-nous à l’aube de la 3e guerre mondiale ?

Le sommet de Davos a été euphorique. Les historiens diront que ce n’est pas bon signe : une bulle d’optimisme qui gonfle va forcément exploser. D’ailleurs, la couverture de The Economist de ce 29 janvier 2018 est : LA PROCHAINE GUERRE, mondiale bien entendu.

Je ne m’étendrai pas sur le dossier très préoccupant présenté par ce journal. Il y décrit l’isolationnisme américain (comme en 1914 et 1940), les progrès techniques des grandes armées, notamment russes et chinoises, et rappelle que la première guerre mondiale s’est enclenchée lorsque l’empire austro-hongrois, non content de réprimer ses propres Serbes, a attaqué la Serbie soupçonnée de les appuyer. Sur l’instant, chacun n’y avait vu qu’un incident de plus dans ces Balkans, qui étaient depuis des décennies l’équivalent du Moyen-Orient et surtout de la Syrie d’aujourd’hui.

Est-ce un simple « coup » éditorial de The Economist, pourtant sérieux, ou manquons nous de lucidité ?
La guerre a déjà commencé

On voit qu’il ne s’agit pas du monde arabe ou musulman, auquel The Economist, journal de l’élite anglophone mondiale, s’intéresse peu. C’est évidemment secondaire pour les affaires par rapport à la Chine. Or, pourtant, c’est là que cette guerre a déjà commencé depuis une semaine.

Quelle guerre me direz-vous ? Il y a des attentats islamistes partout dans le monde, et on tape sur les Kurdes comme d’habitude, donc rien de nouveau.

Ce qui est nouveau, c’est l’entrée de l’armée turque dans un pays étranger : tuer et faire tuer les Kurdes de Syrie est d’une autre nature que de réprimer ses propres Kurdes et c’est surtout se trouver face aux les Américains qui soutiennent les Kurdes de Syrie.

C’est enfin la situation que chacun craignait depuis des mois : que les vrais-faux alliés que sont les États-Unis, la Turquie, la Russie et l’Iran se trouvent directement face à face depuis la disparition de l’État islamique. Et que tous, la Turquie surtout, spéculent sur une abstention américaine.

Quant à l’État islamique, presque éliminé localement, il essaye de métastaser dans le monde et se retrouve face aux États-Unis en Afghanistan. Et ces derniers, qui appuient l’Arabie au Yémen, se retrouvent face là aussi à la fois aux chiites et à El Qaïda qui se porte bien dans cette région.

Bref essayons de voir si The Economist a raison de voir dans ces événements le début d’un embrasement plus vaste, ou si l’on se contentera de faire s’entre-tuer quelques dizaines de milliers de musulmans de plus, civils en majorité.
La Turquie face à l’Amérique en Syrie
Toujours le problème kurde

En Turquie, le régime autoritaire d’Erdogan dont le parti, l’AKP*, est légèrement minoritaire ou fragilement majoritaire suivant les élections, a besoin du parti ultranationaliste MHP encore plus anti-kurde que lui. Pour ce dernier, les Kurdes sont « des Turcs des montagnes » à assimiler de force, alors qu’ils sont de langue indo-européenne (et non asiatique comme les Turcs), et maintenant massivement banlieusards dans les grandes villes.

Les Kurdes sont le noyau d’un parti politique officiel d’opposition, le HDP (ne pas confondre avec le parti laïque, d’opposition également, le CHP), mais certains suivent le PKK, Parti des Travailleurs du Kurdistan d’extrême gauche, devenu terroriste face à la répression turque.
Son prolongement en Syrie

En Syrie, le PKK se prolonge par le PYD, qui s’est illustré dans la lutte l’État islamique et est pour cela soutenu par les Américains. Mais la Turquie ne supporte pas cette région gérée par le PYD et y a lancé ses troupes, qui se trouvent maintenant à l’ouest de la Syrie dans la zone d’AFrin (carte) où se trouvent des Russes et quelques Américains.

La Turquie menace d’intervenir également dans la région Kurde orientale de la Syrie, la Rojava (carte) où se trouvent quelques milliers d’Américains … et quelques soldats Français.

Les Turcs spéculent sur l’isolationnisme américain et leur peu d’envie de se lancer dans une nouvelle guerre, surtout avec la Turquie qui est en principe une alliée dans l’OTAN et a une armée réputée… mais Donald Trump est sanguin !

Pour compliquer un peu plus, le régime de Bachar en Syrie en profite pour attaquer les derniers rebelles indépendants (mélange de démocrates mal soutenus par l’Occident, d’alliés de la Turquie et d’islamistes) situé dans la zone d’Idlib juste au sud de l’attaque turque (carte), cela avec l’appui des Russes et de l’Iran … alors que Donald Trump déclare avec fracas s’opposer à ce dernier, et que Erdogan a du mal à oublier sa farouche opposition à Bachar, bien qu’il le favorise en s’attaquant aux Kurdes de Syrie.

Que feront les Américains ? S’opposer à l’armée turque, ce qui servirait « d’allumette » comme la question bosniaque qui a déclenché la première guerre mondiale ? L’alternative serait que les États-Unis ne fassent rien et perdent davantage de crédibilité, ce qui entrainerait des conflits locaux, dont logiquement une pression accrue de la Russie sur l’Europe orientale.

En attendant il y a maintenant un siècle que les Kurdes se voient régulièrement lâchés par les Occidentaux et distribués aux gouvernements locaux turc, syrien, irakien et iranien. Il y a quelques semaines, ils ont dû abandonner à l’armée irakienne les territoires qu’ils avaient conquis sur l’EI.

Maintenant ce sont les Russes qui les lâchent en les laissant seuls face à l’armée turque. En représailles, les Kurdes ne sont pas allés à la réunion initiée par Moscou … mais ça ne résout pas le problème.
L’État islamique en Afghanistan, Chine et États-Unis au Pakistan

Il n’y a plus de soldats français en Afghanistan, mais il y a des djihadistes français et francophones. Ils se sont échappés de Syrie, sont passés par le Pakistan et font concurrence aux talibans. C’est à qui perpétrera les attentats les plus sanglants à Kaboul ou contre la communauté chiite.

Il reste des troupes américaines en Afghanistan, qui appuient l’armée afghane contre les talibans et maintenant contre l’État Islamiste. Là aussi les Américains doivent choisir entre l’isolationnisme de Trump et son caractère sanguin.

Pour l’instant, le président américain agonit d’injures le Pakistan qui sert de passage et de base arrière aux talibans et aux survivants de l’État Islamique.

Mais c’est à contretemps : l’armée pakistanaise, qui a effectivement fermé les yeux pendant des années, et avait accueilli Ben Laden, a changé d’attitude depuis que les islamistes ont perpétré des attentats contre leurs écoles militaires.

L’armée a donc plus ou moins repris le contrôle des zones frontalières de l’Afghanistan, et n’apprécie pas les critiques américaines au moment où elle se lance dans une guerre pénible dans les montagnes frontalières avec des soldats issus d’une tout autre culture dans la plaine de l’Indus.

Tout cela pour le plus grand bénéfice de la Chine, qui concurrence maintenant les États-Unis au Pakistan et qui y fait passer une de ses « Routes de la Soie » qui se terminera par un port chinois sur l’océan indien.
Conclusion : une armée française avec l’appui européen.

Finalement, allons-nous vraiment vers une guerre gagnant des parties croissantes de la planète ? Au-delà des problèmes musulmans, la montée des dictatures est un risque supplémentaire. Impossible à prévoir, mais remarquons que la plupart de ces questions échappent à la France comme à l’Europe.

L’Europe doit donc se préparer et cesser de compter sur les États-Unis pour éviter des dépenses militaires incontournables. Les Américains en étaient agacés depuis longtemps et Trump dit ne plus vouloir le supporter.

Il nous faudrait donc une défense européenne, ou du moins coordonnée. Mais c’est une perspective très lointaine et incertaine. Ce qui existe aujourd’hui c’est l’armée française, mais elle a une tâche qui la dépasse en Afrique et ailleurs. Donc, à court terme, le plus efficace serait un appui européen à l’armée française, qui a commencé timidement au Sahel. Mais il faudrait aller beaucoup plus loin.

Accessoirement, évitons l’anglicisation de cette armée sous prétexte d’européanisation, d’une part pour le principe et éviter des erreurs de transmission, d’autre part parce que la population locale est francophone : nous ne mesurons pas l’avantage que nous avons de ce fait en Afrique par rapport au handicap que les Américains ont eu en Irak et en Afghanistan.

