PRODUCTIVE : de la croissance, des robots et des hommes…

moto2

L’automatisation pourrait engendrer des gains de productivité importants, propres à relancer la machine. Mais ils nécessitent des investissements élevés qui, dans la logique du capitalisme, doivent être rentables, et vite.

La crise a non seulement fait chuter la production, mais semble peser durablement sur la croissance à venir : d’où le débat en cours chez les économistes sur la « stagnation séculaire ». Certains insistent sur le fait que des taux d’intérêt désormais proches de zéro rendraient la politique monétaire inopérante. Ils pointent le poids des dettes accumulées mais proposent des politiques de relance budgétaire, qui sont en fait contradictoires avec la logique profonde du capitalisme.

D’autres, tel l’économiste américain Robert J. Gordon, soutiennent que les innovations « n’auront plus à l’avenir le même potentiel en termes de croissance ». Cette thèse a le mérite de poser la question du dynamisme du capitalisme, qui repose sur sa capacité à dégager des gains de productivité. Le graphique ci-dessous permet de retracer l’histoire des principaux pays capitalistes (Etats-Unis, Allemagne, France, Royaume-Uni) : jusqu’au milieu des années 1980, le ralentissement des gains de productivité conduit à une baisse tendancielle du taux de profit. Durant la phase néo-libérale qui suit, le capitalisme réussit la prouesse de rétablir le taux de profit malgré la stagnation puis le recul des gains de productivité. Mais ce fut au prix d’une baisse de la part des salaires et de la mise en œuvre de dispositifs qui ont conduit à la crise.

Les « pessimistes », comme Gordon, s’opposent aux « techno-optimistes » qui misent sur la robotisation et les technologies : réseaux, économie collaborative, imprimantes 3D, Big Data. Certains vont jusqu’à pronostiquer la disparition potentielle d’un grand nombre d’emplois. Aux Etats-Unis, 47 % des salariés seraient exposés à un risque élevé de voir leur poste de travail « informatisé » et la proportion serait de 42 % en France, et de 59 % en Allemagne.

La robotisation ou l’automatisation peuvent évidemment engendrer des gains de productivité dans l’industrie et une partie des services. Mais on retrouve aujourd’hui le paradoxe signalé par Robert Solow (économiste américain, prix Nobel en 1987) : Lawrence Mishel, de l’Economic Policy Institute, note que « les robots sont partout dans les médias, mais ils ne semblent pas laisser d’empreinte dans les données [économiques]». Austérité, « ubérisation » Les innovations nécessitent en effet des investissements, et ceux-ci doivent garantir une rentabilité élevée. Or, la productivité du travail et les investissements en matériel informatique et en logiciels ralentissent, aussi bien aux Etats-Unis qu’en Europe. Toute la question est de savoir si cette tendance est susceptible de se retourner et de soutenir une sortie de crise fondée sur les nouvelles technologies.

Par ailleurs, il faut que les débouchés existent : qui va acheter les marchandises produites par des robots ? C’est peut-être la réponse au « paradoxe de Solow » : le flux des innovations technologiques ne semble pas se tarir, mais c’est la capacité du capitalisme à les incorporer à sa logique qui est en train de s’épuiser. Les nouvelles technologies remettent en cause la cohérence des sociétés (chômage de masse, polarisation entre emplois qualifiés et petits boulots, etc.) : d’un côté, les salariés mobilisables dans la guerre compétitive, de l’autre les salariés (et les pays) low cost.

Le vrai paradoxe est peut-être le suivant : si le ralentissement des gains de productivité continue, la préservation du taux de profit passera par encore plus d’austérité salariale et de précarité, et, en cas de rebond, les destructions d’emploi ou leur « ubérisation » conduiront aux mêmes effets. Ce durcissement n’est pas l’effet de l’automatisation mais de son insertion dans la logique capitaliste. On pourrait répéter aujourd’hui ce que disait Marx de la machine: « c’est comme puissance ennemie de l’ouvrier que le capital l’emploie, et il le proclame hautement ».

A lire sur Anti-K

« Ceux qui aiment marcher en rangs sur une musique : ce ne peut être que par erreur qu’ils ont reçu un cerveau, une moelle épinière leur suffirait amplement »… Albert Einstein

Publicités

A propos lucien57

Jeune homme d'un certain age mes hobby sont l'Informatique le jardinage,La cuisine.J'aime tout ce qui est nature ,les grands espace, la faune , la flore , la mer enfin la mère nature qui !elle a toujours le dessus.Je m’intéresse a tout,politique ,société et tout ce qui va avec.
Cet article, publié dans Société, est tagué , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s