Dans le moindre village du Sahel, il y a des interlocuteurs francophones, même si ce n’est pas leur langue maternelle. Et les cadres des armées locales le sont parfaitement. Il faudrait donc que nos amis européens et notamment allemands veillent aux compétences linguistiques des gens qui nous envoient. Ce n’est pas dans l’esprit du jour mais c’est important.

Par Yves Montenay.

Publié dans Société | Tagué , , , , , , , | Laisser un commentaire

Il faut arrêter Erdogan!

Soutien aux Kurdes pour leurs revendications nationales

Ainsi, la Turquie est passée à l’offensive contre les Kurdes. Elle sème la mort et la destruction sur cette terre déjà bien éprouvée. Erdogan, le petit dictateur d’Ankara, a décidé de régler leur compte aux Kurdes rebaptisés « terroristes » pour les besoins de la mauvaise cause. Éradiquer les peuples qui gênent, éliminer ceux qui ne veulent se plier à l’impérialisme ottoman, c’est une vieille tradition. Les Arméniens, il y a un peu plus d’un siècle ont payé le prix fort.
Le plus scandaleux peut-être est le prétexte adopté par cet hypocrite (bien dans le genre Frères Musulmans) qu’est Erdogan. Il prétend s’en prendre aux « terroristes » en tentant d’éliminer ceux qui ont résisté aux terroristes et ont joué le rôle majeur dans la défaire de l’EI., alors que pendant des mois, la Turquie d’Erdogan a trafiqué avec les tueurs de l’EI, leur achetant du pétrole et permettant les passages des nouvelles recrues vers les territoires occupés par l’EI. Et sur qui s’appuie Erdogan pour lutter sur les Kurdes? Sur les milices sunnites intégristes de la mouvance Al Qaida!
Mais il y a encore plus scandaleux: c’est l’attitude des pays occidentaux et au premier chef de la France. M. Macron reçoit Erdogan à Paris et quelques jours après Erdogan déclenche l’offensive contre les Kurdes, le gouvernement français se contentant d’appeler le tyran d’Ankara « à la retenue »! Tuez-les, monsieur le Sultan, mais avec retenue! Voilà en substance le discours de la diplomatie française qui est, sur cette affaire, en pointe par rapport à la diplomatie américaine. Et quand le ministre girouette Le Drian est interrogé à l’Assemblée par la France insoumise, après toutes sortes de circonvolutions typiques des bureaucrates « socialistes », il lâche le morceau: Erdogan lutte contre les « communistes » du PKK! Les « valeurs de la France », tous ces grands mots mensongers dans la bouche de ces gens-là, sont convoquées pour soutenir les tueurs de « communistes »! Quel sens de la défense des droits de l’homme, quel sens des libertés!
Il est temps, plus que temps, que tous les démocrates, tous les internationalistes s’unissent contre l’impérialisme turc et exigent le retrait immédiat des troupes turques et de leurs séides! Il faut organiser le boycott politique et économique de la Turquie tant que les droits nationaux kurdes ne seront pas reconnus et respectés.

Par Denis Collin

Publié dans Politique Internationale | Tagué , , , | Laisser un commentaire

Six mois après, et maintenant !

Sommaire

L’incohérence démocratique
Économie libérale : la bride sur le cou
Une période abjecte
La primaire de la droite
La primaire des écolos
La « triste » alliance populaire
Exit les primaires
Couper les cordons ombilicaux !
Le modèle allemand
Gueule de bois politique
Les cocus, toujours les mêmes !
Un Front de Gauche bringuebalant !
La France Insoumise pour aller où, pour faire quoi ?
Des polémiques stériles
La France Insoumise, absente sur le terrain !
Agir concrètement ou faire de la figuration
Clouer au pilori la forme « parti » est une faute
Il n’y a pas de temps à perdre

L’incohérence démocratique

Les françaises et les français n’ont-ils pas fait preuve d’incohérence en élisant aux plus hautes responsabilités de l’État, un homme qui pendant près de cinq ans fut, tour à tour, l’un des plus proches conseillers du Président, de mai 2012 à juin 2014, puis Ministre de l’Economie d’août 2014 à mai 2016 d’un Président de la République honni par le peuple, au point de ne pouvoir solliciter un deuxième mandat !

Le choix fait par Hollande de privilégier la politique de l’offre (versements de fonds publics, sous diverses formes, à l’économie privée) en opposition à la politique de la demande (relance du pouvoir d’achat) fut une idée libérale de Macron et de quelques autres.

On lui doit les lois contestables et très contestées, siglées Macron I et Macron II, au final devenue El Khomri, qui provoqua les évènements sociaux que l’on connaît.

Le résultat de cette politique pratiquée pendant près de cinq ans fut loin d’être un succès puisqu’elle généra une forte augmentation du chômage.

Autre incohérence du peuple français, celle d’avoir élu un Président de la République très pro-Union Européenne alors que généralement les électeurs français boudent les urnes lors des consultations pour l’élection du Parlement européen.

Soixante pour cent d’entre eux se sont abstenus en 2009 et cinquante huit pour cent en 2014 !

Cependant, on peut peut-être excuser le peuple français qui doit faire face à un authentique jeu de bonneteau politique.
Économie libérale : la bride sur le cou

Depuis la chute du mur de Berlin et l’implosion de l’URSS, ouvrant un boulevard à la globalisation financière, au néocapitalisme, au néolibéralisme – les termes ne manquent pas, la classe dominante s’organise pour assurer la pérennité de ses intérêts.

Elle sait que certaines échéances électorales propres aux États sont capitales pour son avenir. Alors en coulisse, elle tire les ficelles.

Elle n’a pas oublié l’avertissement de son mentor Ronald Reagan qui déclara au cours des années 80 « L’État n’est pas la solution, mais le problème »

Alors, faute de ne pouvoir détruire les structures étatiques, le néocapitalisme s’organise pour en contrôler les politiques économiques et donc les dirigeants.

C’est très exactement la dénonciation faite par le candidat Hollande au Bourget en 2012 quand il déclara « …je vais vous dire qui est mon adversaire, mon véritable adversaire. Il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc pas élu, et pourtant il gouverne. Cet adversaire c’est le monde de la finance »

Hélas, ce message criant de vérité est resté à l’état d’incantation.
Une période abjecte

Jamais depuis l’avènement de la 5ième République la période pré-électorale – présidentielle et législatives – n’aura suscité autant de lassitude, de rejet et d’écœurement, conduisant finalement les citoyens français à se réfugier massivement dans l’abstention.

A la présidentielle, au premier tour, l’abstention fut de 22,2 % et le vote blanc et nul 2,56 %. Au 2ième tour l’abstention fut de 25,8 % et 11,5 % de blancs et nuls.

Pour les législatives, au premier tour 51 % des inscrits ne se sont pas rendus aux urnes et 57 % au deuxième tour. Pour ce deuxième tour, 9,87 % des votants ont glissé un bulletin blanc soit 1.397.496 électeurs et 593.159 ont été qualifiés de nuls.

Mais pourquoi cette lassitude, ce rejet, et finalement cet écœurement ?

Entre la période des primaires de la droite et le 1er tour de la présidentielle, sept mois de bourrage de crâne et de mensonges furent imposés au peuple.

Etait-il nécessaire de vivre ces comédies politiciennes, outrageusement médiatisées, pour être persuadés de l’hérésie du système ?

Rappelons que l’invention des « primaires ouvertes » fut l’œuvre d’Arnaud Montebourg. Après le calamiteux congrès du parti socialiste tenu à Reims en 2008, théâtre d’une vraie bataille de chiffonniers, il comprit que les militants du PS n’étaient plus en mesure de tenir congrès sereinement.

D’où l’idée « d’offrir au peuple » le choix du candidat pour la présidentielle de 2011.

Cette primaire socialiste ayant conduit le vainqueur à conquérir l’Élysée, la droite, elle aussi, empêtrée dans ses querelles d’ego, pourtant peu friande de ce genre d’exercice finit par s’y conformer.
La primaire de la droite

La primaire dite de la droite et du centre fut organisée à grands coups de trompette.

Les sondages placés dans la seringue médiatique nous envoyaient, à un rythme soutenu, des giclées de résultats si crédibles que le peuple crédule ne pouvait qu’être persuadé.

Sarkozy était en mauvaise posture, Fillon se traînait en queue de peloton, Juppé, qualifié honteusement de partisan d’une droite modérée, était le grandissime favori.

Et puis, patatras. Au soir du 1er tour de la primaire, Sarkozy subissait la honte de l’élimination, (20,71%) Juppé cirait le banc (28,6%) et Fillon s’emparait de la place de leader (44%)

Pour le deuxième tour, Fillon filait à l’anglaise avec 66,5 %, Juppé ne recueillait que 33,5 % !

La question posée fut celle de savoir comment celui qui, pendant cinq ans, passa pour le larbin de Sarkozy pu sortir vainqueur de cette primaire.

Très rapidement, l’admirateur de Margaret Thatcher dévoila au grand public son conservatisme sociétal s’alliant ainsi les traditionalistes catholiques requinqués avec le mariage pour tous, dont « Sens commun »

Au soir du deuxième tour de la primaire (27 novembre 2016) cet exercice, faussement appelé démocratique, aura, une fois de plus, montré ses limites.

En effet, il sera révélé qu’au premier tour, des électeurs plutôt habitués à voter socialiste se sont précipités aux urnes de la droite pour éliminer Sarkozy !!!

Comme si il y avait une différence notable entre Sarkozy et Fillon !

Quoi qu’il en soit, selon les prédicateurs médiatiques, promis juré, le futur Président de la République s’appellerait François Fillon.

C’était sans compter avec les révélations d’emplois fictifs d’attachés parlementaires, de sa femme, de ses enfants, de costumes offerts à 13.000 € etc.

On connaît la suite.

Le principe des primaires ne s’en sortait pas grandi.

Aujourd’hui, l’aristo de la Sarthe a quitté la politique.
La primaire des écolos

Pendant ce temps, les primaires écolos se déroulaient tant bien que mal, plus mal que bien d’ailleurs, tellement le quinquennat Hollande avait dynamité EELV. Entre les anciens ministres sortis avec l’arrivée de Valls à Matignon et ceux qui voulaient à tout prix voir figurer à leurs états de services, ancien ministre, la lutte faisait rage.

Néanmoins, le 7 novembre 2016, Yannick Jadot sortait vainqueur avec 54,25 % des voix contre 40,75 % à Michèle Rivasi.

Mais curieusement, Jadot n’ira pas au bout, il ne sera pas candidat à la Présidence de la République. Le 23 février 2017, il se désistait en faveur de Benoît Hamon.

Tout çà pour çà, encore un succès des primaires !
La « triste » alliance populaire

Puis vint le feuilleton clownesque du Parti Socialiste et de Hollande.

L’hôte de l’Élysée ayant tout au long des cinq ans expliqué que si le chômage ne diminuait pas significativement, il n’aurait aucune raison de solliciter un deuxième mandat, la chose paraissait entendue. Le quinquennat de Hollande a en effet enregistré une augmentation du chômage d’environ 200.000 personnes.

Par ailleurs, sa vie privée étalée au grand jour et le livre publié en octobre 2016 « Un Président ne devrait pas dire çà … » ont aggravé sa cote d’impopularité, déjà bien en-dessous de la ligne de flottaison.

En conséquence, le 1er décembre 2016, le Président annonçait son renoncement à solliciter un deuxième mandat.

Ouf, les candidats potentiels du PS se trouvaient libérés et prêts à affronter une primaire.

Valls quittait Matignon le 5 décembre pour se consacrer à la primaire, pompeusement appelée par Cambadélis « La belle alliance populaire »

Le premier tour (22 janvier 2017) voyait Hamon se qualifier avec 36,63 % des voix contre 31,90 % pour Valls.

Au deuxième tour (29 janvier 2017) Hamon réalisait 58,88 % et Valls 41,12 %

Puis, la désunion des socialistes constatée pratiquement tout au long du quinquennat, se concrétisa au lendemain du deuxième tour de la primaire, Valls refusant de se ranger derrière le vainqueur Benoît Hamon.

Autre curiosité de cette primaire de « La belle alliance populaire » l’attitude du « Vert » François de Rugy qui après ses 3,81 % du premier tour et sa trahison à l’égard du PS pour apporter son soutien à Macron, le conduisait à se faire élire Président de l’Assemblée Nationale.

Comme quoi, réussir des scores minables et trahir son camp peuvent conduire aux plus hauts honneurs de la République !

Ultime curiosité de cette primaire, le cas de la représentante des Radicaux de Gauche qui quelques mois après avoir concouru à cette primaire organisait la fusion avec les Valoisiens.

Les socialistes auront à leur tour apporté la preuve de l’absurdité de ces primaires.
Exit les primaires

Abordons maintenant le vécu des autres candidats, non issus d’une primaire.

Évacuons dès maintenant le Front National et sa candidate Marine Le Pen, non pour négliger le danger de ce parti, mais parce que celui-ci n’existe qu’à cause de la vacuité du PS et par l’intransigeance libérale de la droite.

Si cette année électorale doit marquer notre Histoire, l’arrivée de Macron en fera incontestablement le point d’orgue, de par sa candidature surprise.

Pour comprendre cette candidature, il faut se resituer au cœur des années 2015/2016.

Le monde des affaires est face à un brouillard politique très épais.

Mais la France ne fait pas exception, l’Italie, l’Espagne, le Portugal et maintenant l’Allemagne (sous une forme particulière) sont confrontés à ce fog politique.

Le Président Hollande cumule les bourdes et traîne une cote de popularité négative. Le PS est écartelé entre les béni-oui-oui de l’exécutif et les frondeurs.

Les socialistes, même ripolinés en sociaux démocrates ou en socio libéraux n’inspirent plus confiance.

A droite, la situation n’est pas plus sereine.

Les cinq années de Sarkozy à l’Elysée n’ont pas rassuré le monde des affaires et depuis 2012, la guerre fratricide entre les clans Fillon et Copé a créé un climat délétère au sein de l’UMP, peu rassurant.

Pour le monde des affaires, il y avait donc urgence à devenir inventif d’autant que la menace Le Pen, avec son anti Union Européenne et anti euro, se faisait menaçante.

Alors, il lui fallait dénicher une « marionnette » consentante aux qualités requises :

– préserver l’intérêt supérieur de la finance,

– militer pour le fédéralisme européen,

– se montrer flexible aux exigences de la commission européenne,

– ne pas entraver la dominance allemande au sein de l’Union.

Le candidat répondant à ces critères devant être doté d’un tempérament fort, impétueux, qui ne sourcille pas face à la misère humaine née et entretenue par le néolibéralisme et sa formule européiste de l’économie libre et non faussée.

Par ailleurs, il ne faut pas perdre de vue que nous sommes dans une période où la com. est aux avant-postes de l’activité humaine, y compris en politique.

L’année 2016 a introduit le jeunisme en politique, Justin Trudeau au Canada et Matteo Renzi en Italie, même si celui-ci a dû regagner ses pénates, battu par un référendum du 4 décembre 2016.

Incontestablement, Emmanuel Macron a bénéficié de cette mode qui passera, comme passera celle des primaires.

Mais en attendant, celle-ci a une influence, à tel point que les groupies du Président n’hésitent pas à déclarer qu’elles incarnent le « nouveau monde », laissant à penser qu’il y aurait un « ancien monde » à bannir, mais peut-être pas au point de faire leur la formule d’Eugène Pottier « Du passé faisons table rase » !!!
Couper les cordons ombilicaux !

Pour ne pas déroger aux vieilles ficelles politiciennes du « Plus c’est gros, mieux çà passe » les macronistes entonnent un refrain « Ni de droite, ni de gauche »

Derrière cet aphorisme se cache en vérité une volonté de couper plusieurs cordons ombilicaux.

En premier lieu celui qui a relié Macron à Hollande pendant les cinq dernières années.

Les macronistes ne veulent pas que la rumeur publique entretienne l’idée que Macron c’est la suite de Hollande. Et pourtant !

En second lieu, les liens avec la droite, comment y échapper puisque les postes principaux sont assurés par des hommes de droite ?

Le Premier ministre fut l’un des hauts cadres des LR puisqu’il contribua activement à la création de l’UMP aux côtés de Juppé en 2002.

Le Ministre de l’Économie et des Finances fut, à plusieurs reprises, Ministre des gouvernements Fillon sous le quinquennat Sarkozy. Il se présenta aux primaires de la droite en novembre 2016 et réalisa un score minable de 2,4 %, ce qui ne l’empêche pas d’occuper un poste stratégique dans le gouvernement Philippe.

Le Ministre de l’Action et des Comptes Publics fut le porte-parole de Sarkozy, lors de la campagne pour la présidence de l’UMP, en 2014.

En 2007, il fut le directeur de campagne du sulfureux Christian Vanneste classé très, très à droite, peut-être plus à droite encore que Wauquiez !!!

Enfin, le Secrétaire d’État à la Transition Ecologique et Solidaire fut directeur adjoint de la campagne de François Fillon jusqu’à la date où celui-ci fut mis en examen pour emplois fictifs.

Remarquons que ces hommes de droite avaient, dès décembre 2016, adoubé le programme de Fillon, encore plus réactionnaire que celui de Macron.

En clair, les politiques appliquées depuis plusieurs années par Sarkozy, Hollande et Macron sont toutes d’essence libérale, la seule différence est une question de degrés.

Supprimer l’impôt sur les grandes fortunes, modifier profondément le code du travail en affaiblissant la protection des salariés, entre autres, sont des mesures à l’avantage exclusif du capital.
Le modèle allemand

Il va sans dire que la pratique politique d’outre-Rhin associant dans un même gouvernement les partis SPD/CDU/CSU a donné des idées aux affairistes de l’hexagone.

Notre Constitution n’étant pas la sœur jumelle de la Constitution allemande (dénommée loi fondamentale), il a fallu se limiter à contourner l’obstacle en associant des hommes et des femmes, et non des partis, autour d’idées communes constituant le néolibéralisme.

Hollande ayant fait tomber ce qui restait de la digue socialiste, il suffisait de quelques astuces du genre « Ni de gauche, ni de droite » pour reproduire quasi à l’identique le système allemand.
Gueule de bois politique

Au lendemain de cette chiante période électorale, la France se réveille avec une violente gueule de bois politique.

Pas un parti ne sort indemne de cette chienlit.

– Le parti Socialiste est décapité.

Plusieurs de ses membres ont opté pour LREM, d’autres ont « innové » avec Nouvelle Gauche d’autres encore ont créé Génération.s.

Que reste-t-il de la rue de Solférino, pas même l’immeuble qui est vendu ?

– La droite bonapartiste n’est pas dans un meilleur état.

Une partie s’est réfugiée opportunément dans le macroorganisme, prétextant un profond désaccord avec les partisans d’une droite forte, d’une droite « buissoniste » feignant d’ignorer que l’un des leurs, devenu ministre, a fricoté avec les milieux homophobes et catho- traditionalistes !

L’autre partie, bien que s’en défendant, opte pour une droite dont les contours peuvent se confondre avec l’extrême droite.

– La droite orléaniste en lambeaux

Pudiquement appelée « centriste » cette droite subit également la bourrasque politique.

L’UDI s’est désintégrée.

L’une de ses composantes, le Nouveau Centre, a repris sa liberté, à supposer qu’elle l’ait un jour perdue.

– Quant aux partis croupions, les radicaux de gauche et les valoisiens, ils ont allié leurs destins par une réunification. Mais un petit, plus un autre petit n’ont jamais fait un gros.

Notons que malgré cette chienlit, un point commun rassemble ce beau monde, la soumission du monde du travail au pouvoir capitaliste !
Les cocus, toujours les mêmes !

Dans ce capharnaüm politique, tout le monde n’est pas victime.

En France, en 2016, le nombre de millionnaires a augmenté de 6 %.

La lutte des classes se porte admirablement bien, mais ce sont les détenteurs de capitaux qui la pilotent. Ils n’ont qu’une commande, celle de l’accélérateur.

Pour les défenseurs de l’État-nation, de la République laïque et sociale, de la répartition des richesses produites, un mince espoir subsiste avec « La France Insoumise », mais sa description est complexe.

Le couloir est étroit, il est bordé d’un côté par la volonté de ne pas tuer ce qui reste d’espoir de gauche, et de l’autre par celui de s’interdire une quelconque complaisance à l’égard de ce qui est difficile à identifier, puisque La France Insoumise s’oppose à l’appellation de « parti »
Un Front de Gauche bringuebalant !

La France Insoumise a succédé au Front de Gauche, le tout sur une période de 9 ans.

L’occasion de faire un bilan succinct.

Disons-le sans complaisance, neuf ans pour voir 17 élus (es) à l’Assemblée Nationale, à ce rythme, le capital a encore de beaux jours devant lui.

Fin 2008, Jean-Luc Mélenchon quitte le Parti Socialiste avec son camarade Marc Dolez et crée le Parti de Gauche. Très rapidement, en association avec le PC, le Front de Gauche voit le jour.

Cette association est, dès le départ, quelque peu bancale, le nucléaire civil est un profond point de discorde, surtout quand le programme politique du PG associe socialisme et écologie.

De vieux contentieux remontent à la surface, notamment en 2009 lors de la constitution de listes pour les européennes. Dans la circonscription Nord-Ouest, le PC s’oppose à la candidature d’un membre éminent du PG, ex-PS.

Le duo PC/PG tourne au duel.

En interne, JLM minimise la situation, mais tente un curieux rapprochement avec le NPA.

C’est un premier trouble dans la ligne politique du PG, non pas que le NPA serait infréquentable mais parce qu’il n’est pas porteur des valeurs de l’État-nation et de la République sociale et laïque.

Le NPA prône la révolution au sens plein du terme et l’altermondialisme qui ne peut se confondre avec l’internationalisme ouvrier. Aux cantonales de 2011, il tenta de présenter une jeune femme voilée, qui au final retirera sa candidature.

JLM, ne recevant qu’une polie fin de non-recevoir du vieux parti trotskiste, il tente sa chance du côté d’EELV.

Deuxième trouble, les Verts sont des partisans déterminés du fédéralisme européen, n’éprouvant aucun intérêt pour la souveraineté nationale. Ils n’organisent pas de congrès nationaux, mais des congrès interrégionaux !

La tentative de JLM tourne en eau de boudin. Des propos acerbes sont échangés avec Cécile Duflot.

Le chemin tracé par JLM se fait de plus en plus tortueux et trouble des militants.

A la présidentielle de 2012, il est crédité de 11,1%, ce qui est honorable, mais reste un succès relatif.

Il obtient les voix du PC, siphonne une partie des voix de l’extrême gauche et grignote quelque peu sur l’électorat du PS, mais sans plus.

Au premier tour des législatives, le Front de Gauche obtient 7 % et finalement 10 élus dont 9 du PC. De la mandature précédente, le PC avait 16 sortants.

La déception tient au fait qu’entre la présidentielle et les législatives, 4 points ont été perdus et les dix élus ne suffiront pas à constituer un groupe FdG. Il faudra une alliance avec des ultra-marins pour être représentés à l’Assemblée Nationale.

Par la suite, les nuages s’amoncellent dans le ciel du Front de Gauche au point qu’en 2014, lors des élections municipales, les listes Front de Gauche sont difficiles à constituer.

Le fait marquant se déroule à Paris, puisque des candidatures communistes et de la Gauche Unitaire préfèrent figurer sur la liste d’Anne Hidalgo (PS), rejetant celle de Danielle Simonnet (PG)

On peut dire que là, le divorce entre le PC et le PG est consommé.

S’en suit une bataille de chiffonnier autour du sigle Front de Gauche que le PC usurpe allègrement.
La France Insoumise pour aller où, pour faire quoi ?

C’est alors que Jean-Luc Mélenchon crée en février 2016 « La France Insoumise » avec un mode de fonctionnement particulier, basé essentiellement sur le principe des réseaux sociaux.

Le but est de préparer les échéances électorales de 2017.

Si le score réalisé à la présidentielle est honorable, aux législatives il est très décevant.

Faut-il s’en étonner ?

Jean-Luc Mélenchon a conduit la campagne présidentielle de main de maître, tant sur la forme que sur le fond. Le programme «L’Avenir en commun » est un vrai programme républicain, social, laïc et écologique.

Mais pourquoi la campagne des législatives a t’elle été à ce point négligée ?

A un journaliste qui faisait la remarque quelques semaines avant le premier tour de la présidentielle, l’un des proches de JLM répondait « les législatives bénéficieront de la dynamique de la présidentielle »

Le résultat, 8 points de perdus entre le score du premier tour de JLM, 19,3 %, et le résultat de la FI au 1er tour des législatives, 11,2 %

Qu’il soit permis de s’interroger si cette négligence pour les législatives était volontaire ou résultant d’un manque de militants ?

Finalement, le groupe parlementaire de la FI est hétérogène.

Sur certains sujets comme la laïcité et le communautarisme, il montre des divergences. Sur la question du communautarisme, un voile (sans jeu de mots) entretient un doute. Il n’y a pas que la députée Obono qui se marginalise. Dans la 1ière circonscription de l’Essonne, pour le 2ième tour, la candidate de La France Insoumise n’a pas refusé l’appel, du sulfureux « humoriste » Dieudonné, à voter pour elle !!! Sur un tel sujet, la formule « La fin justifie les moyens » n’a pas sa place.

Cependant, globalement, ses députés sont actifs, très actifs même, mais en trop petit nombre pour avoir de l’influence.

Exhiber des boîtes de conserves dans l’hémicycle pour imager la réduction de cinq euros sur l’allocation logement et porter un maillot de foot d’un club local pour stigmatiser la gabegie financière des clubs pro, relève plus d’un comportement de militants associatifs ou syndicaux que de parlementaires.

Hélas, il faut craindre que l’ensemble du quinquennat soit de cette veine.

S’il en est ainsi, le bilan sera pauvre. Entre la création du PG (2008) et la fin de ce quinquennat (2022) 14 années se seront écoulées sans que rien de concret à gauche ne soit enregistré.

Ce n’est vraiment pas sérieux et c’est la plus faible critique que l’on puisse émettre.
Des polémiques stériles

Après les débats parlementaires en lien avec les ordonnances, dites de la loi travail, qu’il fallait mener mais sans conviction compte-tenu de la composition de l’Assemblée Nationale, la période qui s’en est suivie fut pathétique.

Même si le rassemblement du 23 septembre organisé à Paris par La France Insoumise fut un succès, la polémique avec les organisations syndicales a été ridicule.

Annoncer une manif d’un million de personnes sur les Champs Élysées était, pour le moins, scabreux.

Mélenchon s’est pris les pieds dans le tapis.

Visiblement, il n’a pas compris, ou il ne veut pas comprendre, l’état dans lequel se trouvent les appareils syndicaux et plus largement le monde du travail.

Depuis la fin des années 90, avec une accélération au milieu des années 2000, il n’y a plus de confédérations syndicales attachées à la lutte des classes.

Toutes sont adhérentes à la Confédération Européenne des Syndicats, un court temps appelée Confédération Européenne des Syndicats Libres !

Or, cette organisation est devenue (peut-être depuis toujours) un outil intégré à l’appareil européiste. D’ailleurs, aucune confédération syndicale française ne s’offusque d’être qualifiée de « partenaires sociaux » et de pratiquer le stérile « dialogue social »

Ces termes sont intégrés au langage syndical courant !!!

Quant aux salariés – ceux qui ont un travail permanent à temps plein – hélas, pour la majorité d’entre eux, le combat ouvrier n’est plus la préoccupation première.

Il fut une époque où faire grève était un honneur de classe, perdre du salaire pour sauver sa dignité était une fierté. Et tant pis, si la perte de pouvoir d’achat conduisait à « manger des patates et des nouilles » plus qu’habituellement.

Aujourd’hui, la priorité des dépenses est d’une autre nature.

Pas question de se priver de son smartphone et des applications qui vont avec. Facebooker, Twitter, entre autres nouveaux moyens de communiquer, sont devenus les raisons d’exister.

Pas question de se priver des chaînes payantes au travers desquelles on s’extasie devant des millionnaires en short, adeptes des paradis fiscaux, tapant dans un ballon.

En à peine trente ans, le capital a réalisé ce tour de force, individualiser les salariés en les qualifiant, de surcroît, de « collaborateurs »

Il est curieux que Mélenchon ignore cette situation.

Pour revenir aux confédérations syndicales, un autre élément semble être oublié par JLM.

La loi du 20 août 2008 organise la représentativité des organisations syndicales par compilation des résultats aux élections de représentativité des organismes de concertation des entreprises.

Pour la période des quatre prochaines années, les résultats et le classement ont été rendus publics en mai dernier.

Un véritable coup de tonnerre a claqué dans le monde syndical.

Pour la première fois depuis l’existence du mouvement ouvrier français, la CGT n’est plus la première organisation. La CFDT s’est hissée sur la première marche du podium.

Quant à FO, si elle se maintient au 3ième rang, elle recule dans 11 régions sur 13 et, pire encore, elle passe au 4ième rang en Ile de France, dépassée par la CFE/CGC !

On peut penser que cet échec, sinon ce revers, a fait réfléchir les cadres de FO et les partisans du syndicalisme d’accompagnement ont pris le pas sur les adeptes d’un syndicalisme de rapport de force. En clair, l’implication de FO au côté de la CGT, pour s’opposer à la loi El Khomri, après l’opposition à la réforme des retraites, n’a pas été récompensée. D’ailleurs, au cours de l’été, Mailly avait annoncé la couleur en osant comparer les ordonnances de la loi travail de Macron avec les ordonnances créant, en 1945, la Sécurité Sociale.

Clairement, dans cette affaire de loi travail, FO a voulu sauver son appareil.

Quant à la « Charte d’Amiens » faut-il rappeler que depuis la fin de la seconde guerre mondiale, ce texte voté en 1906 par la CGT originelle (avant le congrès de Lille de 1921) n’a été la référence que pour la CGTFO ?

Jamais la CGT et la CFDT n’en ont fait leur ligne de conduite.

Le coup de grâce à ce texte fondateur de l’indépendance syndicale corollaire de la lutte des classes fut donné par Mailly lors d’une honteuse commémoration du centenaire, aux côtés de Thibault et Chérèque en 2006 !!!

On ne peut clore l’analyse de cette période sans évoquer « l’émission Politique » du 30 novembre.

Ou Mélenchon est crédule, ou il présume de ses possibilités (même s’il en a de fortes)

Bien évidemment, les journalistes et autres animateurs de cette émission ont été ignobles à son encontre, mais on ne peut, à longueur de colonnes, parler de médiacrates, de valets de la finance et attendre de la complaisance de celles et de ceux qui font la ligne éditoriale de l’émission.

JLM s’est lui-même piégé le jour où, choisi pour être le contradicteur du Premier ministre, il a émis l’idée d’être le prochain invité principal de l’émission.

Il y a quelque chose de curieux et de difficile à cerner dans la stratégie de JLM.

Il crie à cor et à cri qu’il n’est pas le leader de La France Insoumise, mais il court derrière les micros et les caméras !
La France Insoumise, absente sur le terrain !

Pendant ce temps, sur le terrain, on cherche les militants.

Dans l’Eure, département où je réside, on attend désespérément l’expression publique de la FI sur les grands sujets qui préoccupent le monde du travail.

Depuis le 1er tour des législatives, aucun message n’a été diffusé, aucune réunion politique organisée ! Une seule info a été donnée. La presse régionale (Paris-Normandie du 13 novembre) a fait le point sur lesdites forces de gauche pour les élections municipales de 2020 dans la ville-Préfecture.

A cette occasion, on a pu constater l’existence d’un porte-parole de la FI, quasi inconnu du grand public, pour expliquer « Notre préoccupation actuelle tient à la préparation fin novembre de notre convention nationale » Depuis, rien !!! En fait, la FI tourne sur elle-même.
Agir concrètement ou faire de la figuration

La France Insoumise fera bien ce qu’elle voudra mais si elle veut être utile à la mise en place d’une République sociale et laïque, elle doit changer de stratégie pour faire partager au plus grand nombre « L’Avenir en commun »

C’est l’une des conditions d’accès au pouvoir et de s’y maintenir démocratiquement avec le soutien du peuple.

Est-ce nécessaire de rappeler qu’il y a urgence ?

S’opposer à la structuration du « mouvement » en « parti » est une erreur que le suffrage universel finira par sanctionner.

Les moyens modernes de communication ne remplaceront jamais les indispensables débats en salle, les confrontations d’idées parfois vives, conduisant à accepter le vote majoritaire s’agissant de l’élection des responsables, du programme politique, des candidats aux élections etc…

L’indispensable émancipation qui manque cruellement au peuple se gagne par ce type d’exercice. Dans une démocratie responsable, le mandat reste le meilleur des systèmes, à défaut pour certains d’être le moins mauvais !

La question majeure est celle du respect et du contrôle du mandat.

Les arguments avancés par la FI pour s’opposer à la forme « parti » ne sont pas crédibles.

Au cours des trente dernières années, pour ce qui est de la gauche en général et du Parti Socialiste en particulier, ce sont les jeux d’appareils et le carriérisme des hommes et des femmes qui ont discrédité les partis et leurs idéologies.
Clouer au pilori la forme « parti » est une faute

En 1983, est-ce la forme juridique du « parti » socialiste qui fut responsable du changement radical de politique, tournant le dos au programme qui avait fait élire une majorité d’Union de la Gauche, ou la veulerie d’élus préférant suivre aveuglément François Mitterrand ?

En 1992, est-ce la forme juridique de « parti » qui fut la cause de la perte de souveraineté monétaire de la France, ou l’ambition teintée de mysticisme de Mitterrand voulant laisser une trace dans l’Histoire, suivi par d’inconscients carriéristes ?

Plusieurs ministres de l’époque ont expliqué, après coup, que le volumineux Traité de Maastricht posé délicatement sur la table du Conseil des Ministres avait été approuvé, sans que le bouquin n’ait été ouvert !

On pourrait citer bien d’autres cas de ce genre, comme le gouvernement Jospin qualifié de « gauche plurielle » qui a le plus privatisé de secteur public, pourtant cité en référence par Mélenchon !

Mélenchon a également participé au discrédit politique en marchandant, selon ses dires, avec Hollande le poids que représentait son courant au sein du PS !

Est-ce la forme juridique de « parti » qui est responsable de la trahison des élus (es) et militants socialistes, Fabius en tête, s’asseyant sur le vote des citoyens qui lors du référendum du 29 mai 2005 avait rejeté le TCE ?

Hélas, la forme « mouvement » ne garantit nullement la protection contre les dérives politicardes.

Récemment, JLM n’a t’il pas félicité les autonomistes corses pour leur succès au premier tour, se vengeant ainsi des communistes de l’île de beauté avec qui les relations sont plus que tendues ?

Or, ces autonomistes corses ne cachent pas, qu’à terme, leur objectif est l’indépendance.

Mélenchon ne pousse t’il pas le bouchon un peu loin quand il explique que l’autonomie des territoires est compatible avec la République une et indivisible ?

A propos de République sociale, laïque, une et indivisible, JLM déclare qu’il n’y a pas trop de communes mais, au contraire, pas assez.

Or, que fait sur le terrain, La France Insoumise face à la loi NOTRe qui mine les fondements de la République, c’est à dire son maillage communal ?

Nombre de maires de petites communes rurales sont pris dans l’étau de la rigueur budgétaire et, faute de soutiens politiques, se voient contraints d’accepter des fusions de communes. Dans mon secteur, un canton rural de 5.000 habitants, d’une superficie de 165 km², (comparativement la superficie de Paris est de 105 km²) a été transformé en commune. Le seul vecteur économique est l’agriculture intensive qui, en finalité, détient la maîtrise du territoire.

Et que fait la FI ?

Ses militants sont réunis en convention, ils remplissent des livrets….. Ah, Ah, Ah !!!
Il n’y a pas de temps à perdre

A cette allure, dans vingt ans, nous n’aurons pas évolué d’un pouce. Non seulement, la situation ne se sera pas améliorée mais, au contraire, elle se sera aggravée.

Entre temps, Mélenchon aura dégoté un chapeau à plume et l’Europe fédérale sera devenue une réalité.

L’extrême droite, ès qualités, aura pris le pouvoir, seule ou en coalition avec des partis qualifiés de républicains, déclarant hypocritement maîtriser la situation et sauver l’essentiel de nos « valeurs » !

Pour contenir la délinquance et la violence en progression consécutivement à la paupérisation du peuple, les droits fondamentaux disparaîtront au nom de l’indispensable redressement de la France. Des partis ayant œuvré sous la 5ième République n’hésiteront pas à appliquer des politiques répressives voire liberticides.

L’histoire témoigne de cette conversion. Le vote des pleins pouvoirs à Pétain en juin 1940 l’atteste.

Pour éviter cette catastrophe, un travail de fond et de terrain doit s’organiser pour que le peuple en souffrance retrouve confiance en lui, reprenne conscience de sa condition de classe et reconstitue sa force.

Le constat est évident, au fil du temps, le néocapitalisme a réduit, pour ne pas dire fermé, l’espace de liberté politique sur le lieu du travail.

Dans un contexte de rareté et de précarité de l’emploi, et de salaire contraint, quel salarié aujourd’hui peut braver son employeur par la revendication ?

Encore moins par la grève !

Même les agents de la Fonction Publique sont pris dans cet étau.

Le seul espace de liberté politique restant est la gestion de la cité.

Un travail énorme existe pour les citoyens qui refusent la situation actuelle.

Les organes délibérants, conseils municipaux – conseils communautaires – conseils départementaux – conseils régionaux – ont des obligations de publication et de transparence à l’égard des citoyens.

Faute d’effectifs en suffisance, les contrôles de légalité ne sont plus faits de manière systématique par les services de l’État.

Les marchés publics sont très souvent organisés dans l’opacité, y compris les délégations de service public, comme la distribution et le traitement de l’eau.

Le moindre dossier engagé se traduit par le recours à un cabinet conseil dont les négociations prestations/émoluments relèvent de la nébuleuse.

Ce travail de surveillance et de contrôle est un excellent lieu de formation et donc d’émancipation pour affronter les combats de plus grande ampleur.

Peu de ces organes délibérants respectent leurs devoirs et hélas peu de citoyens se préoccupent de ces dérives.

Le droit est une chose, le faire respecter en est une autre. Et pourtant, les moyens existent.

Les séances délibératives sont publiques. Les invitations doivent être publiées.

Les comptes-rendus doivent être affichés sous huitaine.

En cas de non respect par la collectivité, tout citoyen peut saisir

le représentant du Défenseur des Droits.

L’accès aux documents administratifs liés à la collectivité est libre à tout citoyen.

En cas de non respect de la collectivité, le recours à la Commission

d’Accès aux Documents Administratifs est offerte à tout citoyen.

Enfin, le recours au Tribunal Administratif est, lui aussi, offert à tout citoyen.

Pour structurer l’action découlant de ces droits, la loi du 1er juillet 1901 permet la création d’associations et donc la mise en place de groupes de pression.

Peut-être que les solutions préconisées seront considérées très en deçà de l’enjeu, certes ?

Mais considère-t-on que l’assise populaire est suffisamment armée intellectuellement pour affronter les défis, tel le retour à la souveraineté des États, et donc des peuples, en particulier la souveraineté monétaire ?

L’exemple britannique devrait nous alerter.

Depuis le choix des britanniques de sortir de l’Union Européenne, les européistes de tout poil, avec pour tête de pont la majeure partie des médias français, ne ratent pas une occasion de critiquer ce choix quand le gouvernement du Royaume-Uni rencontre des difficultés dans la négociation.

L’idée de refaire un référendum, dans le but d’obtenir un « oui » à l’UE, est à chaque fois réitéré.

D’où une pression énorme sur le peuple.

Même s’il faut raison garder en matière de comparaison, aux heures les plus sombres de notre histoire, la mobilisation du peuple sur le terrain n’a t’elle pas jouer un rôle majeur ?

Quand les politicards auront perçu que le peuple a décidé de s’organiser à partir du terrain, leur arrogance faiblira.

L’heure n’est plus aux études, aux rapports et autres constats alarmants, mais à l’action concrète.

Par Jean-Louis Ernis

Publié dans Politique Francaise | Tagué , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Stopper la finance ! Voilà l’urgence ! …

Mille milliards de dollars » mets en évidence la nouvelle mais déjà impressionnante puissance des multinationales.Il décrit avec précision les mécanismes de direction et les critères de gestion de ces monstres transnationaux, à travers l’une d’entre elles, la «GTI». Ce nom d’emprunt pourrait être celui de Général Electric, General Motors…Avec raison, ce film insiste sur son principal critère de gestion, le ROI (Return On Investissement). Le président de GTI annonce dans sa brève allocution annuelle : chaque dollar investi dans GTI en a rapporté trois. Malheur aux directeurs de filiales qui ne remplissent pas leurs objectifs, malheur à ceux qui se dressent sur leur chemin. A travers l’activité de cette multinationale en Allemagne et aux États Unis durant la seconde guerre mondiale, dans le secteur de l’armement,Le réalisateur met en évidence qu’ils sont prêts à tout pour réaliser leur profit.

1982 est, aussi, l’année d’une intense discussion au sein du premier gouvernement Mitterrand, élu en mai 1981, sur la question « faut-il oui ou non quitter le SME ? (serpent monétaire européen) L’appartenance au SME signifie le respect des règles communes aux pays membres de l’Union Européenne c’est à dire notamment celles inscrites dans le traité de Rome de 25 mars 1957. La perte de souveraineté dans le domaine monétaire y est consacré dès cette date de 1957 notamment par les articles 9 (interdiction de droits douaniers), 110 (suppression de toute restrictions aux échanges internationaux), 67 (Liberté total de circulation des capitaux), l’article 92 (interdiction de toute aide d’Etat, quelqu’en soit la forme, en faveur d’une entreprise ou d’une production sis sur le territoire national)… Rejoindre le SME se traduit, pour cet Etat membre, de l’abandon de la conduite de la politique monétaire nationale. Malgré la gravité de ces règlements européens, le gouvernement Miterrand décida de rejoindre le SME. La suite n’est que trop connu. plan de rigueur, cascade ininterrompue de mesures d’austérité pour le travail, et de facilités pour les actionnaires.

Un des résultats de cette politique de dérégulation/déréglementation qui va frapper tous les pays est l’annonce, en cette fin d’année 2017, de mille milliards de dollars d’augmentation de la fortune des cinq cents plus riches du monde. (selon le classement établi par le cabinet Bloomberg).

Mille milliards de dollars, c’est quatre fois les gains de 2016, témoignant de la poussée spéculative qui a saisi tous les marchés financiers. Jeff Bezos est devenu l’homme le plus riche du monde, sa fortune ayant augmenté dans l’année de 34,2 milliards, soit un gain de 65 000 dollars par minute. Pour nous, salariés, si nous nous reportons à notre fiche de paie, le taux de base usuel définissant notre salaire est le taux horaire. Chacun peut donc comparer son taux horaire à ce gain de 65 000 dollars par minute après, bien sur, l’avoir multiplié par 60!

Les actionnaires américains continuent de dominer ce classement. Concernant la France, dans les trente premiers, figurent trois actionnaires de ce pays. Toutes les places boursières du monde entier affichent des résultats spectaculaires. Le CAC 40 indice de la bourse de Paris, ne fait pas défaut et trente ans après sa création en 1987, les autorités peuvent annoncer que malgré une très faible croissance économique(+1% par an depuis 2011), le rendement annuel des dividendes, sur la même période, place la bourse de Paris en troisième position en Europe.avec plus de 9%.

Quelles sont donc les raisons de ces résultats financiers exceptionnels?

Nul ne les trouvera dans l’activité économique elle-même. Une fois de plus est démontré que le rendement annuel des capitaux placés dans les entreprises cotées en bourse a une relative autonomie vis à vis de l’économie de production, la source est essentiellement la spéculation. Il suffit d’ailleurs de constater qu’aujourd’hui les cinquante premières sociétés transnationales sont des banques. Contrairement à la fable servie régulièrement par les «experts» économiques qui hantent les plateaux des médias, les places boursières ne sont pas le lieu de rencontre entre les détenteurs de capitaux, investisseurs potentiels, et des entreprises à la recherche de ces capitaux investisseurs. Ce sont tout simplement les lieux privilégiés de la spéculation financiers, orchestrée par les marches financiers. Ainsi seulement 2 à 3 % du total des capitaux en circulation concerne des échanges de marchandises. Il n’y a en apparence plus nécessité pour la création de la valeur de transiter par la production et la vente de marchandises. Mais en apparence seulement. La masse monétaire en circulation doit correspondre à la valeur monétaire globale des biens et produits réalisés dans les process de production. Chaque crise « monétaire » le rappelle. Il ne peut y avoir de développement artificiel de ces immenses capitalisations.Y compris ces mille milliards annoncés sont largement « fictifs » puisqu’ils ne représentent qu’une valorisation boursière à un instant donné et concernant ces annonces la multiplication des différents produits boursiers, en possession de chacun des 500, par leur valeur nominale au 31.12.2017. Que les 500 décident simultanément de vendre leur patrimoine boursier et « crac, boum, hue » comme dirait l’ami Jacques DUTRONC.

Depuis la décision unilatérale prise par les États Unis en 1971 de non convertibilité du dollar en or, ce sont les banques et les organismes de crédit privés qui créent la monnaie en circulation à l’échelle internationale. Cette création échappe aux États et permet aux fonds prives par leur fonction de créditeurs de réaliser d’immenses profits par le simple remboursement des prêts octroyés. Par exemple la France a elle même gagné, depuis l’ouverture de la crise en Grèce, neuf milliards d’euros représentant les intérêts du crédit accordé à la Grèce, dans le cadre de son plan de sauvetage. La nature des plans européens de sauvetage est nettement mis en évidence dans le livre de Frédéric Lordon «on achève bien les Grecs» (éditions LLL-2015.)

Tous les experts économiques bien pensants s’exclament devant ces records de rentabilités financiers, tout en déplorant pour certain des inégalités. Mais la gravité de la situation ne réside pas seulement dans le creusement des inégalités. Ces milliers de milliards transitent en quelques milli-secondes de place boursière en place boursière (Trading à haute fréquence).
A aucun moment ces gigantesques sommes ne sont investies dans la production, mais essentiellement dans la spéculation c’est-à-dire la captation des gains en dividendes dont l’origine sont les gains de la productivité et rachat des actions. Ces deux processus reposent pour le premier sur la réduction des coûts dont la source première est la destruction des emplois, pour le deuxième dans la destruction du capital par le rachat des actions.

Nous ne sommes pas seulement dans l’anti-chambre d’une nouvelle crise financière mais dans une crise économique systémique. La finance privée, malgré les obstacles rencontrés, a réussi à baisser le coût du travail dans le monde entier et fort de ces résultats est encouragée à poursuivre ces destructions.

N’est-il pas temps de réaffirmer que :

· la résistance à l’offensive actuelle du capital exige que la monnaie et sa circulation soient retirées des mains du privé

· cette prise du contrôle des banques & assurances nécessite le contrôle par les autorités publiques de la régulation/réglementation, fonctionnant en toute démocratie à l’intérieur des frontières nationales.

Denis Langlet
le 15 janvier 2018

Publié dans Politique Francaise, Politique Internationale | Tagué , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

La destruction du baccalauréat et l’offensive générale contre l’école de la République

Il y a les mesures déjà actées et celles qui sont dans les tuyaux. Il est nécessaire de saisir la cohérence d’ensemble de cette opération de dynamitage de l’éducation nationale qu’organise le ministre Blanquer, mettant en application dans ce secteur la politique très cohérente du président de la république.

Blanquer avait averti dans une intervention devant l’association Sens Commun : il faut faire bouger 10 à 15% du système pour entrainer ensuite un bouleversement radical. Penseur de la droite, Blanquer (qui a occupé des responsabilités importantes quand Chatel était ministre) a élaboré son programme en liaison avec un club de la droite libérale, l’Institut Montaigne et en reprenant quelques-unes des idées de Darcos. Avec une certaine intelligence de la situation, il a commencé par flatter les professeurs en faisant mine de vouloir mettre un terme à la folie pédagogiste portée depuis plusieurs décennies par tous les ministères de droite ou de gauche. Lui qui, lorsqu’il était recteur de Créteil, avait inventé la cagnotte pour inciter les élèves absentéistes à retourner en cours, prétend vouloir restaurer l’autorité. À ce pédagogisme largement discrédité, il veut substituer les neurosciences qui sont chargées de transformer cet antique art de la transmission du savoir en une technoscience indiscutable. L’autre volet, le plus important et le moins connu est la transformation de la structure de l’éducation nationale, en donnant une large autonomie aux chefs d’établissements qui pourraient définir leur propre projet pédagogique et recruter eux-mêmes les professeurs. Du même coup, les établissements publics seraient insérés comme entités autonomes sur le marché de l’éducation et nous irions vers une privatisation de fait d’une bonne part de l’éducation nationale. Blanquer n’a jamais caché que son modèle était celui du Royaume-Uni. Voilà pour la ligne générale.

Mais nous n’en sommes pas encore là. Pour l’heure, c’est la réforme du lycée qui concentre l’attention et par la même occasion la réforme du recrutement de l’enseignement supérieur.

Premier temps : le remplacement d’APB par « Parcours-Sup ». Le système APB (admission post-bac) est accusé d’avoir entraîné le chaos conduisant plusieurs filières universitaires à choisir, faute de places suffisantes, leurs candidats par tirage au sort. Le système informatique APB n’était pour rien dans cette situation chaotique (qui n’a touché cependant que quelques milliers de candidats, soit à peine 0,5% du total). En fait, il n’y avait pas assez de place à l’Université parce que l’Université est le parent pauvre du système éducatif et que personne n’a anticipé les effets du « baby-boom » de l’an 2000 – ce qui était pourtant assez facilement prévisible. Bref, on a saboté le service public pour ensuite mettre en cause radicalement ses principes, c’est-à-dire le droit pour tout bachelier de s’inscrire dans la filière universitaire de son choix, le baccalauréat étant le premier grade universitaire (les jurys de bac sont d’ailleurs présidés par des universitaires). On allègue non seulement le trop plein mais aussi le niveau insuffisant des nouveaux étudiants qui se traduit par un taux d’échec important en première année de faculté. Quand on veut noyer son chien… À cela, on peut répondre, primo, que le taux d’échec en première année à l’université a toujours été important, surtout depuis qu’on a supprimé cette année de filtrage qu’était la « propédeutique ». Mais cela fait maintenant plus d’un demi-siècle ! Si on peut incontestablement admettre que d’assez nombreux étudiants n’ont pas le niveau souhaitable pour faire des études universitaires, la raison en est dans la course de type « plan soviétique » à la réussite au baccalauréat. On est à plus de 95% de réussite dans la filière S, ce qui signifie que le baccalauréat est « démonétisé ». Il y a bien toujours quelques élèves qui ratent le bac, mais c’est uniquement pour sauver les apparences d’un examen (comme les 5% qui ne votent pas pour le dictateur sont là pour donner l’illusion de la démocratie). En réalité, la suppression de facto des redoublements et la pression pour que tout le monde ait le bac, sont la cause immédiate de la situation dramatique de nombre d’étudiants complètement « largués » en première année. Au lieu de redonner de sa valeur au bac, au lieu de rétablir un haut niveau d’exigence intellectuelle dans les lycées, le ministre a décidé d’enterrer le bac – tout en affirmant qu’il fallait le remuscler – en instituant une sélection à l’Université, fondée sur les appréciations des professeurs des lycées et l’examen des dossiers par les universités, de telle sorte que les étudiants ne pourront plus entrer dans la filière de leur choix, mais devront aller en gros là où le système leur dit d’aller sur la base de dix vœux parmi lesquels il n’est plus possible d’établir de préférences. Dans ce dispositif, il est à noter que l’on demande aux professeurs de lycée de présélectionner les étudiants, d’indiquer que untel pourrait aller en médecine et que tel autre n’a pas le profil pour faire une classe préparatoire. En dehors de tout critère objectif, sur la base leur « intuition » les professeurs aurait barre sur l’avenir de leurs élèves. Beaucoup refusent d’assumer ce rôle exorbitant, qui n’est pas le leur. Sans parler des conséquences sur la vie des lycées : pressions parentales pour avoir de bonnes appréciations, pression de la hiérarchie, etc.

La deuxième est la réforme globale du lycée. Le ministre Peillon avait indiqué qu’il fallait faire sauter le triptyque « une classe, une discipline, un professeur » hérité de l’enseignement des Jésuites (sic). Plusieurs tentatives allaient dans ce sens depuis un bon moment : les groupes de niveau en langues, l’aide personnalisée, etc., mais cela ne touchait que les marges. Le projet en cours de rédaction se propose d’aller beaucoup plus loin. Il s’agit de faire éclater les filières et donc de supprimer les classes. En première, les élèves choisiraient deux dominantes et des options. En outre la semestrialisation permet d’envisager la situation où les élèves n’auraient par les mêmes professeurs dans la même discipline pour une année. L’examen qu’on appellerait encore « baccalauréat », réduit à 2 épreuves, se tiendrait à la fin du mois de mars de la terminale et ce sont ces résultats qui détermineraient l’entrée dans l’enseignement supérieur, la philosophie et un grand oral (une sorte de TPE revu et corrigé) complèteraient ce soi-disant baccalauréat – toutes autres « mineures » ou « options » étant évaluées par « contrôle continu ». Les grandes lignes du projet sont assez claires, seuls les détails restent à ficeler : combien d’heures d’enseignement à supprimer, quel poids pour les options ? Il y aura des concertations (pendant 15 jours) et l’affaire sera expédiée.

Plusieurs conséquences s’en déduisent. La première étant que l’importante part de contrôle continu fera que le baccalauréat ne sera plus un diplôme national et donc ne donnera pas les mêmes droits à tous suivant l’établissement où ils ont obtenu cet examen. Entre autres conséquences, cela percutera directement les conventions collectives de branche qui déterminent les salaires « plancher » en fonction d’une grille de qualifications reconnues nationalement, le baccalauréat étant aujourd’hui encore l’une de ces qualifications.

Deuxième conséquence : le système majeures/mineures privera le baccalauréat de sa valeur d’examen évaluant une culture générale et donc la suppression des filières aura pour conséquence directe de déterminer en bonne partie le parcours supérieur des élèves dès l’entrée en classe de première, sans vraie possibilité de bifurquer.

Troisième conséquence : le nouveau système permettra une « optimisation » des moyens qui dégradera sévèrement les conditions de travail des professeurs. La multiplication des couples de matières dominantes en lieu et place des filières permettra de remplir les salles de classe de manière optimale. Les matières qui ne figurent parmi les majeures pourraient fort bien voir leurs horaires réduits drastiquement. Mais les horaires de mathématiques sont eux aussi sérieusement menacés.

Bref, cette réforme du baccalauréat s’inscrit dans l’objectif général de diminution du nombre de fonctionnaires. Les coupes sombres dans les concours de recrutement des professeurs annoncent la couleur. Ajoutons que la semestrialisation des cours pourra s’accompagner de la mise en œuvre complète de l’annualisation du temps de travail des professeurs, selon un principe qu’avaient déjà posé les « décrets Hamon » de 2014. Un professeur pourrait faire 20 heures le premier semestre et 14 heures le second. On peut aussi imaginer que les professeurs dont l’enseignement se terminerait en mars ou avril pour l’année de terminale verraient leurs obligations de service révisées à la hausse pour 6 ou 7 mois qu’ils sont présents devant les élèves. Bref l’explosion du vieux lycée (dont la structure est de fait quasi inchangée depuis sa création) permettra au gouvernement de mettre en place une nouvelle « gestion des ressources humaines », fondée sur les principes ultra-modernes de précarité, flexibilité, mobilité et productivité. Gageons d’ailleurs que les neurosciences viendront opportunément compléter l’arsenal déployé pour en finir avec le métier de professeur, tel qu’on l’entendait encore jusqu’à aujourd’hui.

Il faut bien comprendre que tout cela ne tombe pas du ciel. Le gouvernement Macron-Blanquer peut s’attaquer avec une telle radicalité à l’un des piliers de l’institution scolaire parce que celle-ci est déjà vermoulue, parce que ses fondations ont été minées depuis plus de quatre décennies. La démocratisation (en fait l’application du plan Langevin-Wallon issu des projets du Conseil National de la résistance) s’est faite selon des modalités qui en ruinent le contenu. On a ouvert le secondaire à tous (et pas simplement aux enfants « bien nés ») mais en interdisant progressivement la transmission des savoirs, de la « grande culture ». Quand les enfants d’ouvriers ont commencé à peupler les lycées, nos dirigeants ont jugé qu’un enseignement au rabais, c’était toujours assez bon pour eux ! Quand Jospin fait adopter en 1989 une loi d’orientation qui stipule que « l’élève est au centre » et que « l’apprenant doit construire lui-même son propre savoir », il propose ni plus ni moins que la liquidation de la transmission. Toutes les « réformes » depuis 1989 sont des essais (souvent réussis, hélas) de mise en œuvre de cette « mère de toutes les réformes ». Donc s’il faut organiser la mobilisation la plus large pour bloquer la réforme du lycée et la destruction du baccalauréat, il est aussi absolument indispensable d’entreprendre une réflexion de fond sur la nature et les missions de l’école républicaine, car le simple retour à l’école Vallaud-Belkacem, à la situation de 2017, ne peut satisfaire personne. (voir ma conférence « Qu’est-ce qu’une éducation républicaine ? »)

Par Denis Collin • École • Dimanche 21/01/2018

Le 21 janvier 2018.

Publié dans Politique Francaise | Tagué , | Laisser un commentaire